Pourquoi l'escape room est si populaire ?

Qu'est-ce qui motive des joueurs à s'enfermer pour résoudre des énigmes ? Réponse d'un spécialiste !
Par Harry Davies

L'intérêt des joueurs pour les escape rooms ne fait qu'accroître depuis plusieurs mois.

Le Championnat du Monde d’Escape Room se déroulera à Budapest le mois prochain. Avec l’aide du Dr Scott Nicholson - professeur de développement et de game design à l’Université Wilfrid-Laurier - Red Bull Mind Gamers a fabriqué l’escape room ultime : Mission: Unlock Enoch.

Vingt-deux équipes nationales ont émergé des 75 tournois de qualification où l’objectif était de sortir d’une pièce en résolvant des énigmes.

Nous avons demandé au Dr. Nicholson - dont la série de vlogs sur les escape rooms a démarré sur le site du Red Bull Mind Gamers - comment créer le jeu parfait. Nous en avons aussi profité pour lui demander comment son équipe avait tiré profit de ses connaissances pour créer Mission: Unlock Enoch.

Qu’est-ce qu’il y a de si excitant dans l'escape room ?

D’abord, c'est un jeu où la coopération prime. Les joueurs doivent compter sur les connaissances de leurs coéquipiers pour sortir de la pièce. Il y a de plus en plus de jeux où les participants doivent coopérer pour battre l’IA. Mais dans une escape room, les joueurs sont physiquement présents. C’est plus intense. Quand la porte se ferme et le timer se lance, ils réalisent que tout ce qui leur reste, c’est les autres.

Les défis s’enchaînent dans une bonne escape room. Chaque participant à la possibilité d’être le héros. Dans une escape room, une équipe constituée de joueurs très différents risque de mieux s'en sortir.

Depuis quand remonte votre passion pour le gaming ?

Les jeux ont toujours été importants pour moi. On débarque dans ce monde en jouant. Ça permet de mieux comprendre notre environnement. En passant à l’âge adulte, j’ai continué de jouer.

J’ai grandi avec l’Atari 2600. J’ai passé bien trop d’heures à bouger des pixels sur un écran armé d'un joystick. A Noël, je demandais toujours des jeux de société, même si on jouait peu à la maison.

Se spécialiser dans l’escape room, c’est peu commun. Pourquoi ce choix ?

J’ai découvert le concept quand j’animais des workshops sur la gamification à Singapour. Je voyais des escape rooms dans tous les centre commerciaux du pays. C’est un groupe de bibliothécaires qui m’a initié à la chose. Ils m’ont accompagné dans une escape room. J’ai passé toute ma carrière à travailler sur des jeux de simulation et des jeux de rôles. L’escape room, c'est la suite logique.

Ça n’a rien de vraiment novateur. L’escape room est né d’un mix de plusieurs choses : les jeux point&click, les jeux d’action, les maisons hantées, la téléréalité et la chasse aux trésors. Toutes ces choses nous ont permis de concevoir des escape rooms attrayantes.

Nous avons appris que vous étiez un grand fan de Disneyland. Ça vous inspire ?

Disney m’a appris deux choses.

Tout d’abord, l’approche narrative et le storytelling. Toutes les attractions à Disneyland racontent une histoire. Que les visiteurs le sachent ou pas. Ça permet de guider le visiteur et ça garantit la qualité de l’attraction.

Je me suis inspiré des attractions de Disneyland pour créer mes escape rooms « Ask Why ». Les joueurs doivent se demander si chaque élément présent dans la pièce à un rapport avec l’univers et la narration.

Ensuite, Disney m’a aussi appris à garder un esprit espiègle. Disney fait des clins d’oeils aux joueurs observateurs avec ses « Mickey cachés ». Dans chaque attraction, on peut trouver des logos de Mickey planqués un peu partout.

Je fais aussi des clins d’oeils aux joueurs les plus observateurs, pour qu’ils restent concentrés et motivés à aller au bout.

Pensez-vous que l’escape room permet de mélanger la réalité et le virtuel ?

Dans la majorité des jeux, les joueurs contrôlent des personnages implantés dans un monde virtuel. Alors qu'ils ont de plus en plus envie « d’incarner » ce personnage. C’est pour ça que la réalité virtuelle a autant de succès. Les escape rooms sont uniques. Le joueur devient le personnage principal. Il affronte ce que son avatar aurait dû affronter dans un monde virtuel.

Comment créer l’équipe d’escape room parfaite ?

Certaines qualités peuvent être toujours utiles :

  • Le souci du détail : Les jeunes joueurs s’intègrent bien dans une équipe. Ils remettent moins en cause leur environnement que leurs coéquipiers.
  • L'organisation : On peut résoudre plusieurs énigmes en simultané dans la plupart des pièces. Il faut toujours qu’il y ait une personne qui soit capable de comprendre ce qui est prioritaire et qui se souvienne de ce qui a déjà été fait. Cette personne va guider son groupe et s’assurer que chacun puisse tirer profit de ses qualités.
  • La logique : Un joueur logique aura toujours son utilité, tout comme un joueur qui sait bien s’exprimer et réfléchir sous la pression. Un fan de puzzle, capable d’assembler des pièces en un rien de temps, sera un sacré atout.

Vous avez fabriqué l’escape room qui sera utilisée lors de la finale des Red Bull Mind Gamers le mois prochain. Pouvez-vous la présenter en quelques mots ?

Quand j’ai commencé à m’investir sur ce projet, c’était important pour moi que le contenu présent dans la pièce soit connecté à la réalité. A l’Université Wilfrid-Laurier, on essaye de changer le monde en créant des jeux. Nos étudiants apprennent à incorporer des notions d’apprentissage dans des jeux qui doivent avant tout divertir.

On a appliqué le même modèle que sur mes escape rooms « Ask Why ». On s’est inspiré du film Mind Gamers pour écrire l’histoire et la narration. On s’est assuré que chaque énigme soit reliée à l’univers du film et permette d’avancer dans l’histoire.

Enfin, on avait vraiment envie de créer des tâches qui soient difficiles physiquement et mentalement. On s’est beaucoup inspiré de la téléréalité.

Comment Mission: Unlock Enoch se démarque ?

Plutôt que de se baser sur la résolution d’énigmes, on a fabriqué une pièce qui n’a pas grand chose à voir avec une escape room classique. Que ce soit pour les joueurs ou pour les spectateurs. On a laissé tomber les énigmes calmes et cérébrales. On essaye de proposer un spectacle visuel aux viewers et une expérience unique aux participants.

Qu’est-ce qui vous inspire le plus pendant la phase de conception ?

Mettre le joueur au centre du dispositif. Je suis un fan des sciences humaines. Je me concentre sur les émotions que je vais créer chez les joueurs. Le game design est, fondamentalement, l’application de l’expérience client. L’expérience du joueur va influer sur toutes les décisions.

Quand j’imagine un jeu pour changer le monde, je me demande comment le joueur va interagir avec son environnement. Je me pose régulièrement cette question : « Est-ce que cette décision va plaire au joueur ou pas ? ».

Que pensez-vous du projet Red Bull Mind Gamers ?

Le projet Red Bull Mind Gamers, c’est une aventure ! Peu de gens ont la chance de participer à une aventure comme celle-ci. RedBullMindGamers.com permet aux joueur de se tester et de découvrir l’escape room pour la première fois.

Quel est votre escape game favori ?

Si je nomme les jeux, je vais les spoiler. Mais j’ai beaucoup de bons souvenirs dans les escape rooms. J’aime quand les joueurs doivent se lancer dans des activités physiques. Comme quand ils doivent ramper dans des tunnels ou jouer le rôle de la souris qui doit s’échapper. Ça renforce le côté immersif. Mon préféré, c’était un escape game sur la mafia. On devait tricher au casino pour passer au niveau suivant. Les joueurs devaient s’imprégner du rôle pour progresser dans l’histoire.

Red Bull TV diffusera l’événement en live le 25 mars 2017.

Next Story