Babu Sunuwar, l’aventurier Népalais

Même s’il risque de se faire éliminer du Red Bull X-Alps avant la fin, Babu Sunuwar a déjà ses fans.
Babu Sunuwar (NPL) - Action © Olivier Laugero/Red Bull Content Pool
Par Andy Pag

C'est presque un appel à l'aide, lancé dès l’après-midi du deuxième jour... “Le Red Bull X-Alps est une superbe course, mais je suis complètement perdu et je ne sais pas quelle direction prendre.”
Pour sa première expérience de vol dans les Alpes, l'athlète népalais Babu Sunuwar peine à suivre le rythme effréné de la course et a du mal à se retrouver dans cette région qu’il ne connait pas.

Pourtant, Babu est un athlète qui ne manque pas de personnalité. Dès que le coup de trompe du départ a retenti, il a dévoilé sa stratégie de course: ne pas prendre les choses trop au sérieux. Il est parti à fond, avec un sourire jusqu’aux oreilles, en saluant la foule. Mais il ne faut pas le sous estimer, Babu est un aventurier audacieux et un pilote talentueux.

Courageux, il s’est fait tranquillement une place dans la grande famille du parapente. Il a gagné le respect de cette communauté d’aventuriers en réalisant certains vols parmi les plus audacieux de la planète et quasiment sans ressources.

Babu Sunuwar au-dessus du sommet du Kilimandjaro
Génie ou folie ? Babu survole le Kilimandjaro © Babu Sunuwar

Le Népalais s’est fait connaître du grand public pour la première fois en 2011, lorsqu’il a réalisé un vol en tandem à partir du sommet de l’Everest avec un des vétérans de l'Himalaya, le sherpa Lapka Tshering. Deux autres pilotes avaient essayé de s’élancer du sommet en solo cette même année, mais les conditions météo les en avaient empêchés.
Incapable de résister à l’appel d’un vent thermique, Babu ne s’est pas contenter de voler directement vers le bas, mais, avec son camarade, il a réalisé une boucle de 20km autour du sommet avant d’atterrir.

Ce vol a marqué le début de l’expédition "Summit to Sea” de ce duo. Lors de cette aventure, ils ont tiré avantage de l’expérience de Babu en tant que guide de rafting, pour suivre le parcours du Gange de sa source dans l’Himalaya jusqu’à l’Océan Indien.

Sans espoir d’arriver un jour à rassembler l’argent nécessaire pour se payer le prix de l’accès à l’Everest, Babu s’est infiltré dans le camp de base en prétextant être le cuisinier d’une autre expédition.

Après cette aventure, il a du éviter les nombreuses tentatives d’arrestation de la police Népalaise jusqu’à ce que le National Géographic lui décerne le prix de l’aventurier de l’année en 2012. Cette renommée internationale fraîchement acquise a conduit les autorités à réduire leurs poursuites.

Avant de s’attaquer à l’Everest, Babu avait déjà réalisé un vol en tandem sans sponsor d’une distance de 1.000km à travers l’Himalaya Népalais d’Est en Ouest, en utilisant l’argent qu’il avait gagné en réalisant des vols avec des randonneurs en vacances.

Il a de nouveau fait la Une des journaux lorsqu’il s’est joint à un groupe d’une centaine de pilotes qui ont tenté de s’élancer du Kilimanjaro. Les vents fort ayant renvoyé tout le monde à la maison, Babu, doutant qu’il n’aurait plus jamais la chance de pouvoir voler dans cet endroit, a attendu pendant trois jours sur la montagne, pour finalement réussir à s’élancer du côté sous le vent, après neuf tentatives infructueuses.

Ce vol est immédiatement rentré dans la légende du parapente. Le vent aurait du les renvoyer, lui et son compagnon, au cœur d’un orage bourgeonnant potentiellement mortel, qui était en train d’éclater derrière la montagne, mais Babu a utilisé une astuce apprise pendant ses années de raft pour échapper aux tourbillons. Il a réussi à surfer sur une vague d’air invisible qui s’était formée autour de la montagne avec des vents à 150km/h, qui leur a permis de partir sur le côté et d’échapper au danger.
Une technique inconnue du monde du parapente, qui rappelle les expériences des surfeurs de grosses vagues dans les années 50.
Mais son exploit a suscité une autre vague, de réactions cette fois, parmi la communauté du parapente, qui l’a accusé de chercher la médiatisation avant tout.

Pourtant, Babu n’a pas vraiment su tirer un financier profit de cette couverture médiatique, certains le diront un peu trop naïf, cherchant à profiter de ces expériences uniques plutôt que d’essayer de faire une carrière professionnelle de haut niveau.

D’un point de vue occidental l’attitude de Babu peut avoir quelque chose de follement fataliste, alors qu’en fait son style de vol est un produit de la pensée orientale et il a le pouvoir de faire réfléchir les autres sur leurs propres ambitions dans les airs et sur terre. 

le participant du Redbull babu sunuwar se repose
Babu fait une pause © Babu Sunuwar

Il est revenu de son voyage en Afrique avec une infection pulmonaire, et il n’a pas été en état de s’entraîner pour le X-Alps pendant plusieurs mois. Les sponsors se sont retirés et la frustration a conduit certains de ses supporters à le laisser tomber. Sans équipe, ni temps, ni argent, Babu a tout de même annoncé qu’il ferait tout pour être présent au départ.

Les donations et les propositions d’aide ont commencé à affluer, certaines venant même de ses adversaires. Le résultat ? Le Team NEP ne possède pas un van rutilant recouvert de stickers de sponsors, et ses assistants sont juste deux amis qui essayent de l’aider du mieux qu’ils peuvent.

Babu se fera probablement sortir lors de la prochaine élimination vendredi. Mais, non seulement il était présent sur la ligne de départ mais il a aussi conquis le cœur du public un peu partout sur la planète. Rien que pour ça, il mérite toutes nos salutations. 

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