Red Bull X-Alps : une fin de course folle

Les derniers arrivants sont en vue, mais l'étape finale vers Monaco est souvent la plus épuisante.
Clément Latour, salué par le drapeau tricolore © Sebastian Marko/Red Bull Content Pool
Par Hugh Miller

Depuis que le Red Bull X-Alps existe, ils n'avaient jamais été aussi nombreux à franchir la ligne d'arrivée. Pour être plus précis, ils n'avaient été que trois à chaque fois capables de boucler le parcours lors des éditions précédentes. Mais au moment où nous écrivons ces lignes, la plupart des participants sont encore en course, redoublant d'efforts pour continuer à aller de l'avant. Un seul objectif en tête : finir la course. Mais pour cela, ils doivent rejoindre Monaco avant vendredi midi...

Le Britannique Jon Chambers en plein vol © Sebastian Marko/Red Bull Content Pool

Cette édition est d'ores et déjà à ranger parmi les crus exceptionnels. La principale différence par rapport aux éditions précédentes a été le temps, avec des conditions de vol bien plus clémentes qui ont permis une progression rapide des compétiteurs. Une masse d'air plus frais a en effet balayé les Alpes depuis le Nord et a ainsi engendré des conditions idéales pour le parapente. Pour voler en altitude, les participants doivent s'appuyer sur des thermiques - des courants d'air chaud ascendants - et ce sont les fortes amplitudes de températures qui permettent leur formation. Des nuits fraiches et un grand ensoleillement en journée ont occasionné des conditions plus proches d'un printemps en cette saison.

Van Schelven a signé le plus long vol cette année © Vitek Ludvik/Red Bull Content Pool

Évidemment, les vols ne font pas tout et la marche demeure l'autre moitié de l'aventure. Le vainqueur Christian Maurer a ainsi parcouru 250 km à pied en sept jours. Mais grâce aux bonnes conditions de vol, les compétiteurs passaient entre six et sept heures par jour dans les airs, couvrant de longues distances en un temps record. Le record, justement, tombe entre les mains de Ferdinand van Schelven, après avoir volé sur 153 km mardi, soit le plus long vol enregistré sur l'épreuve.

Clément Latour, France (FRA1)
Clément Latour, derniers kilomètres de nuit © Sebastian Marko/Red Bull Content Pool

Si le moral demeure au beau fixe, les corps commencent à souffrir durement désormais : ampoules, brûlures et irritations, coups de soleil, font partie de la liste des bobos. L'Américain Stephan Haase a même dû abandonner lundi en raison d'une sérieuse infection au pied engendrée par une ampoule mal guérie.

Traditionnellement, la dernière étape couvrait jusqu'ici la distance qui sépare le Mont Blanc de Monaco, mais cette année elle démarre à Saint-Hilaire, la Mecque des parapentistes. C'est ici qu'a lieu chaque année la Coupe Icare, une manifestation de quatre journées consacrée au vol libre où les participants rivalisent d'originalité pour le concours de déguisement. Le festival est autant une source d'inspiration qu'un défi sportif pour des participants venus du monde entier. Ceux-ci sont "pourchassés" dans les rues du village par des enfants à qui une grande place est accordée lors de cet événement.

Après Saint-Hilaire, les affaires se corsent. Les derniers 30 km sont ainsi surnommés "le labyrinthe". "C'est un vrai dédale, quelque chose de fou, sans logique dans la progression," explique Jon Chambers. "On ne trouve pas de vallées à la configuration classique, mais un méli-mélo de pics qui transforment rapidement l'exercice en épreuve d'orientation." Pour ajouter encore un peu de piment, les décollages et atterrissages sont impossibles sur les 20 dernières kilomètres car le relief est recouvert par la garrigue. "Oui, tu peux atterrir si tu veux. Dans un arbre," admet Chambers.

Toma Coconea, un guerrier à la marche à pied © Vitek Ludvik/Red Bull Content Pool

Les dernières heures de course se feront au sol, à pied. Pour la plupart, il s'agira d'une véritable torture, mais d'autres ignoreront la douleur, comme Toma Coconea en 2011, qui avait couru sur l'intégralité de ces 20 derniers kilomètres, ou encore Clément Latour cette année. Pour des raisons évidentes, les participants essayent de conserver leur night pass pour ce run final et c'est ce qu'ont fait avec brio Latour et Girard pour décrocher leur seconde et troisième place.

Clément Latour met à profit son night pass. © Olivier Laugero/Red Bull Content Pool

Pour autant, la nuit réserve ses propres pièges. Les organismes s'effondrent alors que le corps ne veut qu'une chose : dormir. Certains sont capables de fractionner leur sommeil comme les skippers et s'accordent des siestes de 20 mn avant de repartir de plus belle. Mais il n'est pas rare pour ces coureurs de faire face à ce qu'ils appellent "les monstres de la nuit", des hallucinations provoquées par le manque de sommeil. Ils commencent alors à apercevoir des formes ou des personnes sur leur route, dans les buissons ou même dans le ciel.

Mais une chose leur permettra de tenir le coup et d'aller jusqu'au bout : voir la mer, synonyme d'arrivée à Monaco. Terminer cette course est l'exploit ultime dont rêvent tous les parapentistes. Certes, la discipline est relativement confidentielle mais jouit d'une grande estime auprès des sportifs du monde entier.

Comme le souligne l'assistant, et accessoirement père, de Jon Chambers : "Il existe des façons bien plus simples d'aller prendre un bain que de marcher et voler depuis Salzburg".

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