Charly Gabl : le gourou de la météo en montagne

Le Dr Gabl nous parle de ses prévisions, de son admiration pour les alpinistes et de son président !
Charly Gabl explique une carte météo
Météoman © Lukas Pilz
Par Simon Schreyer

Karl « Charly » Gabl est le héros dans l’ombre de plusieurs ascensions réussies. Il est le météorologiste très fiable dont les prévisions de temps idéal pour une ascension ont été utilisées par Gerlinde Kaltenbrunner, Reinhold Messner et David Lama. Ici, il explique l’art d’une bonne prévision.

Comment es-tu devenu une référence dans les prévisions en montagne ?
J’ai gagné une réputation parmi les grands montagnards. J’ai peut-être un avantage en étant moi-même guide et en ayant côtoyé Ralf Dujmovitz (collectionneur de 8.000s et mari de Kalterbrunner) dans les années quatre-vingts.

Mes clients apprécient de me parler au téléphone, comme j’apporte toujours une analyse personnelle. C’est un peu un boost côté mental, dont ils ont besoin dans ces endroits dangereux.

Charly Gabl
L'expérience de Gabl lui sert pour ses prévisions © Charly Gabl

Quel a été le plus gros changement dans le business de la météo ?
L’ordinateur, sans aucun doute. Avant lui, il fallait trois mois pour prédire la météo du lendemain. L’ordinateur peut gérer des tonnes de données en dix minutes, et apporter des développements au niveau global dans l’équation.

Donc nous sommes meilleurs aujourd’hui ?
Maintenant, nous avons une fiabilité de 80% à cinq jours. Surtout quand on prévoit les mouvements du jet-stream. Aujourd’hui, c’est environ 95% contre 60 ou 70% auparavant. Dans les années cinquante, seulement 12% des alpinistes qui partaient pour un 8.000 réussissaient, contre plus de 35% aujourd’hui.
 

Charly Gabl pose pour un portrait dans son bureau
Charly Gabl au bureau © Joachim Stark

David Lama a une haute opinion de toi.
J’ai conseillé David de nombreuses fois. Et une fois, ce fut le président autrichien, le Dr Heinz Fischer ! Il voulait me rendre visite et voir comment je travaillais. Les limousines présidentielles sont arrivées, je suis descendu et lui ai dit : « Monsieur le président, nous devons nous dépêcher, dans dix minutes David Lama appellera de Patagonie et vous lui donnerez les prévisions météo ! ».

Il a pris ça avec enthousiasme. Nous sommes allés dans les colonnes de précipitations et les graphiques du vent, il a pris des notes et à 17h15, David a appelé et c’est le président qui lui a donné les prévisions.
 

Charly Gabl portrait
Gabl est aussi un guide actif © Lukas Pilz

Es-tu impliqué émotionnellement dans les expéditions que tu conseilles ?
Je me lève souvent au milieu de la nuit pour vérifier la position d’un ballon ou si tout marche bien selon mes calculs, alors oui. Je suis officiellement retraité maintenant, mais je continue à conseiller des alpinistes qui sont pour la plupart mes amis. C’était très intense pour moi à Innsbruck quand Gerlinde a franchi la face nord du K2. Elle a mis treize heures pour faire 300 mètres dans la dernière partie !

Grimpes-tu toujours, toi-même ?
Aujourd’hui j’aime toujours ça, comme skier et grimper. J’ai fait presque 40 sommets de 5.000 mètres et je pars au Népal dans deux jours pour un trekking.

 

Charly Gabl et sa nouvelle bible de la météo
Charly Gabl et sa bible © Lukas Pilz

Quel est le lieu où il est le plus difficile de faire des prévisions ?
La Patagonie. Comme c’est dans l’hémisphère-sud, il y a beaucoup moins de masse terrestre, les précipitations bougent plus vite sur de longues distances car il y a moins de friction pour les nuages.

Et l’Himalaya ?
Toutes les grosses montagnes sont difficiles pour les prévisions, car les modèles ne sont pas précis à ces altitudes. J’ai fait de mauvaises interprétations pour des prédictions de chutes de neige, ou sur le vent qui a soufflé la neige. Trente centimètres de neige au lieu de trois dans un endroit comme le K2, sur la face nord, peuvent ralentir une expédition au point que le planning ne soit plus bon. Sans oublier le danger évident des avalanches.

Le job est-il rémunérateur ?
Ces athlètes cherchent l’aventure, mais ils sont très précautionneux aussi. Je ne prends pas d’argent pour mes conseils, et pour moi la plus belle récompense est quand les clients reviennent saints et saufs. Qu’ils aient atteint le sommet ou pas !

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