Exploration en terre inconnue à Gloomy Gorge

Découvrez une façon originale de revivre ce canyoning en Nouvelle-Zélande grâce à des vidéos Vine.
Par Evan David

Canyons, gorges, appelez-les comme vous le voulez : ces formations dans la roche créées par l’érosion mécanique de l’eau prennent bien des formes. De “Grand” comme le canyon du même nom à “magnifiques” comme les gorges du Verdon en France, ce ne sont pas les superlatifs qui manquent pour les décrire.

Vidéos Vine par Nicolas Barth

À l’ombre du Mont Aspiring, dans les Alpes du sud néo-zélandaises, trône Gloomy Gorge (ou “les gorges sombres” en français). Si ces gorges sont moins connues que celles précédemment citées, elles n’en sont pas moins uniques en leur genre. Difficile d’accès, profondes et risquées, elles représentent un challenge pour ces explorateurs à la recherche de territoires vierges à déflorer. Et c’est exactement ce qu’a entrepris une équipe composée de Français, d’Américains et de Néo-Zélandais au mois de mars dernier.

Le Mont Barff surplombe Gloomy Gorge
Le Mont Barff surplombe Gloomy Gorge © Neil Silverwood

Une fois engagé, point de marche arrière possible.

Pourquoi “les gorges sombres” ? Le chemin sinueux et étroit que forment ces gorges, dont les parois peuvent atteindre jusqu’à 200 mètres de haut, ne laisse que peu de chance aux rayons du soleil de toucher le lit de le rivière. D’ailleurs peu de choses ou d’êtres pénètrent jusqu’au pied des gorges… “Une fois engagé, point de marche arrière possible”, explique Nic Barth, un géologue américain venu étudier les failles dans les Alpes de Nouvelle-Zélande.

“Ce gouffre qui semble sans fond est connu par beaucoup depuis des années”, raconte-t-il, “mais ce n’est que depuis une dizaine d’années que les pratiquants de canyoning s’y sont intéressés de plus près.” La faille est visible depuis les chemins qui mènent au Mont Aspiring, mais elle est si profonde que personne ne savait exactement ce qu’elle abritait. Accompagné du photographe Neil Silverwood, de l’experte en canyoning Annette Phillips et du spéléologue Alain Rohr, Nic Barth était bien décidé à trouver des réponses au fond de Gloomy Gorge.

Exploration dans des gorges en Nouvelle-Zélande
Des parois creusées par l'eau au fil des siècles © Neil Silverwood

Après plusieurs reconnaissances, et grâce à une sécheresse record ainsi qu’aux efforts d’une équipe de Français venus ouvrir le canyon la semaine précédente, tout se présentait bien pour donner le coup d’envoi de l’expédition. “L’idée n’était pas de se lancer dans cette aventure pour la gloire ou pour l’adrénaline, mais de satisfaire notre soif de curiosité”, explique Barth. “Nous avons attendu que le niveau de l’eau soit au plus bas pour nous lancer, afin de rendre l’expédition plus aisée et moins risquée.”

“Nous savions combien de mètres étaient à descendre pour rejoindre le plancher du canyon, mais pas dans quelles conditions”, avoue Nic. “La descente mesurait 650 mètres à la verticale, sur une distance latérale de 800 mètres. Imaginez deux cascades de 300 mètres ou une multitude de chutes d’eau plus petites.”

Exploration dans des gorges en Nouvelle-Zélande
Une progression lente et difficile © Neil Silverwood

La hauteur seule n’est pas la principale difficulté, c’est le débit de l’eau sur une zone aussi réduite qui se révèle problématique. “Les volumes en mouvement sont considérables, l’eau provient d’un bassin issu d’un grand glacier”, explique Barth. Sans oublier le froid : “Les températures tournent autour de 3°. L’eau provient essentiellement du glacier et possède cette couleur typique, laiteuse et opaque.”

Parmi les autres dangers, les tourbillons, éboulements de pierres et autres cours d’eau souterrains constituaient autant d’obstacles à franchir. Mais de tous ces dangers, le plus grand demeurait encore les cascades, lorsque les chutes d’eau n’offraient aucun rebord, ni possibilité de voir ce qu’elles dissimulaient sous les pieds des explorateurs.

Exploration dans des gorges en Nouvelle-Zélande
Des mètres et des mètres de corde... © Neil Silverwood

Pour y arriver, l’équipe utilisa des techniques mêlant spéléologie et escalade, soit les bases du canyoning, en sécurisant les voies pour descendre en rappel le long des chutes d’eau.

“Le plus dangereux, c’est l’eau elle-même, capable de vous plaquer sous la surface ou contre une paroi”, évoque Barth. “À un moment, il nous a fallu progresser à la nage sur 16 mètres au pied d’une cascade, dans une eau bouillonnante, très oxygénée, ce qui rend difficile la progression. Sans la corde qui reliait les deux extrémités, la force du courant vous ferait tourner en rond sans fin. Il n’y a aucun moyen de traverser sans être tracté vers la zone calme.”

Exploration dans des gorges en Nouvelle-Zélande
Descente en rappel et à l'aveugle © Neil Silverwood

De ce fait, le succès de l’expédition reposait entièrement sur l’entraide entre les différents membres. “À ce niveau, le canyoning devient un sport d’équipe”, affirme Nic Barth. “Nous devions faire confiance aux talents de chacun pour résoudre les problèmes et descendre dans les gorges en sécurité.”

Au départ, l’équipe comptait sur une traversée de huit heures pour parcourir Gloomy Gorge, mais au final, il leur fallut vingt heures, dont une nuit entière sans repos. “Il n’y avait aucun endroit où s’arrêter, aucune aire de bivouac. Nous devions continuer à avancer. C’est l’un des endroits les plus sauvages et préservés que j’ai eu l’occasion de parcourir. Autour de vous, vous ne trouvez que de la roche, polie au fil de milliers d’années par le flux de la rivière”, raconte Barth.

Il n’y avait aucun endroit où s’arrêter, aucune aire de bivouac.

Exploration dans des gorges en Nouvelle-Zélande
Le plus court chemin reste encore de sauter ! © Neil Silverwood

“Vous ressentez une sorte d’effroi étrange et en même temps un rush d’adrénaline en descendant dans ces gorges. C’est un lieu fort et je ne suis pas sûr que l’homme y ait sa place. Nous nous sentions tellement loin de tout, même si mon sac de couchage n’était qu’à 500 mètres de là.”

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