Kayak, Kalachnikov et vodka en Sibérie

Des cascades vierges et de la vodka, ou le périple d'une bande de kayakistes dans la Russie sauvage.
Convoi en camion de l'armée avec des kayakistes
Des kayakistes égarés ? © Olaf Obsommer
Par Sissi Pärsch

Le pitch ? L’aventurier Philip Baues, accompagné de 14 autres kayakistes et du réalisateur Olaf Obsommer, s’est mis en tête de traverser les monts Saïans au sud-ouest de la Sibérie. Leur objectif ? Aller là où aucun autre kayakiste n’est allé auparavant. Le résultat ? Une expédition qui a nécessité un camion de l’armée, des litres de vodka et des barres énergisantes à profusion, avec comme récompense, la première descente d’une cascade de 15 mètres de haut.

Philip, raconte-nous cette expérience en Sibérie !
Nous avions comme objectif de ramer le long de la rivière Onot dans les monts Saïan. Il s’agit d’une zone plutôt désolée, c’est un peu le trou du c… de la Sibérie ! Mais quel cul ! Mon précédent voyage en Sibérie, en 2011, avait déjà été le meilleur moment de ma carrière en kayak, mais j’hésitais à y revenir…

Tu avais entendu parler d’un cours d’eau jamais emprunté, c’est cela ?
Oui, nous avions entendu dire qu’on y trouvait une cascade très haute ainsi que des gorges encore jamais parcourues. Autant dire que cela avait piqué notre curiosité !

Vous avez atteint cet endroit ?
Oui ! La veille, il avait plu toute la nuit et le niveau de la rivière était deux fois plus haut ce jour-là, nous permettant ainsi de réaliser une première sur cette descente de 15 mètres. La chance était avec nous !

Mais ce ne fut pas le cas tout le temps, n’est-ce pas ?
Il est vrai que ce voyage a été éprouvant. Il y avait d’abord le trajet de Moscou à Irkoutsk, puis les 500 km jusqu’aux monts Saïan, en parcourant des routes défoncées. Nous avons progressé tout doucement, empruntant au passage la voiture d’un type plein aux as et également un camion de l’armée qui a fini par tomber en panne. Mais nous y sommes arrivés.

Par la suite, notre quotidien est devenu très “bohème” : aller chercher du bois, préparer le repas, boire, dormir. Notre équipe était très internationale avec des Russes, des Allemands, des Lettons, des Australiens, des Écossais, des Tchèques, des Français et des Canadiens ! Tout ce petit monde plongé en pleine nature. Mais cela a plutôt bien fonctionné entre nous !

Vivres et nourritures des kayakistes en expédition
Pas vraiment de la gastronomie 3 étoiles © Timo Köster

Vous étiez en auto-suffisance totale ?
Nous avions apporté avec nous en bateau tout ce dont nous avions besoin et ensuite nous avons partagé entre les membres de l’équipe.

Vous avez mangé sainement dans ce cas, non ?
Des pommes de terre, de la viande en boite, du chou, et des bouteilles de “petite eau” comme disent les Russes, et même du poulet lors des premiers jours. Nous avions également un sacré stock de mayonnaise, qui a été plutôt appréciée de la part de nos estomacs en manque de calories.

Kayak en eaux vives en Sibérie
Un trip "into the wild" © Phil Gibbins

Quel bilan tires-tu de ce voyage ?
Lors de ce genre d’expédition en territoire inconnu, on ne s’attend pas forcément à trouver des conditions incroyables en eaux vives. Mais nous avons pu ramer quasiment tout le long des 180 km de la rivière ; nous n’avons dû porter notre matériel sur la terre ferme que lors de très rares passages dans des gorges dangereuses.

Hormis la rivière en elle-même, quels étaient les autres dangers à proximité ?
Les animaux sauvages ne présentaient aucun risque. Face à 16 types bizarres qui sentaient tous mauvais et se baladaient à bord d’embarcations de toutes les couleurs, les animaux se tenaient à bonne distance ! Non, ce qui était tout aussi effrayant que les rapides et les cascades, c’était les Russes ivres que l’on a croisés !

Sur l’eau ?
Oui, sur un aéroglisseur, à 60 km du village où on était sensé nous récupérer. L’un avait une Kalachnikov prête à tirer, un second un fusil de chasse en mains, et les trois autres étaient complètement bourrés.

Scène de pêche en Sibérie
Sushis à la sibérienne en prévision © Phil Gibbins

Vous vous en êtes sortis avec un grand sourire ?
Une fois que l’on avait bu un verre avec eux, oui, ça allait mieux. À la fin, nous avons même pu tirer quelques coups avec leurs armes. Ce n’était pas exactement le genre d’expériences ordinaires en vacances.

Une fois l’expédition achevée, vous avez fêté cela dignement ?
Nous avons profité des joies de la vie nocturne à Irkoutsk ! Revenir à la civilisation est toujours un grand moment.

En tant qu’expert désormais, quels conseils nous donneriez-vous si l’on souhaitait se lancer à l’aventure en Sibérie ?
Apportez une canne à pêche. N’essayez pas de prendre en photos des Russes lorsqu’ils ont une arme à la main, surtout s’ils sont saouls. Et faites-vous accompagner d’un guide du cru. Peu importe où vous le dénichez : que ce soit à un poste frontière ou à l’entrée d’une boite de nuit !

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