Sa mission ? Sauver des vies en hélicoptère

Quand il ne grimpe pas des sommets à 8 000 mètres, Simone Moro sauve la vie de ceux qui le font.
Par Tarquin Cooper

Parmi les habitués de la montagne, le nom de Simone Moro évoque une véritable légende.

L’alpiniste italien s’est lancé dans un projet fou : gravir les 14 plus hauts sommets au monde, tous situés à plus de 8 000 mètres d’altitude, dans les massifs de l’Himalaya et du Karakoram.

La particularité de ce défi ? Simone entend réaliser ces ascensions… en hiver ! Mais ce n’est pas tout le concernant. Quelques années seulement après avoir débuté des leçons de pilotage en hélicoptère, voilà que l’on retrouvait Simone aux commandes lors d’une des missions de secours les plus risquées au monde - et sans aucun doute la plus haute - alors qu’il venait en aide à une victime sur les pentes de l’Everest à 7 800 mètres à bord de son hélicoptère.

Nous sommes allés à la rencontre de cet homme qui ne semble pas connaître la peur.

Simone Moro profite du panorama en haut du Nanga Parbat.
Simone Moro au sommet du Nanga Parbat © David Goettler

Qu’est-ce qui t’a donné envie de piloter un hélicoptère ?
Cette envie de devenir pilote est née au cœur de l’Himalaya et n’a cessé de grandir par la suite. Si jamais il vous arrive quoi que ce soit là-bas, il y a 90 % de chances que vous y restiez. J’ai eu envie que cela change. Tout est parti de cette volonté.

Tu as progressé rapidement, non ?
En 69 jours, j’étais titulaire d’une licence de pilote commercial. D’ordinaire en Italie, il faut 69 jours pour simplement passer les étapes administratives ! C’est pour cette raison que je suis parti apprendre aux États-Unis. Le système est bien plus efficace là-bas. Je me suis révélé être un élève plutôt rapide. Et à partir de là, j’ai progressé seul.

En 2013, j’ai pu acheter mon premier hélicoptère, un Eurocopter AS350B3, que j’ai fait expédier à Katmandou et j’ai mis en place une équipe avec des pilotes et des techniciens. Désormais j’effectue des saisons en rotation : une en vol, la suivante à grimper.

Simone Moro pose à côté de son hélicoptère au Népal.
Simone et son Eurocopter AS350B3 © Simone Moro

Peux-tu revenir sur cette fameuse mission de secours ?
Il s’agissait d’un client sur une ascension commerciale, il redescendait l’Everest et était complètement épuisé. La différence résidait dans le fait que cette personne était un double amputé : il n’avait plus de bras et était guidé par les sherpas. Il était à bout de forces.

Les sherpas ont lancé un appel aux secours, qui a été redirigé vers moi. Quand on m’a annoncé que l’intervention devait avoir lieu à 7 800 mètres, j’ai d’abord pensé que c’était infaisable. L’intervention la plus haute qui avait déjà eu lieu s’était passée quelque chose comme 1 000 mètres plus bas, lors d’une mission de secours suisse sur l’Annapurna. Ça fait une différence considérable.

Si jamais il vous arrive quoi que ce soit là-bas, il y a 90 % de chances que vous y restiez.

Au final, j’ai décidé de tenter le coup. La limite technique d’un hélicoptère en vol se situe à 23 000 pieds, soit 7 000 mètres. Si jamais vous décidez de voler au-delà de cette altitude et qu’il vous arrive quoi que ce soit, les assurances ne vous couvrent plus et le constructeur n’est plus responsable en cas de défaillance.

L’intervention présentait de telles difficultés qu’il aurait été stupide de m’y lancer en tant que pilote, alors j’ai préféré coordonner l’opération depuis le camp n°2. C’était loin d’être simple à tout coordonner.

Simone Moro suspendu à un hélicoptère par un câble à 7 8000 mètres d'altitude
7 800m : un record pour des secours en hélicoptère © Simone Moro

Comment s’est déroulé l’intervention ?
Nous avions démonté les portes latérales, les sièges, tout ce que l’on pouvait pour voler le plus léger possible. Le pilote Maurizio Folini a décollé en emportant le minimum de carburant. Les conditions météo étaient correctes mais l’engin était vraiment à la limite. Il est parvenu à gérer les derniers chevaux restants du moteur en poussant l’hélicoptère dans ses retranchements, et il a ainsi pu se maintenir en vol stationnaire durant 30 secondes, tout juste le temps nécessaire pour accrocher la victime avant de la ramener au camp de base.

Je ne pense pas qu’il soit possible de voler plus haut. Il faut bénéficier de bonnes conditions météo, du bon pilote et aussi du bon patron, celui qui donne le feu vert ! J’étais probablement le seul assez stupide ou généreux pour autoriser une telle mission. Je n’ai pas l’impression d’avoir accompli une bonne action et aujourd’hui je réalise les risques encourus alors. Mettre en péril deux millions de dollars de matériel alors que vous savez pertinemment que vous n’êtes pas couvert pas l’assurance… Il fallait avoir du cran pour prendre cette décision !

Simone Moro à bord de son hélicoptère
Simone au boulot au-dessus de l'Ama Dablam © Jon Griffith Photography

D’autres interventions à risque à dénombrer ?
En 2012, j’avais dû récupérer le corps sans vie d’un alpiniste ukrainien qui pendait depuis deux ans dans le vide sur la face nord du Teng Kang Poche. J’étais suspendu sous l’hélicoptère à l’aide d’un long câble tandis qu’un pilote italien était aux commandes. J’ai réussi à attacher le corps et nous avons pu l’emporter.

Il s’agissait d’un couple d’alpinistes qui n’avait pas eu de souci lors de l’ascension, jusqu’au moment où ils sont restés bloqués juste sous le sommet. Leur tente n’était fixée qu’à l’aide d’un seul piton. L’histoire vraie est que des amis à eux sont revenus sur l’endroit et ont pris des milliers de photos de la face sous tous les angles à l’aide d’un téléobjectif. Une fois rentrés chez eux, ils ont inspecté les images en détail et ont fini par repérer un petit point jaune qui pouvait être leur tente.

Il n’y avait aucun endroit où se poser, la seule solution était de me faire descendre.

J’ai accepté de prendre l’hélicoptère à leur demande. La tente se trouvait à l’aplomb d’un énorme sérac, avec 2 000 mètres de vide en dessous. Il n’y avait aucun endroit où se poser, la seule solution était de voler le plus prêt possible de la face et de me faire descendre par un câble.

La tente était remplie de glace et celle-ci était collée à la paroi. J’ai dû me servir de mon piolet pour libérer la tente et le corps. J’étais suspendu 30 mètres sous l’hélicoptère. Il a fallu deux jours pour en venir à bout. Il n’y avait qu’un seul corps, nous n’avons jamais retrouvé celui de la femme.

Simone Moro suspendu à un hélicoptère par un câble dans le Teng Kang Poche
Simone suspendu à un câble dans le Teng Kang Poche © Simone Moro

Pourquoi veux-tu réaliser tes ascensions en hiver ?
C’est pour profiter encore d’un monde en voie de disparition, à savoir une chaîne himalayenne encore recouverte de neige. Tu te retrouves seul, plus personne autour de toi : pas de trekkeurs, pas d’alpinistes. Aujourd’hui, les sommets à plus de 8 000 mètres sont devenus très fréquentés en saison normale.

En choisissant de m’y rendre en période hivernale, je veux retrouver un monde qui ressemble à celui des premiers explorateurs.

De cette façon, j’aurais l’Himalaya pour moi tout seul. C’est choisir une forme pure d’exploration. Mais même un itinéraire normal prend une tout autre difficulté une fois attaqué en hiver.

Et donc, quel est le prochain sommet en vue ?
En février prochain, j’ai prévu de me lancer dans l’ascension du Cho Oyu. Si j’y parviens, cela sera mon quatrième sommet à plus de 8 000 mètres gravi en hiver.

Simone Moro est sponsorisé par The North Face, son prochain livre s’intitule “The Call of the Ice: Climbing 8,000 Meter Peaks in Winter”, à paraître au mois de novembre.

Simone Moro au sommet du Makalu
Simone Moro au sommet du Makalu © Simone Moro Archive

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