Escalade : Ils ont gravi le mythique Dawn Wall !

Tout juste revenus de Dawn Wall, Kevin Jorgeson et Tommy Caldwell racontent leur incroyable exploit.
Tommy Caldwell et Kevin Jorgeson réussissent la première ascension du Dawn Wall, à Yosemite en Californie.
Comment ça, t'arrives pas à voir les prises ? © Corey Rich/Big UP Productions/Aurora Photos
Par Tarquin Cooper

Tommy Caldwell et Kevin Jorgeson viennent tout juste d'accomplir l'escalade de la décennie avec la première ascension libre du Dawn Wall, en Californie. Le lendemain de leur exploit de 19 jours, ils racontent leur peur des chutes de glace et à quel point leurs mains sont abîmées.

Alors les gars, vous devez être encore sous le coup de l'émotion ?

KJ : Je suis encore en état de choc et d'euphorie.

TC : Ah mec, ça fait du bien ! On y travaille depuis longtemps. C'est réellement un sentiment incroyable. Tout le monde est sous le choc de voir l'impact que cette escalade a eu.

Escalade nocturne de Dawn Wall, pour la première ascension de la paroi.
Grimpette nocturne © Corey Rich/Big UP Productions/Aurora Photos

Comment vont vos mains ?

KJ : Elles sont ruinées. Elles me font mal dès que je me réveille le matin. Il va falloir un petit moment pour qu'elles reviennent à leur état normal. Le dos de mes mains est couvert de croûtes à cause des entailles. Le bout de mes doigts est couvert de callosités dures comme la pierre. Sous les callosités, j'ai des contusions à cause des prises très dures qu'on devait prendre. Et j'ai des points de suture sur mon index et mon majeur à cause de ma lutte sur le pitch 15. Ce pitch a vraiment fait des dégats.

TC : J'ai relativement bien tenu le coup. À part que j'ai perdu ma voix.

En parlant de mains, comment ça fait d'escalader avec un doigt en moins ?

TC : Clairement, c'est plus compliqué de grimper avec ce doigt en moins. (Tommy a coupé l'index de sa main gauche lors d'un accident il y a des années). Quand je me suis coupé le doigt, j'ai pensé que je ne serai plus capable de grimper aussi bien. J'ai du travailler plus dur... ça m'a redirigé vers le chemin que je suis actuellement.

Le doigt manquant du grimpeur Tommy Caldwell.
Oui, il manque un doigt à Tommy Caldwell © Corey Rich/Big UP Productions/Aurora Photos

Le plus gros défi ? 

KJ : Il y a vraiment eu des moments sombres sur le pitch 15, parce que tout le trajet qu'on avait défini était en jeu. J'ai eu des moments de réelle démotivation quand je n'arrivais pas à dominer ce pitch. Mais j'ai décidé que j'allais réussir. Le problème, c'est que je n'avais jamais plus de quatre essais en une nuit avant que ma peau ne soit coupée et commence à saigner. C'est pas comme si je pouvais essayer 50 fois [Kevin a réussi après 7 jours].

TC : Je travaillais sur ce truc depuis si longtemps et j'ai BEAUCOUP échoué. J'ai essayé encore et encore. Le plus gros défi, c'était de comprendre comment devenir un meilleur grimpeur. J'ai fini par trouver une voie et l'ascension s'est vraiment bien déroulée. J'avais l'impression d'etre en chaleur tout le temps, c'était extraordinaire.

Tommy Caldwell pendant la première ascension de Dawn Wall à Yosemite Park en Californie.
Tommy n'a pas besoin de harnais © Corey Rich/Big UP Productions/Aurora Photos

Le moment le plus effrayant ?

KJ : Le moment le plus effrayant, c'était le matin après une tempête glaciale, d'énormes morceaux de glace tombaient du haut du mur et explosaient quand ils touchaient les parois au-dessus de nous, frôlant nos têtes. C'est le seul moment où j'ai vraiment eu peur pour ma vie.

Question d'un enfant de 8 ans : Comment faites-vous la grosse commission ?

KJ : On faisait dans un sac plastique refermable et on mettait ça dans un seau qu'on descendait. C'est pas vraiment un problème. On nous amenait de la nourriture et de l'eau tous les 5 jours.

Ken Jorgeson fait une pause sur un rebord minuscule pendant l'ascension de Dawn Wall.
Un bon spot pour une photo © Brett Lowell/Big UP Productions/Aurora Photos

Beaucoup de gens ne comprennent pas le concept d'ascension libre. Pouvez-vous leur expliquer ?

KJ : Nous avons escaladé en utilisant des cordes uniquement pour nous protéger des chutes.

TC : L'ascension libre, c'est essentiellement l'idée que les gens se font de l'escalade. On a des cordes au cas où on tombe, mais on ne les utilise pas pour grimper.

Si vous deviez retirer un seul souvenir de cette aventure ?

TC : Il y en a quelques uns. Quand je suis arrivé sur Wino Tower, après 20 pitches, c'était la fin de la section vraiment difficile. C'était un grand moment. Il y a aussi la nuit où on a dormi sur le rebord, à 90 mètres du sommet. Il ne nous restait qu'un tout petit peu d'escalade. Le matin, en écoutant de la musique, regardant le soleil se lever... c'était vraiment un moment puissant, on avait réussi ce voyage incroyable, on avait lutté contre tellement de choses.

KJ : Le seul truc que je veux retirer de ça, c'est que les gens se demandent  : quel est mon propre Dawn Wall ? Tout le monde a un grand projet dans sa vie et c'est ça que je veux faire résonner. Rêver en grand, travailler en équipe, collaborer et persévérer. Ce sont des qualités humaines auxquelles on peut tous se référer.

Les grimpeurs ont vaincu Dawn Wall pour la première fois.
La victoire sur Dawn Wall © Bligh Gillies/Big UP Productions/Aurora Photos

Quoi de prévu pour la suite ?

KJ : J'ai hâte de prendre un peu de repos pour me soigner puis je ferai passer le mot autour de moi, afin que les gens trouvent leur propre Dawn Wall.

TC : Je vis pour l'escalade et je vais continuer comme ça, parcourir le monde avec ma femme et faire de superbes escalades.

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