Sur la Volvo Race, vivre au quotidien à 45 degrés

À quoi ressemble le quotidien lors d'une régate à travers les océans ? À tout, sauf du plat.
Forte inclinaison.
Au milieu des écumes
Par Jonno Turner

La gravité est une maîtresse cruelle. Elle tire, traîne et attrape vos jambes et enroule ses lourdes chaînes autour de vos chevilles. Les marins de la Volvo Ocean Race en savent quelque chose, alors qu'ils voguent actuellement sur les flots entre la Chine et la Nouvelle-Zélande pour la quatrième étape de leur épique aventure de neuf mois autour du monde.

Leur vie est un concentré d'extrêmes - une humidité permanente, un niveau de difficulté incroyable, et une inclinaison qui vous arrache à chaque instant les talons du sol. Quand le vent souffle avec une puissance folle dans les voiles et secoue le bateau dans tous les sens, il n'est pas rare que tout l'équipage vive incliné à 45 degrés, comme son navire.

Découvrez la vie à 45 degrés dans la vidéo ci-dessous

Avec les courbes de la coque, vous pouvez ajouter 5 ou 10 degrés supplémentaires sur le voilier. "Ce n'est pas facile et vraiment inconfortable, le bateau penche vraiment", raconte Charles Caudrelier, le skipper du Dongfeng Race Team à bord de son Volvo Ocean 65.

Et devinez quoi? Quand le voilier penche, tout ce qu'il y a à l'intérieur bascule aussi. En fait, la vie à 45 degrés rend toute tâche de la vie quotidienne quasiment impossible. Une tasse de café? Bonne chance. Enfiler ses vêtements? Un moment de plaisir.

Vous allez être humide

Quelles sont les sensations ressenties par les marins sur leur navire dans ce quotidien à 45 degrés ? Nous avons interrogé des membres d'équipages sur cette difficulté à rester les deux pieds au sol lorsque le vent et la férocité des océans secouent leur voilier. "Imaginez que vous deviez rester debout sur une montagne glissante faite de glace, et que cette montagne tremble à cause d'un séisme. Encore plus dur, essayez de tenir sur cette montagne tout en buvant de l'eau et en mâchant de la nourriture, le tout en gardant votre équilibre."

La vie à 45 degrés.
L'équipage du Team Alvimedica fait une sieste © Amory Ross/Team Alvimedica

En d'autres mots, quand le voilier est fortement incliné et que le vent souffle à 25 noeuds ou plus, la seule place sûre est la couchette en raison de la ceinture de sécurité qui s'y trouve. "La seule idée de manger me donne la nausée", confie Sam Greenfield, coéquipier de Charles Caudrelier chez Dongfeng. "Tu dois réfléchir à comment effectuer des tâches simples, comme enfiler tes vêtements imperméables pour aller dehors et pisser. Cela me donne le sentiment d'être en permanence sur la ligne de départ d'un marathon pour traverser le désert de Gobi."

La vie à 45 degrés.
On appelle cela: une vue de biais © Matt Knighton/Abu Dhabi Ocean Racing

Le quotidien de marins sur la Volvo Ocean Race ressemble finalement à la vie à l'intérieur de la Station spatiale internationale (ISS) mais sans l'apesanteur. Comme si les astronautes étaient collés au sol et devaient grimper les murs comme des singes pour passer d'une pièce à l'autre.

À bord d'un voilier incliné à 45 degrés, le plus petit des mouvements requiert une concentration maximale et au moins trois prises au sol pour se déplacer - les deux pieds et une main. "Je me sens comme un orang-outan qui danse au dessus du vide", dit Neal McDonald, membre de l'équipage Abu Dhabi Ocean Racing, et vétéran de l'épreuve avec six participations au compteur.

La vie à 45 degrés.
Un lever de soleil à 45 degrés © Amory Ross/Team Alvimedica

En course, les équipages et leurs voiliers franchissent souvent des vagues hautes comme des tours, les unes après les autres dans une obstination infinie, à un rythme affolant, brisant les flots gelés et soulevant des litres d'eaux qui ressemblent à des confettis géants survolant sur la proue du navire. Chaque impact dans ces conditions est répercuté dans tout le bateau. Il n'y a nulle part où se cacher, et les collisions se répètent toutes les cinq secondes, bouleversant encore un peu plus les lois de la gravité à l'intérieur du voilier.

BANG. Ce bruit se répète 720 fois par heure. BANG. Un son que l'équipage entend 17.000 fois par jour.

La vie à 45 degrés.
Une position inconfortable pour le dîner © Sam Greenfield/Dongfeng Race Team/Volvo Ocean Race

L'équipe doit endurer ces chocs à répétition. C'est usant pour les chevilles et les poignets, cela vous soulève le coeur en permanence et fatigue votre esprit. C'est un vrai challenge. Ils dorment les pieds vers l'avant du navire pour que leurs genoux encaissent les chocs plutôt que leur cou.

"Vous ne pouvez juste pas bouger à l'intérieur", glisse au téléphone Francisco Vignale, à bout de souffle à bord du MAPFRE, un bateau espagnol. "Nous allons sur le pont, où c'est toujours humide, puis à la couchette jusqu'au prochain quart. C'est la seule chose que vous pouvez faire."

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