À la rencontre de l'homme qui plonge sous la glace

Les explorateurs polaires sont nombreux mais Alban Michon est le seul à plonger sous la glace.
Par Dominique Granger

Pour la plupart des gens, aller au Groenland ou près de l'un des deux pôles constitue déjà une aventure en soi. Mais pour l'explorateur moderne Alban Michon, il ne s'agit que de la moitié du périple, et l'autre se situe sous l'eau. Nous avons rencontré le spécialiste de la plongée sous glace, qui a récemment publié un nouveau livre, juste avant qu'il n'embarque sur un navire vers l'Antarctique, où il va passer 15 jours avec un petit groupe de personnes qui veut voir notre monde sous un angle différent : vivre sur un bateau et plonger sous la glace ! 

Alors, pourquoi la plongée ?

Alban Michon : J'adore le fait de sentir l'absence de poids, les sensation que vous en retirez. La plupart des océans et des mers restent à découvrir. Les explorer, voilà la vraie aventure, on peut tellement apprendre de la vie sous-marine. En tant que plongeur, on est un peu un explorateur moderne. Ce que je veux, c'est ramener des images pour fasciner les gens, les faire rêver. Je veux faire passer un message, dire aux gens : "regardez à quel point le monde est beau. Nous devons le préserver !"

Voilà ce qu'est une plongée polaire...

Qu'est-ce qui te surprend le plus sous la glace ? 

La vie que l'on peut trouver dans un environnement polaire. C'est très très vivant ; il y a des morues, des requins énormes, des méduses, des ours polaires...

Tu as vraiment rencontré un ours polaire ?

Oui ! Je remontais d'une plongée et j'ai vu un ours qui nageait au-dessus de moi. On a fini par se regarder dans les yeux : c'était vraiment une sensation extraordinaire !

Tu as eu peur ?

Pas vraiment, j'étais plutôt hypnotisé par cette rencontre, même si je sais que c'est un prédateur très dangereux. Il n'y avait pas d'agressivité, seulement de la curiosité. C'est dément d'avoir la chance de rencontrer des animaux si puissants. J'ai vraiment eu un rush d'adrénaline.

Admirez la galerie ci-dessous :

Comme tu es souvent proche des pôles, tu vois l'impact du changement climatique ?

Cet impact est réel, et il me touche profondément. La glace est très importante et je veux attirer l'attention des gens là-dessus. Dans 50 ans, on va gagner un degré, ce qui n'a pas l'air énorme. Un jour, je suis parti en plongée et l'eau était à -1,6°. La glace était claire, solide et belle. Puis je suis revenu au même endroit plus tard et l'eau était à -1,4°, donc 0,2° plus chaude. La glace était jaune, avec des algues dessus, et elle était si molle que je pouvais passer ma main à travers. Vous pouvez donc imaginer l'impact d'un changement d'un degré si on peut voir une telle différence avec 0,2 degré.

Plongée sous le Cercle Arctique.
En kayak dans l'Arctique © Andy Parant

Quels sont les dangers de la plongée sous glace ?

C'est relativement safe, mais c'est tout de même une activité en milieu hostile. le matériel peut geler, des pics de glace peuvent tomber à tout moment... Mais je me sens tout de même plus en sécurité sous la glace que sur une autoroute !

La meilleure chose, par rapport à ce que tu fais ?

L'ambiance : toutes les lumières et ces couleurs incroyables. Le ciel est tout simplement magnifique. La glace est si puissante : elle gère le climat. Elle peut sembler insignifiante, mais elle est forte et puissante. Elle peut vous écraser, écraser des bateaux... Pour moi, la glace est vivante. Elle me captive.

L'aspect le plus difficile ?

Le froid, bien sûr. Quand vos mains et vos pieds commencent à geler, c'est le plus dur.

Plongée sous le Cercle Arctique.
L'aurore boréale illumine l'expédition © Andy Parant

À quoi ressemble un jour d'expédition normal ?

On se lève, on prépare le petit déjeuner et on le mange. On mange beaucoup pendant la journée : on a besoin de 5 500 kcal par jour ! Ensuite on se prépare, on trace le trajet de la journée et on embarque dans nos kayaks. On navigue, on s'arrête pour vérifier la météo et on mange beaucoup et très souvent. La nuit, on est vraiment crevés mais on doit se sécher et se changer. Certains jours, on ne navigue pas et on plonge à la place. On note tout dans un journal, on mange encore et on va au lit. 

Cela ne doit pas être très agréable de remettre du matériel froid et mouillé ?

Certes, mais le bonheur est-il toujours dans le confort ?

Alban Michon vient juste de sortir un livre, Glaceo, à propos de ses 51 jours d'expédition au Groenland. Achetez-le ici !

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