L'ultra-trail du bout du monde

Voilà pourquoi l'Ultra Fiord, en Patagonie, est sans doute la course la plus difficile du monde.
Un coureur de l'Ultra Fiord en Patagonie
Un coureur de l'Ultra Fiord en Patagonie © Pauce
Par Dominique Granger

Le terme "ultra-trail" est un doux euphémisme quand il s'agit de l'Ultra Fiord. La toute première édition de cette course infernale s'est tenue au milieu du mois d'avril dans les étendues sauvages de la Patagonie, au Chili. Là-bas, au bout du monde, un ultra-trail ressemble plus à un raid qu'à autre chose.

Vous vous imaginiez une longue et éprouvante course dans le paysage enchanteur de la Patagonie ? En fait, lorsque la compétition débute, vous faites face à des défis que vous n'auriez jamais cru réalisables.

Et c'est pourquoi ce tout jeune évènement est devenu l'un des ultra trails les plus exigeants et sauvages du monde.

Pourquoi "Ultra Fiord" ?

La course pourrait difficilement mieux porter son nom. Se tenant dans la mythique région de la Patagonie, elle amène les coureurs à découvrir le pays des fjords, créés par l'érosion des glaciers et qui façonnent le paysage d'une façon fantasmagorique, laissant augurer d'une rencontre avec un Hobbit au prochain virage.

Stjepan Pavicic, le directeur de la course, avait deux objectifs en tête quand il a commencé à organiser l'épreuve : premièrement, faire se tenir la première course de 100 miles au Chili et, deuxièmement, organiser une course profondément ancrée dans la Patagonie.

Plus un raid qu'un ultra-trail...

Les participants traversent une rivière lors de l'Ultra Fiord
L'Ultra Fiord est plus un raid qu'un trail © @Pauce

"On partait sur l'idée d'un trail, puis on s'est rapidement rendu compte que c'était bien plus que ça : c'était une expédition, avec des passages très techniques, dans un environnement très hostile. La pluie, la glace, la neige et la boue nous ralentissaient tous" se souvient Sylvainne Cussot, qui s'est classée deuxième dans cette épreuve de 70 km. La dernière fois qu'elle avait couru 70 km, cela lui avait pris 6h50. L'Ultra Fiord lui a pris presque le double.

"Mon seul but était d'arriver en un seul morceau" ajoute-t-elle. "Beaucoup de gens ont sous-estimé l'épreuve. C'est compliqué quand vous ne connaissez pas la zone, parce qu'il y a beaucoup plus que la seule pente. La météo est aussi piégeuse que le terrain."

Ces images à la première personne montrent à quel point l'Ultra Fiord peut être sauvage !

Matthew Maynard a partagé la vidéo ci-dessus, extraite de sa course. Comme vous pouvez le voir, c'est réellement sauvage.

Une météo très changeante

Les chaussures pleines de boue d'un coureur de l'Ultra Fiord;
C'est un peu salissant © @Pauce

À cause de la météo très changeante de la Patagonie, les coureurs devaient apporter un équipement spécial, qui n'est pas obligatoire pour les autres ultra-trails autour du monde. Ils n'avaient pas vraiment le choix, étant donné qu'ils devaient courir pendant des heures en solitaire, dans une région où laisser tomber et abandonner n'est pas vraiment une option.

Oui, l'Ultra Fiord, ça fait mal

Un coureur prend une pause bien méritée lors de l'Ultra Fiord en Patagonie.
Un repos bien mérité © @Pauce

... très mal !

Un participant blessé lors de l'Ultra Fiord.
Dépasser ses limites © @Pauce

Plus difficile qu'aucun autre ultra-trail ?

Seulement 11 des 33 participants ont franchi la ligne d'arrivée, après 100 miles et un dénivelé positif de 6 700 mètres. Le vainqueur, Jeff Browning, a écrit sur son blog après la course : "le terrain sur lequel j'évoluais était plus sauvage que tout ce que j'ai connu en 15 ans d'ultra-marathons et 20 autres courses de 100 miles. La Patagonie offre des paysages incroyables, à couper le souffle, mais cela a un prix : vous devez donner énormément et votre corps paye le prix fort. Si c'était facile, les gens ne s'en souviendraient pas."

Voilà la récompense offerte à ceux qui terminent l'Ultra Fiord

Quelle est la prochaine étape pour l'Ultra Fiord ?

Les organisateurs vont-ils choisir un tracé plus populaire ou encore plus extrême pour la deuxième édition ? "Nous voulons le rendre plus populaire pour les gens qui aiment l'extrême" explique Maximilien Triantafylou, membre de l'organisation. "La prochaine fois, nous nous assurerons que tous les participants sachent à quoi s'attendre : le tracé, le terrain. Mais dans une telle course, vous ne pouvez pas perdre. Soit vous gagnez, soit vous apprenez."

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