Il a grimpé le Kilimandjaro en fauteuil roulant

Aaron Phipps, qui a perdu ses jambes à 15 ans, vient de grimper le plus haut sommet d'Afrique.
Aaron Phipps rampe jusqu'au sommet du Kilimandjaro.
Aaron Phipps rampe jusqu'au sommet du Kilimandjaro © teamkilimanjaro.com
Par Will Gray

Gravir le Kilimandjaro, qui culmine à quelques 5895 mètres, est un véritable défi, même pour un athlète dans la forme de sa vie. Alors pour quelqu'un en fauteuil roulant...

Atteint de la méningite, Aaron Phipps a perdu ses deux jambes à l'âge de 15 ans. Pour le compte de Shaw Trust, une organisation caritative qui mène des projets de recherche sur la méningite, il a relevé cet incroyable défi. Et rien ne fut simple. Après avoir franchi autant de kilomètres que possible sur son fauteuil, il a même du terminer sans.

J'ai fini l'ascension en rampant, sur les mains et les genoux, c'était vraiment dur...

Aaron Phipps

 

Aaron Phipps et son équipe vers le Kilimandjaro.
Aaron Phipps et son équipe vers le Kilimandjaro © teamkilimanjaro.com

Peux-tu nous raconter à quel point ce défi était difficile à relever ?

C'était difficile du début à la fin. Mais les derniers mètres étaient les plus terribles. J'ai fini l'ascension en rampant, sur les mains et les genoux, c'était vraiment dur. J'ai passé les neuf dernières heures à pleurer. J'ai atteint le sommet dans un état de fatigue absolue. 

Comment t'étais-tu préparé ?

Certains entraineurs avaient déjà réussi à me pousser dans mes derniers retranchements par le passé. Mais là je me suis exercé jusqu'à perdre connaissance, je me suis retrouvé à vomir sur des tapis roulants. J'ai maintenant une idée assez claire de mes limites.

Pour m'habituer à l'altitude, j'ai pu aller à chamonix et passer cinq jours au sommet du Mont Blanc. J'ai aussi utilisé un altitude trainer. Mais j'avais d'autres défis à relever...

Aaron Phipps repousse les limites en fauteuil roulant.
Aaron Phipps repousse les limites en fauteuil © teamkilimanjaro.com

Tu as utilisé un fauteuil tout terrain. Comment fonctionne-t-il ?

Il y a deux manettes pour actionner les rouages qui font tourner les roues. On l'a modifié pour que je puisse m'en servir dans différentes positions puisqu'on savait que j'allais passer beaucoup d'heures dessus. Mais ce n'est pas vraiment conçu pour gravir une montagne.

Le premier jour, on a avancé pendant six heures au lieu de trois. Le second pendant neuf heures. On utilisait des planches de bois pour que je roule dessus mais mon fauteuil ne passait pas sur certains types de terrain et je devais descendre et ramper.

Ça a dû être terrible...

Oui. Mais le guide avait dit que j'étais trop lent et que je n'y arriverais pas. Je me devais de lui donner tort. Je sautais de mon fauteuil et j'avançais aussi vite que possible.

À la fin de la journée, j'avais d'énormes cloques. Le médecin les a observées. Ce n'était pas génial mais ça allait. 

Le guide avait dit que j'étais trop lent et que je n'y arriverais pas donc je me devais de lui donner tort

Aaron Phipps

 

Des planches en bois pour faciliter l'ascension.
Des planches en bois pour faciliter l'ascension © teamkilimanjaro.com

As-tu dû beaucoup descendre de ton fauteuil ?

Les premiers jours, je l'utilisais sans cesse et n'en descendait que pour quelques petites sections. Mais sur la fin, il ne fonctionnait vraiment plus très bien. Un jour, je ne l'ai utilisé que pour 5% du trajet, donc j'ai rampé sur environ 6 km !

Les passages rocailleux étaient les plus simples car mes bras sont assez musclés et je pouvais me hisser. Par contre, les passages lisses et raides étaient vraiment compliqués à franchir.

Aaron Phipps termine sans son fauteuil, à genoux et sur les mains.
Aaron Phipps termine sans son fauteuil © Aaron Phipps

As-tu pensé à abandonner ?

Plusieurs fois. Surtout vers la fin. J'étais épuisé, à avancer sur mes genoux, mon estomac n'arrêtait pas de remuer. La pente était tellement raide que je glissais souvent. Je devais creuser des petits trous avec mes mains pour y poser mes genoux ensuite. Heureusement que j'avais un haut-parleur dans mon sac à dos pour trouver du courage dans la musique. 

Aaron Phipps suivi par son équipe lors de son ascension du Kilimandjaro.
Aaron Phipps suivi par son équipe © Aaron Phipps

Raconte-nous la dernière ascension.

C'était comme escalader une montagne faite en Lego ou en Jenga. Quand j'avais l'impression d'avoir avancé, je regardais vers le haut et le sommet me paraissait encore plus loin, comme si quelqu'un avait rajouté un morceau. Quand j'ai terminé de grimper, c'était super mais je devais encore marcher 45 minutes pour atteindre le sommet.

Je me sentais vraiment mal, à la dérive, les gens m'aidaient à tenir droit. Mais j'avais une super équipe pour m'aider à garder le moral et à retourner au charbon.

Je me sentais vraiment mal, à la dérive

Aaron Phipps

 

Aaron Phipps sur le bord du cratère au sommet du Kilimandjaro.
Aaron Phipps sur le bord du cratère © teamkilimanjaro.com

Quel a été ton sentiment une fois arrivé au sommet ?

C'était incroyable. Ma fille et son école avaient confectionné une banderole et je me sentais incroyablement fier de la porter sur la photo. C'était vraiment spécial.

Quel a été le meilleur moment de cette aventure ?

J'ai adoré faire la descente. Atteindre le sommet, c'était génial mais j'étais tellement épuisé que ça a plus été un soulagement qu'une joie.

La descente, c'est un chemin très grand et très large entouré de rochers, on se croirait dans un film de science-fiction. Je l'ai descendu en fauteuil, mon équipe essayait de suivre le rythme. C'était super cool !

Aaron Phipps au sommet du Kilimandjaro.
Aaron Phipps au sommet du Kilimandjaro © teamkilimanjaro.com

Vous pouvez faire un don pour soutenir l'initiative d'Aaron Phipps en cliquant ici !

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