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Worldwide Festival - RBMA : Ashley Beedle, track by track

Worldwide Festival - RBMA : Ashley Beedle, track by track Mr Mass

A notre arrivée à Sète pour cette septième édition du Worldwide Festival de Gilles Peterson, c’est avec Will de LV et le légendaire Ashley Beedle que nous avons passé la première soirée. Deux générations de producteurs qui, chacun à leur manière, posent leur empreinte dans le monde de la musique électronique UK.

Notre première interview s’est faite avec Ashley et un retour sur sa carrière depuis les premiers sound systems, via une sélection de morceaux clés, dont il nous raconte leur histoire.

Ashley Beedle – Psychic Vitamins (1989)

Mon tout tout premier projet est un morceau absolument inconnu. C’était moi, un mec du nom d’Eddie Jones, un ami à moi, et un autre gars, Simon. Je ne me rappelle pas très bien de la session, c’était il y a vraiment longtemps, mais c’était le début de la scène acid house, on a appelé le morceau ‘Psychic Vitamins’. C’était mon premier morceau enregistré proprement en studio et je ne savais pas du tout ce que je faisais. Mais j’étais en studio, avec l’aide d’un ami producteur, Danny Arno, qui a été un peu oublié avec les années mais il a fait partie de ceux qui ont créés les premières tracks house en Grande-Bretagne, avec Bang The Party ou Robert Owens, la première fois qu’il est venu en Angleterre. C’est vraiment un chic type.

On est à ce moment-là en 1989.


Au même moment, je faisais partie du Shock Sound System, c’était un des gros sound system de l’époque. Et à cette période, le son tournait autour de ce qu’on appelle le ‘rare groove’.

On jouait house, hip hop, disco, reggae. Ce que les gens ne réalisent pas, c’est que quand la house music est arrivé en Angleterre, les sets n’étaient jamais juste de la house. Ça s’est fait graduellement. On jouait des morceaux house au milieu de sons dancehall ou hip-hop, tout se mélangeait.

A cette époque, il y avait quatre clubs importants à Londres. Le premier club de house music, c’était Delirium, tenu par deux frères, Noel & Maurice Watson. Ils ont été les premiers à monter un club spécialement dédié à ce genre de musique. Le truc marrant c’est qu’à l’époque, peu de monde fréquentait cet endroit. Mais Noel et Maurice ont été les premiers à ramener Ten City et Frankie Knuckles.

C’était avant que tout le monde ne s’intéresse vraiment à la house. 

 


Boyz in Shock – Give Me Back Your Love (1988)

Avec mon sound system, composé de Cecil (Peters), Ricky Lyte, Paul (Denton), les Zepherin Brothers (Zepherin Saint & Stan Zeff, on fréquentait tous ces clubs pionniers et c’est comme ça qu’on a commencé à écouter cette musique.

Après Delirium, il y a eu Confusion, qui était vraiment un club incroyable, c’était sur Picadilly, au centre de Londres, West End. C’est cette femme géniale, Nicky Trax, qui s’occupait du club, avec des Djs résidents comme Kid Batchelor, Keith Franklin, des tueurs ! Ils jouaient les premiers vinyls de house UK. New beats, swing beats, mixés à de la house US. 

Je pense qu’en Angleterre, les deux principales villes pour la house music c’était Londres et Manchester. Les deux développant deux courants différents, recherchant un son propre à chacune.

Donc quand tout ça est arrivé, on a fait notre premier morceau avec le sound system, ‘Give Me Back Your Love’ sur le label anglais Jack Trax, qui avait signé Fingers Inc.

Byron Burke, un des mecs de Ten City, a produit ce premier morceau avec nous. Beaucoup de gens ont placé ce track comme la première production de UK Garage. 


Puis, j’ai quitté le sound system au début des années 90.

Je manageais le magasin Black Market Records à Londres. J’y rencontrais différents types de DJs et c’est comme ça que j’ai commencé à me faire connaître comme DJ solo. Je mixais déjà mais la acid house m’a permis d’expérimenter des sets seuls.

Black Science Orchestra – ‘Where Were You’ (1992)

Je commence toujours un projet avec un concept précis. Le Black Science Orchestra est arrivé, parce qu’à cet époque, j’étais fatigué du côté répétitif de l’acid house. Je voulais entendre des mélodies, des chansons structurées. Mais, à cette période, je n’étais pas un bon producteur, j’avais les idées, mais pas la technique. Donc j’ai voulu rassembler Rob Mello, qui est un excellent producteur aujourd’hui, et un autre ami, John Howard.

Et on a fait ‘Where Were You’, notre premier morceau pour ce projet. 


On voulait garder le côté acid mais en y ajoutant de la mélodie. En fait, l’idée de ce morceau est venue de Norman Jay. J’étais dans le magasin et Norman m’a donné un disque des Trammps. Il m’a dit ‘Tu vas adorer cet album mec’. Il savait que j’aimais la disco. Et quand j’ai entendu la chanson ‘The Night The Lights Went Out’, j’étais scotché. Et en littéralement une semaine passée à écouter ce morceau, on a fait ce morceau avec Rob Mello, basé sur le sample loopé du passage ‘where were you’. 


C’était incroyable, et c’est le morceau qui je pense a été le vrai début de ma carrière de producteur. 

X-Press 2 – Muzik Xpress (1992)

Après avoir lancé Black Science Orchestra, j’ai rencontré Rocky & Diesel, via le label Boy’s Own


C’est Terry Farley, un des managers du label, qui m’a dit un jour ‘Pourquoi tu ne prends pas Rocky & Diesel en studio avec toi, pour voir si quelque chose sortirait de cette collaboration?’. Il pensait que j’étais un producteur incroyable mais à cette période, la plupart du temps, je ne savais vraiment pas ce que je faisais en studio! Mais on l’a fait, on a commencé à bosser des sons. On avait tellement de samples ! On est parti avec l’idée de combiner le côté UK rave avec le son US, celui de DJ Pierre.

Je me rappelle un jour être tellement frustré que je suis parti du studio. Quand je suis revenu, Rocky et Diesel m’ont lancé ‘écoute ça mec, c’est fou’. On bossait à ce moment-là sur les premières idées pour X-Press 2 et le morceau ‘Muzik Xpress’ et je n’étais pas complètement dedans. Mais on a quand même fini par le pressé sur acétate et on l’a donné à Fabi Paras, un DJ hyper connu à cette période. Quelques jours plus tard, il nous rappelait : ‘Mon dieu, j’ai joué ce morceau et tout le monde est devenu fou !’. Le morceau n’était même pas fini ! Du coup, on l’a sorti comme ça. D’ailleurs, si tu écoutes le morceau aujourd’hui, c’est tellement un mishmash d’influences bizarres ! Il y a tout dedans. Le truc européen, le truc US, absolument tout ! 


(Petite interlude sur les influences de la musique UK, le garage, la UK funky)

C’est vrai qu’on s’inspire de tout, c’est très particulier à l’Angleterre. Et on a aussi le reggae, qui a toujours était avec nous. La basse a toujours était un élément important, même à l’époque du coup. Donc quand t’écoutes ‘Muzik Xpress’, la chose la plus importante dans le morceau, c’est la basse. Ça n’est même pas une note, juste de la basse.

Après ça, on a fait ‘London Xpress’, ‘Say What!’, qui ont été des grosses sorties. A cette période, c’était encore underground, mais on vendait entre 25 et 30'000 disques. C’était assez fou.

Black Science Orchestra – New Jersey Deep (1994)

Je suis finalement revenu sur le projet Black Science Orchestra, pour bosser le EP ‘New Jersey Deep’, qui a aussi très bien marché. 


Je commençais à écouter une sorte de breakbeat. Je n’avais pas envie de produire des gros sons breakbeats, mais je voulais intégrer des percussions plus rock et funky.

Je travaillais sur le remix d’un DJ très influent, Bob Jones. J’ai fini par prendre une ligne de percu de son morceau, juste 8 bars, pour en faire une boucle. C’est ce qu’on a utilisé pour ‘New Jersey Deep’. On a ajouté un sample de ‘Funkanova’ de Wood, Brass & Steel, un truc très disco, puis on a composé la basse, rajouté des keyboards, et c’était plié ! 


L’autre morceau du EP (Altered States), c’était ‘Philadelphia’. On est allé lourdement sur le style de drums propres à Philly ! On a samplé un vieux disque d’un groupe de Philadelphia, on a arrangé les EQs, ajouté la basse. Et ça a donné ça


Ce sont les morceaux qui ont vraiment aidé à développer ma notoriété de producteur. De là, j’ai eu beaucoup de demandes de remix, j’ai collaboré avec pas mal de monde.

Black Science Orchestra a été un projet qui m’a été très cher. Pour la première fois, un label (Boy’s Own) me permettait de développer un album après quelques singles et EPs. Dès que j’ai eu le feu vert pour cet album ‘Walters Room’, j’ai direct eu envie de l’orienter vers une disco bien opulente.

Ashely Beedle x Horace Andy – When The Rain Falls (2009)

Pour ce projet avec Horace Andy, nous n’avions que 11 jours pour le réaliser. C’est un projet lancé par Strut Records, ‘Inspiration Information’. Ils te donnent un certain budget, et ça couvrait exactement 11 jours de studio.

Donc nous étions dessus matin, midi et soir. Pendant qu’il enregistrait d’un côté, j’étais dans l’autre salle et je composais. Je lui donnais les instrus le soir, il rentrait chez lui, écrivait et boom, le lendemain il enregistrait.

On voulait faire un projet rapide, et dieu merci, Horace était dedans, il était conscient de la deadline.

Et on l’a fait !

‘When The Rain falls’ est mon morceau préféré. Je pense que c’est l’un des premiers qu’on a produit. C’est une chanson magnifique. C’était un vrai bonheur de travailler avec Horace, parce que forcément, pour moi, depuis ma jeunesse, sa musique coulait dans mes veines. Mon père jouait ses disques à la maison, tu vois ce que je veux dire ? 


Ashley Beedle & Darren Morris – Gangs of Rome feat. Kurt Wagner (2010)

Mavis c’est un album-concept. Avec mon pote Darren Morris, avec qui j’écris beaucoup de morceaux, on était en studio, pendant une période creuse, et je me suis mis à fouiller dans les CDs de Darren. Je suis tombé sur une compilation du magazine Mojo avec que des sons du label Stax Music. Quand j’ai entendu le morceau de Mavis Staple ‘A House Is Not a Home’, j’ai complètement craqué. J’ai direct dit à Darren qu’il fallait qu’on sample et qu’on boucle les huit premières mesures. On l’a donc fait et on a construit un instrumental autour de ce sample. 


Puis, on ne n’y a plus retouché pendant au moins un an, jusqu’à que mon manager, Chris Butler à cette époque, nous demande ce qu’on allait en faire. On n’en avait aucune idée puis il nous a dit ‘Pourquoi vous ne l’envoyez pas à Kurt Wagner de Lampchop pour qu’il fasse un vocal ?’.

On lui a donc envoyé la démo et en l’espace de quelques jours, il nous a renvoyé sa ligne de voix. C’était vraiment bien mais on a de nouveau laissé cet enregistrement de côté pendant plusieurs mois, jusqu’à que Chris revienne à la charge et nous dise ‘Pourquoi vous ne feriez pas un projet d’album autour de cet instrumental ?’

C’était en fait une très bonne idée. Et on l’a envoyé à plusieurs chanteurs ; Edwyn Collins, Candi Staton, Danielle Moore….

Ils ont tous fait leur propre version, et quand les enregistrements sont revenus, nous avons retravaillé les compositions à partir des voix. En fait, au final, les seuls morceaux qui ont l’instrumental original, ce sont ceux avec Kurt Wagner et Edwyn Collins. 


Ça a été une aventure folle. On a changé toute la musique avec Darren et comme nous n’avions quasi pas de budget, il nous était impossible d’enregistrer des lignes de cuivres par exemple, donc on a continué à sampler pleins d’instruments. Ça m’a ramené à ce que j’avais l’habitude de faire avec The Ballistic Brothers, une musique soulful et downbeat.

On a voulu faire un album électronique, soul & psychédélique. C’est Mavis. Autour du concept plutôt drôle de Mavis Staple. J’adore les Staple Singers. J’en suis venu à un point où je vénérais Mavis, un peu comme on vénère Madonna.

D’ailleurs, la cover de l’album aurait dû être Mavis Staple en Vierge Marie, mais ça n’a pas été possible !

X-Press 2 - Lazy ft. David Byrne (2002)

Un autre morceau qui a été important pour moi. C’était un morceau incroyable à travailler.

C’est drôle parce que, ce qui s’est passé, c’est qu’on commençait à travailler sur l’album d’X-Press 2 ‘Muzikizum’, on a fait cette démo avec Rocky, et on voulait faire une sorte de morceau à la Prince ! Donc on s’est mis à chanter sur la compo ‘I got your number, I got your number, baby, I got your number, you know you drive crazy’.

Et James, notre ingénieur nous a sorti ‘ça sonne bizarrement comme une morceau de Talking Head’.

David Byrne voulait déjà travailler avec moi et les Ballistic Brothers, il pensait qu’on était un groupe mais c’était juste une création studio.

Du coup, je l’ai appelé, on lui a envoyé cette démo avec les voix qu’on avait faite, et une semaine après, on avait sa version, ‘Lazy’. On était vraiment impressionné, du coup, on lui a demandé si on pouvait bosser le morceau vers quelque chose de plus house, il nous a répondu ‘bien sûr, allez y’.

Ça nous a pris trois mois, mais on l’a fait. La ligne de piano qu’on a ajouté a donné un magnifique résultat.

Je me revois dire à Rocky & Diesel ‘ça va être un hit’, ils m’ont lancé ‘arrête d’être autant arrogant’, j’ai dit ‘non, je ne suis pas arrogant, ÇA VA ETRE UN HIT !’

Et ça l’a été. 


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