Certaines choses sont passées de mode pour une bonne raison. La probabilité que les êtres humains normalement constitués regrettent les flash mobs ou le mannequin challenge est proche de zéro. Et pourtant, un concept brillant peut passer à la trappe et ne pas résister à l'épreuve du temps. Pour beaucoup, c'est le cas du jeu en coopération.
Il y a eu des tentatives, bien sûr. Mais soyons honnêtes, ça fait bien longtemps qu'on a pas passé des heures sur un canapé avec un pote pour abattre des hordes de zombies sur Left For Dead ou nettoyer les rues sur Streets of Rage. Bref, le concept semblait tombé dans les limbes. Jusqu'à aujourd'hui.
A Way Out, nouveau titre développé par Hazelight, tente de ressusciter le genre en proposant une expérience unique jouable uniquement à deux, en local ou en ligne. À l'occasion de la sortie du jeu, on a rencontré Josef Fares, le créateur. Il nous parle des origines du titre, et explique pourquoi A Way Out est un voyage qui ne pouvait se vivre qu'à deux. Comme l'amour, mon pote.
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Josef Fares - A Way Out
Interview avec Josef Fares pour la sortie de A Way Out. Le développeur du jeu en coop nous parle des origines du titre, et explique pourquoi A Way Out est un voyage qui ne pouvait se vivre qu'à deux.
"J'ai commencé à imaginer A Way Out en 2014. J'étais avec un ami et je cherchais une véritable expérience en coopération. L'idée de A Way Out m'est venue naturellement."
Le jeu est en phase de développement depuis 2014. Au vu des premières images, le temps alloué a la conception a été utilisé à bon escient. Dans le titre d'Hazelight, vous incarnez deux prisonniers - Leo et Vincent - qui tentent de s'évader d'une prison et qui en assument les conséquences en franchissant les murs de l'institution. Le jeu mélange infiltration, bastons et règlements de comptes. Plus impressionnant encore, il raconte deux histoires en même temps, grâce à l'intelligente utilisation de l'écran splitté. Un choix créatif que Josef Fares considère comme un énorme défi.
"On a décidé que le titre se jouerait en écran splitté, à la fois en local et en ligne, parce que c'est comme ça que l'histoire est racontée. Narrer deux histoires en même temps était un énorme défi lors du développement."
Ce n'est pas tout. Afin de proposer une véritable expérience en coopération, Hazelight a fait un geste rare dans l'industrie du jeu vidéo : le 'Friends Pass'. Concrètement, pour jouer au titre avec un pote (en local ou en online), vous n'aurez besoin que d'une seule copie. La démarche peut sembler déroutante puisque les éditeurs n'ont pas l'habitude de filer leurs jeux gratos. Mais pour Josef Fares, ça n'a rien d'étonnant.
Découvrez le trailer officiel du jeu :
"Pour moi, ça (le 'Friends Pass', ndlr) semble logique. On a eu cette idée très tôt. Parce que si vous jouez avec un pote, confortablement assis sur votre canapé, vous n'avez besoin que d'une copie. Pourquoi devrait-on en acheter une autre pour jouer en ligne ? C'est exactement la même expérience. Je ne sais pas si cette décision va avoir une incidence sur nos chiffres de ventes. Peut-être que ça va les augmenter. En réalité, je m'en fous, pour être honnête. Ça me semble logique comme démarche, tout simplement."
Cette décision est encore plus surprenante dans la mesure où le jeu fait partie du label EA Originals, un programme qui soutient et finance les développeurs indépendants. Même si ça semble étrange qu'EA ait accepté sans sourciller, Josef Fares persiste et signe. L'éditeur a soutenu le projet de A à Z.
Oui, Josef Fares a collaboré avec EA, un mastodonte de l'industrie du jeu vidéo. Et ça peut surprendre, surtout vu la réputation d'homme franc et passionné qu'on lui prête. Mais il est catégorique. Le programme n'a pas étouffé ses impulsions créatives.
"La liberté créative, c'est important, parce qu'on fait de l'art. Mais il ne faut pas oublier qu'il y a un intérêt pécuniaire dans chaque chose. Les financiers et les créatifs doivent se comprendre et communiquer. Mais Hazelight gardera le contrôle sur l'ensemble de ses jeux, c'est garanti."
Envisager le jeu vidéo comme un art. Un vaste sujet qui lui tient à coeur. Son discours passionné lors des Games Awards 2017, où il descend soigneusement la cérémonie des Oscars, a fait le tour du monde. Selon lui, le jeu vidéo n'est pas respecté à sa juste valeur.
"Les gens ont comparé les Games Awards aux Oscars, et j'en ai eu ma claque" rembobine-t-il. "Parfois, je pense que les jeux vidéo n'ont pas l'attention et le respect qu'ils méritent, parce qu'encore aujourd'hui les gens se posent cette question stupide : "le jeu vidéo est-il un art ? J'ai l'intime conviction que le jeu vidéo devrait être traité comme n'importe quel médium."
Il ajoute : "Bien sur, il y a des mauvaises choses, mais c'est la même chose dans le cinéma. Les jeux vidéo devraient être traités comme les livres, la télévision ou les films. Pas moins bien, pas mieux. Mais les choses vont dans le bon sens, je suis optimiste."
Le titre emprunte de nombreux concepts à d'autres oeuvres, qui parleront forcément aux joueurs qui s'intéressent un minimum à la pop culture. Josef Fares avoue, par exemple, s'être inspiré du film Les Évadés ou des titres de Naughty Dog. Et même s'il aurait pu être influencé par de nombreux jeux mythiques en co-op, il explique qu'il s'est surtout inspiré d'un titre plus contemporain, Portal 2.
"Je me suis pas mal inspiré de la campagne de Portal 2, parce qu'il fallait vraiment s'entraider pour progresser dans le jeu."
En effet, dans A Way Out, pour progresser, il ne faut pas la jouer perso. Pour distraire les gardes, faire la courte-échelle ou enjamber les murs. Josef Fares ajoute : "On ne pouvait pas s'inspirer d'un jeu similaire, parce que ça n'existe pas. On était en terrain inconnu. C'est aussi ça qui est amusant quand on développe des jeux vidéo. Créer quelque chose qui n'a jamais été fait auparavant."
Selon Josef Fares, les prisons ne sont pas assez exploitées dans les jeux vidéo. Il explique : "Les prisons sont sous-utilisées dans les jeux. Généralement, on appuie sur un bouton pour s'évader, alors que c'est un environnement complexe et intéressant. Surtout quand deux joueurs doivent s'entraider pour s'évader."
Cela dit, le boss d'Hazelight précise que le jeu ne se limite pas qu'aux immenses murs de l'institution pénitentiaire. Même si le but premier de A Way Out est de s'évader, la trame est bien plus complexe. Mais pour en savoir plus, il faudra patienter. Une chose est sûre, cependant. Il faudra avoir un canapé confortable pour en profiter du titre à sa juste valeur.
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