Yuki Kadono s'élance sure le premier module au Burton US Open 2020
© Daniel Milchev / Red Bull Content Pool
Snowboard

Voici comment une compétition de slopestyle en snowboard est jugée

Dans un monde où les triple corks enchaînés sont devenus la norme, différencier les top athlètes en slopestyle peut paraître complexe. Nous l’avons déconstruit.
Écrit par Alastair Spriggs
Temps de lecture estimé : 9 minutesPublished on
La plupart des événements sportifs couronnent un gagnant avec un objectif. Faire le plus de buts, traverser la ligne d’arrivée en premier, soulever le plus de poids… La première place est souvent attribuée de manière transparente et incontestable.
Un sport jugé comme l’épreuve de slopestyle en snowboard n’est pas toujours aussi clair. Un slopestyle consiste en un parcours sur lequel les riders s’exécutent un à un. On y retrouve des sauts, des rampes et d’autres modules. Les athlètes sont notés sur la difficulté et l’exécution de leurs manœuvres ainsi que sur l’amplitude réalisée sur chaque module. Le rider avec le plus haut score gagne.
Seb Toots fait du snowboard à Grouse Mountain

Seb Toots parle des éléments essentiels pour un «backyard park»

© Scott Serfas

Tout comme la gymnastique, le plongeon et le patinage artistique, le slopestyle en snowboard est un sport jugé où l’on y mesure le degré de performance technique ou l’impression artistique — autrement connu sous le nom de style. Ce dernier ajoute un facteur subjectif dans le jugement des performances, et la note peut donc varier selon une opinion personnelle ou certains goûts.
Pour permettre une compétition juste, le slopestyle est gouverné par un ensemble de règles établies par la Fédération Internationale de Ski. Des juges chevronnés provenant de l’industrie du snowboard notent les athlètes sur six critères: l’amplitude, la difficulté des manœuvres, l’exécution, la variation, le style et les combinaisons.
Des multiples triple corks 1620 de Yuki Kadono aux Burton US Open 2015, au résultat record de Mark McMorris aux X Games en 2013 et au triple titre de Zoi Sadowski-Synnott en 2019, le slopestyle en snowboard a continué d’évoluer pour devenir l’un des sport de compétition les plus innovant et dangereux. Quand le niveaux des athlètes atteint des performances records, c’est important de savoir ce qui différencie les résultats.
Voici tout ce que vous devez savoir sur comment une compétition de slopestyle en snowboard est jugée.
Zoi Sadowski-Synnott volant pendant les Jeux d'hiver Audi Quattro à Wanaka

Zoi Sadowski-Synnott volant pendant les Jeux d'hiver Audi Quattro à Wanaka

© Miles Holden / Red Bull Content Pool

Les Jeux Olympiques, les Coupe Du Monde et le Burton US Open

La manière la plus commune de juger une compétition est celle établie par la Fédération Internationale de Ski. La FIS est la fédération qui gouverne le plus de sports d’hiver internationaux. Des compétitions comme les Olympiques, le LAAX Open et le Burton US Open utilisent un système inspiré de la FIS. Ce dernier est facile à suivre et déconstruit chaque manœuvre individuelle ainsi que la performance globale de l’athlète durant sa descente. Les rider ont droit à deux ou trois descentes sur le parcours, dans un format où le gagnant remporte le tout. Après chaque descente, chaque athlète reçoit une note précise avec les détails de sa performance jugée.
Le score total des manoeuvres (60%) + Le score de la performance globale (impression) (40%) = Pointage Global

Décomposer le score total des manoeuvres

Le score total constitue 60% du résultat final. Des juges sont assigné à chaque module du parcours, et chaque module a une valeur. Les juges observent alors un saut ou rail et attribuent une note de 1 à 10 en se basant sur l’amplitude, la difficulté et l’exécution. Le tout est ensuite additionné pour obtenir le total. En déconstruisant le parcours ainsi, les juges visent à attribuer la note la plus juste et transparente possible pour que les athlètes puissent mieux comprendre leurs forces et faiblesses sur le parcours.
Voici par exemple les résultats des podiums de Yuki Kadono et Dusty Henricksen aux Burton US Open en 2020.

3 minutes

Yuki Kadono's winning slopestyle final run

Check out Yuki Kadono's winning slopestyle run from an incredible final showdown.

4 minutes

Le run de Dusty Henricksen 2ème du slopestyle du Burton US Open 2020

Le rider américain Dusty Henricksen a terminé deuxième de la compétition de snowboard slopestyle du Burton US Open 2020 à Vail dans le Colorado. Revivez le run de Dusty Henricksen en vidéo !

Yuki Kadono vs Dusty Henricksen Burton US Open 2020 slopestyle runs

Yuki Kadono vs Dusty Henricksen Burton US Open 2020 slopestyle runs

© Alastair Spriggs

Les deux performances présentées ci-haut sont remplies de trucs progressifs et individuels époustouflants. Mais pourquoi Kadono a-t-il terminé avec 4.2 points de plus que Hendrickson pour le total? Pour mieux comprendre, regardons les critères des juges: l’amplitude, la difficulté des manœuvres et l'exécution.
L’Amplitude fait référence au «flow» du rider sur un module. Les juges veulent voir chaque athlète entrer sur chaque module avec une bonne vitesse, performer un bon «pop» et démontrer une trajectoire longue et haute pour maximiser son temps dans les airs. Par exemple, le backside 1260 melon de Kadono montrait une trajectoire plus haute que le switch frontside 900 double cork de Hendrickson. Kadono a donc bénéficié de son amplitude au pointage.
La difficulté des manœuvres est clairement communiquée aux entraîneurs ainsi qu’aux athlètes à la rencontre des juges avant chaque compétition. On peut se baser sur le nombre de rotations, de directions de rotations, sur l’axe, les atterrissages «blind», les «grabs», etc. Le jugement des performances prend aussi en considération la progression, alors un nouveau truc ou un truc rarement performé sera récompensé. Objectivement, certains trucs sont plus innovants ou difficiles que d’autres. Le plus haut score individuel attribué aux Burton US Open fût celui de Hendrickson avec un backside 1800 quad cork mute. En exécutant 5 rotations complètes, en désaxant sa rotation 4 fois tout en réussissant un bel atterrissage… C’est objectivement une des manœuvres les plus difficiles en snowboard en ce moment et très peu d’athlètes considèreraient l'essayer. Hendrickson a obtenu un 9.8 sur le saut final, mais rappelons-nous que chaque module a une valeur égale. Il a obtenu un 6.9 sur le premier module et un 7.4 sur le troisième, ce qui a significativement fait diminuer sa moyenne. Kadono a donc terminé avec un plus haut score total en obtenant de meilleurs résultats sur les autres modules.
Un haut score sur l’exécution démontre un plein contrôle, de la stabilité et une bonne maîtrise à travers toute la manœuvre — le style est la clé. Cela veut dire: un «pop» adéquat, commencer la rotation au bon moment à moins que cela ne soit intentionnel, une trajectoire haute et un «grab» maintenu durant presque toute la manœuvre. Sur la section de rails, tous les trucs devraient être bien «locked in», en contrôle et complété jusqu’à la fin du module. Par exemple, le switch backside 270 on 270 out de Kadono lui a valu un 8.5 parce qu’il a été exécuté avec facilité. Le départ était parfait, il a glissé sur toute la rail et ses rotations à l’entrée et à la sortie étaient en contrôle.
Les juges utilisent ces critères du mieux qu’ils le peuvent pour différencier les manœuvres et les classer en conséquence. Toutefois, quand deux athlètes performent un truc avec la même exécution, la perspective d’un juge entre en jeu.
Le 40% restant du score de l’athlète est basé sur le score d’impression global total.
Décomposer le score d’impression globale totale
Yuki Kadono effectue les rails au Burton US Open

Yuki Kadono effectue les rails au Burton US Open

© Daniel Milchev

Alors que deux juges sont assignés à chaque module, deux juges d’impression global ont la responsabilité d’évaluer la descente dans son ensemble. Ces juges se concentrent sur la variation, le style et la combinaison d’un module à l’autre. Ils veulent voir de la variété dans les trucs et les modules, une belle exécution du début à la fin ainsi qu’un bon usage du parcours de slopestyle.
Pour mieux comprendre l’impression globale totale, regardons ces termes de plus près: variation, style et combinaison.Quand on parle de variation, les juges récompensent un athlète polyvalent capable d’intégrer une variété de trucs dans sa descente. Cela peut être des rotations dans les 4 directions, démontrer une variété de «grabs», un mélange de flat spins et corks ou bien l’utilisation de ligne créative sur le parcours. Si on compare les trucs de Kadono, chacun est unique. Il tourne dans 3 directions différentes sur 3 sauts, incluant un flat spin, un alley oop double cork et un triple cork. Ce degré de variation a été bien récompensé.
Quand on parle de variation, les juges récompensent un athlète polyvalent capable d’intégrer une variété de trucs dans sa descente. Cela peut être des rotations dans les 4 directions, démontrer une variété de «grabs», un mélange de flat spins et corks ou bien l’utilisation de ligne créative sur le parcours. Si on compare les trucs de Kadono, chacun est unique. Il tourne dans 3 directions différentes sur 3 sauts, incluant un flat spin, un alley oop double cork et un triple cork. Ce degré de variation a été bien récompensé.
Le style d’un rider est la clé pour une descente de slopestyle gagnante. Même si c’est subjectif, le style représente un caractère unique, l’esthétique ou le côté artistique qu’un rider ajoute à l’exécution d’une manoeuvre. Quand un athlète met l’emphase sur le style, ça démontre une très bonne maîtrise.
• Une combinaison, c’est une séquence de manœuvres reliées dans une descente. Une combinaison difficile inclut un grand degré de variation, tout en exécutant des trucs plus difficiles et risqués au début ou au milieu de la descente. Par exemple, Kadono a réussi à enchaîner un backside 1260 et un alley oop switch frontside double cork 900 sur le troisième et quatrième module. C’est une combinaison difficile de manœuvres, tôt dans la descente.
Une descente à couper le souffle recevra toujours un bon score de performance globale. Kadono et Henricksen ont tous les deux exécuté des descentes laissant une impression de perfection, et les deux ont ainsi reçu un bon score. Alors, pourquoi Kadono a-t-il obtenu 0.4 points de plus? On pourrait l’expliquer par sa combinaison. Si on regarde le score individuel par truc, on peut voir que Kadono a obtenu un meilleur résultat plus tôt dans sa descente. De là, on peut conclure qu’il a relié plus de manœuvre difficile, ainsi remportant la victoire.

Les X Games d' Aspen introduisent le jugement de style «jam session» en 2020

Hailey Langland qui performe pendant le Slopestyle féminin Snowboard au X-games d'hiver 2019 à Aspen, CO - USA, January 26, 2019.

Hailey Langland en action au X Games 2019

© Christian Pondella/Red Bull Content Pool

Jusqu’en 2020, le slopestyle des X Games D’Aspen était très similaire à celui des Jeux Olympiques ainsi qu’aux autres compétitions majeures mentionnées ci-haut. Cette année, l’événement a adopté un format de compétition de style «jam», ce qui ne classe pas les athlètes selon leur meilleure descente, mais plutôt sur leur performance globale durant la compétition.
Les uns après les autres, les riders s’exécutent sur le parcours pendant une durée déterminée. Un classement non officiel est affiché après chaque descente. Une fois le temps écoulé, le tableau présente le classement des athlètes, sans leur pointage. Les riders sont jugés sur les mêmes critères et standards déterminés par la FIS, mais ne reçoivent pas de pointage final, réduisant ainsi la transparence du jugement.
Pour sa première année au X Games, le format «jam» a reçu des réactions mitigées.
Le changement de format avait pour but de réduire la pression sur les athlètes pour réussir leur meilleure descente possible, éliminer la «throwaway run», et réduire les délais de jugement pour augmenter l’audience. Toutefois, sans résultats ou pointage précis, la transition a rendu difficile pour les athlètes et les entraîneurs de savoir comment gagner.