Snowboard
Floating Shapes : Pierre Vaultier ride l’eau dans tous ses états
Habitué des performances de haut vol board aux pieds, Pierre Vaultier est parti à l’assaut d’un lac de haute montagne dans son nouveau projet : Floating Shapes.
Que reste-t-il à faire lorsque l’on a une armoire à trophées blindée de globes de cristal et de médailles d’or olympiques ? La question mérite d’être posée. Pour Pierre Vaultier, la réponse est assez simple : continuer de repousser les limites à coups de challenges plus fous les uns que les autres. Après Shapes, un pump track géant et découpé aux gaps colossaux, ReShapes et sa piste à flanc de falaise, Dual Shapes et son aspect compétitif, le champion de snowboard s’est à nouveau élancé sur la poudreuse, mais sous sa forme la plus pure : “Floating Shapes reste dans la lignée de ce que j’ai pu faire par le passé. Le but principal était de m’exprimer et de mettre l’essence de mon art dans un endroit où on l’aurait jamais imaginé, dans l’eau.”
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Une pumptrack sortie d’un rêve
Pour Floating Shapes, au-delà du fait de s'élancer au beau milieu d’un lac gelé, Pierre Vaultier, du haut de ses 37 ans, a ajouté un défi supplémentaire en réduisant la largeur de la pumptrack. Alors que sur Shapes, son premier projet, la piste faisait 3 mètres de large, sur Floating Shapes, tout a rétréci pour atteindre le mètre 20 : “Il faut serrer les fesses et repousser les limites de la précision. Si je dévie de 2 centimètres, 10 mètres plus loin je suis dans l’eau.”
Pas assez visuel diront certains ? Le champion de Sotchi et Pyeongchang a choisi d’agrémenter son parcours d’un backflip pour créer un plan séquence sans pareil au beau milieu de l’eau glaciale du lac de Serre Chevalier : “Quand on a 1 mètre 20 de large pour réceptionner et qu’il faut rester en ligne et garder le rythme, c’est un vrai challenge. C’est dur d’avoir une réception très clean et punchy, mais j’ai quand même réussi à finir la ligne donc c’est top : on a le beurre et l’argent du beurre.”
Pour couronner le tout, en fin de parcours, Pierre devait avoir assez de vitesse pour passer sans se mouiller une partie du lac qui n’était pas gelée. Même en arrivant tracté par un winch, avec des gaps de moins en moins larges (commençant tout de même à 7 mètres 50) et en étant habitué au pumping, la performance est monstrueuse : “Le water slide fait partie de l’identité du projet, à savoir mélanger la glace, la neige… l’eau sous tous ses états. Il fallait avoir la certitude de rejoindre l’île avec suffisamment de vitesse pour passer cette portion qui faisait 6 mètres. Ce n’est pas gigantesque, mais l’eau, ça ralentit énormément, et si je n’avais pas eu assez de vitesse, j’aurais coulé (rires).”
Évidemment, avec un parcours aussi rigoureux alliant technique, vitesse et précision, on peut vite se retrouver au tapis. Au beau milieu des essais, le soleil est venu jouer un vilain tour au multiple champion, fragilisant l’une des structures et le poussant à la faute en plein parcours : “Ça a cassé sous mes pieds. J’aurais pu tomber dans l’eau, mais ça n’a pas fait ça. Ça a repris, et ça m’a envoyé plein dos dans le module d’après. Je me suis éclaté le dos, et là j’ai pensé : ‘C’est fini, je ne vais pas être capable d’y retourner.’ La soirée a été compliquée. Le lendemain, j’ai eu du mal à me lever. J’étais vraiment cassé en deux, mais bon, j’ai pu repartir. Au final, ça l’a fait et on a fait des supers images, mais je suis passé proche de la correctionnelle.”
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Un shaping inédit
Créer un terrain de jeu propice à la performance dans un milieu totalement inédit est déjà un exploit en soi. Forcément, la conception de la pumptrack a demandé un énorme travail de réflexion, qu’il soit question de logistique, de shaping et même de réalisme. “L’idée est merveilleuse… les modules et la neige qui sortent de l’eau… c’était vraiment le but ultime d’avoir cette vision là. Mais évidemment, ça passe par plein de réflexions sur la faisabilité.”
Le projet est donc passé par différentes étapes, les idées liées à la conception évoluant alors que Floating Shapes prenait forme. Finalement, tout a reposé sur les coffrages, l’arme secrète de Pierre Vaultier depuis quatre ans maintenant, qui étaient posés sur des poutres. Outre la réalisation folle, l’ensemble de la construction a été réalisée à la main, de quoi s’assurer une empreinte carbone minimale : “On a fait une passerelle en dur qui était posée au fond du lac, c’était faisable à la main. D’ailleurs, tout ce qui est dans le lac a été apporté à la main, aucun engin motorisé à roues ou flottant n’a amené quoi que ce soit dans le lac. C’est un vrai plus pour le projet.”
Grâce à cette technique et à l’eau gelée, la construction est devenue presque invisible à l’œil nu, créant ainsi l’illusion d’une ligne enneigée flottant sur le lac au en plein hiver. Une vision féérique qui donnerait presque envie de chausser ses skis, même si passer le parcours requiert une maîtrise quasi absolue.
Après Floating Shapes, malgré un dos endolori, Pierre Vaultier n’a pas caché son envie de repartir sur un projet similaire, cette fois-ci à plusieurs : “Un rêve, ce serait Floating Shapes en duel, mais il faut vraiment des bons riders, parce que c’est loin d’être facile. Avoir cette confrontation, cet environnement spécifique avec une dizaine de riders, ça pourrait être vraiment top, pousser le curseur plus haut pour faire de cette précision quelque chose de sublime. Encore plus au milieu d’un lac, ce serait complètement fou.”
Une idée qui intrigue forcément, mais si construire une pumptrack au beau milieu d’un lac est déjà compliqué, trouver des riders du niveau de Pierre Vaultier l’est encore plus.