Le beatmaker: Santo
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Musique

The Art of Beatmaking : Comment Santo a créé « Con’s » de Shaim

Pour ce second épisode consacré à la (double) crème des beatmakers suisses, session création avec Santo, producteur lausannois chevronné à l’origine de « Con’s », banger du rappeur Shaim.
Écrit par François Graz
Temps de lecture estimé : 6 minutesPublished on
Force est de constater que bon nombre de rappeurs ont déjà eu recours aux instru bénies de Santo. Jugez-plutôt : Di-Meh, Slimka, Kingzer, Stress, Bizzy Ape, Comme1Flocon ainsi que les pontes du rap français que sont Akhenaton et Seth Gueko (liste non exhaustive). Focus sur l’un des beatmakers majeurs du Hip-Hop helvétique.

Le Beatmaker : Santo

Bien avant de porter son saint blaze, le suisse d’origine cap verdienne a commencé son incursion artistique avec la double auréole de rappeur/producteur sous le pseudonyme de MR.F. Son premier skeud « F-Ology » sort en 2003, trois autres projets verront le jour par la suite. Repéré par l’éminent Yvan Peacemaker, celui-ci l’intègre au sein de son label consacré au beatmaking, Unionbeats. Multipliant les connexions, MR.F ira jusqu’à produire quelques tracks en 2011 pour l’album concept d’Akhenaton et Faf Larage intitulé « We Luv New York ». Désireux d’exprimer davantage ses talents créatifs, le beatmaker se lance dans une nouvelle démarche en 2015 : Santo est né.
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« Auparavant mon travail de producteur consistait à m'adapter aux souhaits et au style des artistes avec qui je bossais. J’ai choisis de devenir Santo pour me permettre de créer plus librement ce que j’avais dans la tête, mélanger les influences qui me correspondent, et démarcher la nouvelle génération d’artistes en fonction de ce que je ressens. »
C’est en observant ce qu’il se trame outre-Atlantique que le fanatique de Dr Dre, RZA ou encore Timbaland se conforte dans cette décision. En effet, les producteurs du cru US ont progressivement été reconnus comme des artistes à part entière et plus seulement comme les hommes de l’ombre de l’industrie musicale.
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Avec ZRO21, l’objectif est également de proposer nos propres soirées d’où l’aspect événementiel de la structure.
Santo
Au fil des soirées et, conjointement à son activité, Santo co-fonde ZRO21 : « Le label a été créé par Maud Hala Chami et moi-même dans un premier temps pour me manager moi, car je commençais à avoir pas mal de trucs à gérer et je n’étais pas aussi bon en organisation qu’en musique (rires). Avec ZRO21, l’objectif est également de proposer nos propres soirées d’où l’aspect évènementiel de la structure. On est plus une famille qu’une grosse corporation donc c’est important pour nous que les personnes qui peuvent potentiellement rejoindre le navire partagent les mêmes valeurs que nous. »
Sous la houlette de ZRO21, il y a Shaim. Le jeune rookie prometteur de Lausanne a pris pour habitude de lâcher des couplets « Trosho » sur les prod’ de Santo, en atteste leur alchimie artistique certaine. C’est lors d’une soirée que la connexion entre les deux acolytes s’est immédiatement déclenchée : « La première fois que j’ai rencontré Shaim c’était pendant un événement que j’avais organisé. Il avait fait un titre en live au cours de la soirée et par la suite on est rentré en contact. On l’a invité pour un autre showcase : il a tout cassé. C’est à cet instant précis que j’ai vu qu’il y avait quelque chose à faire avec ce petit métisse à tresses ! (rires). »
Récemment, on a pu entendre Shaim sur la track «César Caviar » issue du projet « BANGER+LOVE » de Santo, dont le concept se traduit par « 2 bangers avec un renversement de vibe à la fin du titre qui devient plus mélodique » dixit le beatmaker.

Le son : CON’S

Si l’on devait retenir ne serait-ce qu’un seul morceau issu des collab’ de Santo et Shaim, ce serait sans aucun doute le banger CON’S. La troisième et accessoirement meilleure piste de l’EP Trosho du jeune mc détonne par sa rythmique énervée, Frauenfeld s’en souvient encore. La genèse de CON’S, débute avec la démo envoyée par Shaim à Santo : « Il a posé ses textes sur un type beat, quand j’ai reçu le son, j’ai de suite pensé qu’il y avait quelque chose à exploiter au niveau de la vibe. »
Session stud’ avec Santo : Pour commencer j’ai repris les a cappella, viré le son, et je suis reparti de zéro. J’ai laissé la voix tourner et j’ai commencé à essayer de coller des samples de percussions brésiliennes que j’avais dans une de mes librairies en fond sonore, comme un tapis d’ambiance. Je savais que je voulais faire un bail sombre mais je voulais contrebalancer le tout avec une batterie bien rythmée. J’ai donc cherché un son dans mes plugs in et j’ai trouvé ce preset qui ressemble à une sonorité de piano électrique avec du tremolo dessus. J’ai commencé à le triturer un peu et j’ai trouvé que ça collait bien avec la boucle de samba brésilienne que j’avais mise auparavant. J’ai trouvé les notes assez facilement de manière instinctive. J’ai additionné quelques éléments que j’ai passé dans un plug in très connu de FL studio qui s’appelle "gross beats" et le tour était joué pour le côté ambiance du morceau.
Il ne me restait plus qu’à poser lesdrums et les basses, en général c’est ce que j’arrive à adapter le plus facilement donc je le fais en dernier. Les drums sont un assemblage de 808 que j’ai récolté au fur et à mesure du temps, que j’ai trié et sélectionné selon mes goûts.
Pareil pour les basses que j’essaie vraiment de bien traiter. D’ailleurs si vous tendez bien l’oreille vous constaterez que la basse est toujours très présente dans mes prods. Pour finir j’ai séquencé le morceau, commencé à trouver les bons endroits où stopper la musique, et ainsi enlever et/ou rajouter un élément en fonction du rap de Shaim. C’est comme ça qu’il y a eu les grandes pauses de musique sur les « d'abord je prends ce cash, ensuite j’prends ma con’s ».
Au final le banger a matrixé bon nombre d’afficionados du rap-jeu suisse lors de sa sortie, Santo continuant ainsi sur sa lancée auréolée de succès. Ayant pour coutume de dropper des prods traumatisantes, la dernière requête était donc toute trouvée : quelle fut la première claque auditive du beatmaker ? « Le titre qui m'a heurté en plein visage c'est « Who am i » de Snoop Dogg. La première fois que j’ai écouté ce son j’ai halluciné sur tout. De la ligne de basse à la talkbox qui rentre direct dès les cinq premières secondes, les meufs qui chantent le blaze de Snoop en chœur, lui qui découpe le son mais qui garde une certaine nonchalance comme si c'était facile… Et après j’ai vu le clip sur « Yo! MTV Raps » un soir chez moi et ça m’a achevé ! (rires).