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Musique

The Art of Beatmaking : Comment Spectre a crée « Movie » d’Empty7

Pour ce septième épisode consacré à la (double) crème des beatmakers suisses, immersion dans l’univers de l’énigmatique Spectre, à l’origine du banger « Movie ».
Écrit par François Graz
Temps de lecture estimé : 3 minutesPublié le
Le terme homme de l’ombre prend tout son sens lorsqu’il s’agit d’évoquer Spectre.
Indissociable de son homologue masqué, dont il gère la quasi-totalité des instrus, le furtif beatmaker genevois intrigue. Si son pseudo est régulièrement notifié sur les projets d’Empty7, difficile d’en savoir davantage sur le personnage, en raison du mystère qu’il entretient depuis ses débuts.
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Le beatmaker : Spectre

J’avais envie d’être présent sans forcément me montrer physiquement. Je trouve que le terme spectre représente bien cette dynamique.
Avant de se lancer dans la production, le suisse a exercé comme DJ, ce qui lui a permis d’acquérir les bases de la musique. Désireux de bosser sur ses propres créations, Spectre commence alors à peaufiner ses premiers beats : « J'ai toujours su que j'étais un artiste, Il me fallait juste trouver une bonne façon d’exprimer mon art. Alors quand j’ai débuté dans le beatmaking et que des gens ont posé sur mes prod, j'étais heureux, tout simplement. »
En plus de concevoir des instrus, ce dernier se spécialise aussi dans le mix de voix, c’est d’ailleurs pour ça qu’Empty7 l’a contacté . S’en est suivi une session d’essai qui a porté ses fruits, liant fortement les deux artistes :
Nos démarches respectives se ressemblent, lui cache son visage, et moi, je ne me montre pas. Deux gars discrets qui font de la musique pour le monde.
Spectre ne limite toutefois pas ses services, la porte de son studio s’étant ouverte à plusieurs reprise pour des espoirs du rap genevois : Gio Dallas, Lomar ou encore Rounhaa.
Lorsque survient la fameuse question de ses plus grandes inspirations, Spectre dégaine trois blazes : le pape du Dirty South Mike Dean, la prodige canadienne WondaGurl et la fratrie allemande Cubeatz :
Ce que j’aime chez Mike Dean, ce sont les mélodies qu'il amène en fin de morceau avec ses synthétiseurs . Il nous embarque à chaque fois dans une autre dimension.
« Par exemple, la fin de « Highest in the Room » de Travis Scott m’a beaucoup marqué. Wondagurl, ce sont ses drums (batteries) qui m’impressionnent. Elle t’amène toujours là où tu ne t’y attend pas. Les placements de chaque hit hat , kick 808 ou snare sont millimétrés. Quant aux frères Cubeatz, ils ont conçu les plus gros hits des rappeurs américains tout en étant européens, et ça c’est ultra inspirant pour tout beatmaker qui souhaite réussir à l’international ».
Péter les frontières de la mappemonde, c’est exactement ce qu’est en train de réussir Varnish la Piscine, dont Spectre loue les qualités :
Pour moi c’est un exemple en terme de production, je kifferais trop bosser avec lui ou même juste le voir à l’œuvre !
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Le son : Movie

13 novembre 2020. Fort du succès de « Vision », premier album paru en début d’année, Empty7 remet ça avec le huit titres « ZON ». Titre phare du projet, « Movie » impressionne par la singularité de son instrumental, s’offrant même un outro « Mike Deanien ».
Pour concevoir ce morceau, Spectre a utilisé « un sample trouvé dans un pack au bol sur internet » avec pour objectif de coller à la mélancolie d’Empty7 tout en restant dansant et énergique.
« J’ai commencé par la drum, il a adoré le résultat donc on a enchainé directement son texte, je l'ai beaucoup guidé sur les mélodies et la façon de poser dessus. Pour éviter de faire sonner le morceau trop « synthwave » j’ai changé la rythmique façon trap en enlevant les kick et snare à chaque temps et en ajoutant des hi hat clap et autres kick. »
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D’après Empty7, lors du bouclage de la maquette, Spectre s’est pris à imaginer une envolée finale, ce que confirme le principal intéressé :
Sur l'outro j’ai décidé de créer une montée en faisant taper les kick de plus en plus vite. La voix pitchée d’Empty7 nous amène à un drop et à un sur-refrain entrainant. C’était bien évidemment un clin d’œil à Mike Dean, mais à la sauce Spectre !
Quant au lyriciste masqué, on peut dire qu’il a grandement validé :
Spectre m'avait réservé la surprise et, quelques jours plus tard, je découvrais une énième fois la masterclass de ce génie. Je savais pertinemment qu'il allait me proposer quelque chose de grandiose, que nous pourrions accompagner d’un clip à la hauteur.
La complexité du titre fut tout autant saluée que son visuel, sorti un mois plus tard. L’alchimie des deux entités s’est dernièrement manifestée sur l’EP « 2ON », libéré en début d’année.
En guise de conclusion fantasmagorique, Spectre se veut transparent sur son avenir :
Quand le soleil deviendra bleu azur, le petit fantôme va sortir de sa maison en bord de mer et montrer son art sous un nouveau jour. Je ne veux plus seulement être derrière l'ordinateur, je vais passer de l'autre côté.