Kristoffer Turdell au Bec des Rosses
© Joerg Mitter / Red Bull Content Pool
Ski freestyle

Xtreme de Verbier: Ils racontent le Bec des Rosses, leur montagne mythique

Elisabeth Gerritzen et Géraldine Fasnacht ont été sacrées sur le Bec-des-Rosses. C’est aussi sur cette paroi que tout a commencé pour Jérémie Heitz, la légende du Freeride.
Écrit par Bertrand Monnard
Temps de lecture estimé : 7 minutesUpdated on
Deux fois vainqueur en 2019 et 2021 de l’Xtreme de Verbier, la Vaudoise Elisabeth Gerritzen (26 ans) parle du Bec des Rosses, cette face à nulle autre pareil, avec un mélange d’admiration et de respect. « Cette montagne est un monstre qui rend humble. Elle nous oblige à mettre notre ego de côté. C’est une chance de pouvoir la rider. »
Le Bec des Rosses à Verbier

Le fameux Bec des Rosses à Verbier

© Joerg Mitter / Red Bull Content Pool

Tous les sports possèdent leur lieu mythique. La Streifet le Lauberhorn pour les descendeurs, Wimbledon pour les joueurs de tennis, le Mont Ventoux pour les coureurs du Tour de France. Pour les champions de freeride, le Bec des Rosses constitue le rendez-vous incontournable. Du sommet situé à 3222 mètres, ils y jouent avec les rochers, sautent, virevoltent dans la chorégraphie de leur choix, sur cette paroi de 500 mètres de dénivelé, avec une pente quasi à la verticale, à plus de 50 degrés en moyenne. Si l’Xtreme de Verbier constitue toujours fin mars l’ultime étape du Freeride World Tour, ce n’est pas un hasard, Le Bec des Rosses en constitue l’apothéose. « C’est clairement la paroi la plus exigeante, la plus engagée, la plus raide du Tour, elle n’a rien à voir avec les autres » souligne Géraldine Fasnacht, autre Vaudoise, trois fois victorieuse en snowboard en 2002, 2003 et 2009.
Géraldine Fasnacht au FWT Tignes

Géraldine Fasnacht dans son élément

© Freeride World Tour/Jansci Hadik

Son terrain de jeu préféré

Maman d’un petit garçon, Géraldine Fasnacht, championne de base-jump, est devenue aujourd’hui la femme-oiseau la plus connue au monde, auteur notamment d’un premier envole du sommet du Cervin en 2014. Mais sa passion pour le Bec des Rosses reste intacte.
Géraldine Fasnacht a gagné trois fois à Verbier

Géraldine Fasnacht a gagné trois fois à Verbier

© David Carlier via Geraldine Fasnacht

Quotation
Je le refais chaque hiver juste pour le plaisir, ça reste mon terrain de jeu préféré.
Géraldine Faasnacht
Ses parents possédaient un chalet à Verbier et, très tôt, cette face l’a fascinée. « La première fois que je l’ai faite, j’avais 16 ans, avec deux copains. La montée à pied était déjà magnifique. Du sommet, tu vois le mur sous tes pieds, chaque rocher. J’avais emprunté ce jour-là, le dog leg, le couloir le plus évident. »

Première participation première victoire

En 2002, à 22 ans, elle décide de tout sacrifier pour «au moins une fois dans ma vie participer à l’Xtreme avec les meilleurs du monde. Comme je travaillais à l’aéroport de Genève, j’ai demandé un congé de trois mois pour me préparer, ce qui m’a été refusé. J’ai alors trouvé une double activité à Verbier, l’après-midi dans une agence de voyage et le soir comme serveuse dans une pizzeria, pour pouvoir rider tous les matins. » En mars, à la surprise générale, la Vaudoise remporte l’Xtreme dés sa première participation, en battant la Suédois Eva Sandelgard légende du freeride, et reste d’ailleurs aujourd’hui la plus jeune vainqueur de l’épreuve. « J’avais choisi de démarrer en franchissant un rocher très impressionnant situé tout près du sommet où quasi personne n’osait se risquer. « Elle est folle » s’était étonné le public. « Cette victoire a lancé toute ma carrière ».
Le Xtreme de Verbier au Bec des Rosses

Au Bec des Rosses, les riders ont le libre choix

© Jeremy Bernard / Red Bull Content Pool

« Tu choisis la ligne qui t’inspires »

Comme un peintre devant sa toile blanche, les freeriders jouissent d’une liberté totale, entre le départ et l’arrivée, pour imaginer leur chorégraphie sur le Bec de Rosses. « Tu choisis la ligne qui t’inspire le plus, en tenant compte notamment de l’état de la neige » souligne Géraldine. Les juges ne récompensent pas forcément la descente la plus spectaculaire avec les sauts les plus vertigineux, c’est beaucoup plus subtil que cela. « La ligne doit être belle à regarder esthétique, poursuit Géraldine, Il s’agit tout au long de la paroi d’être fluide, sous contrôle, les figures doivent s’enchaîner sans accroc, atterrissages être les plus réussis possible. » L’ultime montée à pied d’une heure vers le sommet, le jour de la compétition, a toujours été un moment crucial pour elle. « Après les sollicitations des jours précédents, c’est là que je me mettais dans ma bulle, que je visualisais encore une fois ma ligne, casque sur les oreilles. »
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Tu choisis la ligne qui t’inspire le plus, en tenant compte notamment de l’état de la neige
Géraldine Fasnacht

Sur son petit nuage

Vainqueur du Freeride World Tour en 2019, Elizabeth Gertitzen considère ses deux triomphes sur le Bec des Rosses « comme les plus beaux, les plus importants de ma carrière » nous glisse-t-elle. Plus la pente est verticale plus elle se sent à l’aise et le Bec des Rosses lui offre un cadre idéal. « C’est la paroi la plus technique du circuit, qui me plait et où j’ai beaucoup appris. C’est là où je m’exprime le mieux. Je n’aurais jamais pensé que je pourrais un jour skier aussi bien que lors de mon run en 2019. A l’arrivée du Bec des Rosses, quand tout a bien marché, je me sens toujours sur mon petit nuage, un sentiment indescriptible que rien d’autre ne peut te procurer. Et puis j’ai l’avantage d’être à domicile » sourit-elle.
Elisabeth Gerritzen lors de sa victoire à Verbier en 2021

Elisabeth Gerritzen lors de sa victoire à Verbier en 2021

© Joerg Mitter / Red Bull Content Pool

Sur la paroi, au-delà de la ligne, « il faut savoir s’adapter car à tout moment, on peut être surpris notamment lors des sauts. ». Elisabeth avoue souffrir de vertige, ce qui peut paraitre paradoxal pour une freerideuse. « Je continue à avoir la même peur au sommet du Bec des Rosses. Mais loin d’être un handicap, j’estime que c’est un moteur notamment pour ma concentration. Une fois parti, cette peur disparait car on n’a plus le temps de penser à rien. »

La peur la première fois

Comme ceux de Géraldine, les parents de la Vaudoise possédaient un chalet à Verbier et le Bec des Rosses l’a fascinée depuis toute petite. « Chaque année, on allait voir l’Xtreme et je trouvais ce spectacle irréel. Jamais je n’aurais pensé y participer un jour. ». Elle avait 16 ans quand elle s’y est aventurée la première fois. « J’étais avec des copains et j’ai eu hyper peur. Je me suis arrêtée au milieu de la paroi et j’ai fini à pied. J’y suis revenue deux semaines plus tard et là je l’ai ridé sur toutes sa longueur. ».

Le ski en toute liberté

Le Valaisan Jérémie Heitz, des Marécottes, est considéré comme le freerider le plus spectaculaire du monde, « l’extraterrestre » comme il est souvent surnommé. Connu pour son amour de la vitesse, il a dévalé, comme on le voit dans ses films à la fois vertigineux et poétiques des précipices de poudreuse à plus de 100kmh à travers toute la planète. Après avoir participé plusieurs saisons au Freeride World Tour « sans jamais rien gagner» rigole-t-il, il s’est tourné vers sa vraie passion, le ski en toute liberté, loin de la compétition et des juges.
Jérémie Heitz aux Marécottes

Jérémie Heitz aux Marécottes

© Youtube / Jérémie Heitz

Pourtant, pour lui aussi, c’est au Bec des-Rosses que tout a commencé. « Petit, je regardais les freeriders s’y élancer depuis le Col des Gentianes. Puis j’ai rencontré les frères Falquet qui me l’ont fait découvrir. Sur le Tour, c’est de loin la montagne la plus fascinante. ». En 2020, à l’occasion du 25 e anniversaire de L’Xtreme, il figurait parmi les trois freeriders, choisis par les organisateurs, pour descendre la face de nuit, histoire de commémorer cet anniversaire. « Une super expérience et un honneur pour moi. »

Il doit tout au Bec-des-Rosses

Dans le film « La Liste » on le voit dévaler les sommets les plus connus des Alpes. Dans « La Liste - Everything or Nothing », un succès populaire phénoménal, il en fait de même mais le long de montagnes culminant à plus de 6.000m au Pérou et dans le Cachemire pakistanais avec son pote, le guide zermattois Sam Anthamatten. « Ces trois expéditions, dont deux au Pakistan, comportaient plein d’inconnues liées à l’altitude, au climat. Loin des clichés, j’ai découvert au Pakistan des gens extraordinairement accueillants. »

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La Liste Teaser

La Liste Teaser

Le Valaisan rêve est d’ailleurs de retourner dans ce Karokoram où les 6.000 se comptent par centaine. « Aujourd’hui, je choisis mes montagnes et mes projets et c’est le top ». Mais cette liberté, il sait qu’il la doit au Bec-des Rosses. « Sans cette paroi, je ne serais jamais là où j’en suis aujourd’hui » conclut-il plein de modestie et de respect.

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Le Bec des Rosses - Toutes ses lignes

Une analyse animée de la face nord du Bec des Rosses dévoile tous ses secrets.

Dans cet article

Jérémie Heitz

Jérémie Heitz a accompli quelque chose d’extraordinaire: il est considéré comme le meilleur de tous les temps dans sa discipline, bien qu’il n’aie pas encore tout gagné, loin s’en faut.

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