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De images tournées par le réalisateur Zachary Barr
L'escalade de vitesse (en anglais « Speed Climbing ») est apparue en Russie, il y a une cinquantaine d'années. Depuis, cette discipline s'est très largement répandue, pour devenir l'un des trois types de compétition que compte l'IFSC (aux côtés des catégories « bloc » et « difficulté »). Comment ça fonctionne ? En duel, avec deux grimpeurs (nommés « speed climber »), qui se retrouvent côte à côte pour accéder au sommet, et ce le plus vite possible. Un beau spectacle, haletant et très rythmé, qui attire de plus en plus de monde à travers le globe, grâce à son fonctionnement accessible et relativement simple à comprendre.
Un sport électrique donc, puissant, qui demande beaucoup d'énergie. Autant d'éléments qui ont su séduire toute une nouvelle génération d'athlètes et de spectateurs. Une pratique addictive, considérée comme : « la meilleure forme d'escalade » aux yeux de certains fans. Un engouement partagé par le Comité des JO, ouvrant à cette jeune discipline les portes de Tokyo pour l'année prochaine.
L'un des grands avantages de cette forme d'escalade, c'est d'être en effet moins contemplatif, et beaucoup plus rapide, au point de franchir les limites de l'anaérobie (un terme scientifique pour désigner, en gros, une activité si intense que l'organisme atteint un seuil critique en termes d'oxygénation). Des moments d'une grande intensité, similaires à ceux que l'on retrouve dans certaines épreuves de natation, où les nageurs doivent, par exemple, calculer à la seconde près chaque prise d'air, pour ne pas être ralentis.
Pour maintenir ce plein régime, les compétiteurs doivent avoir les hanches parfaitement droites, tout en évitant les mouvements latéraux (susceptibles de les déstabiliser). Puis ils doivent maintenir cette posture, en prenant soin de sauter d'une cale à une autre, sans jamais vraiment oublier qu'ils peuvent se manger le mur ou lâcher prise d'un instant à l'autre.
Pour acquérir une telle dynamique, les cours de gym ne sont pas de trop
© Lukasz Nazdraczew/Red Bull Content Pool
Derrière ce sport assez simple au premier abord, se cachent des règles bien définies. Celles-ci sont érigées par l'IFSC, et comprennent, entre autre, un exemple standard de parcours conçu dans les années 2000 par le designer français Jacky Godoffe, dont les moulures d'antan correspondent aux gabarits d'aujourd'hui. Plus largement, une plateforme type s'érige à 15 mètres, sur laquelle sont greffées 20 accroches manuelles, et 11 repères pieds, le tout sur une inclinaison de 5 degrés. En moyenne, les champions atteignent le sommet en 10 secondes contre 30 pour le reste des grimpeurs, soit 2 jours pour vous et moi.
Le grimpeur iranien Reza Alipour Shenazandifar, plus subtilement surnommé la « Panthère Asiatique », a battu le record en avril 2017 avec une montée chronométrée à 5,48 secondes suivie par la chinoise YiLing Song, qui s'est élevée en moins de 7.10 secondes.
Les grimpeurs les plus rapides acquièrent très vite une puissance considérable au niveau des jambes, partie du corps la plus sollicitée au cours de l'exercice. À cela s'ajoute une bonne dose d'instinct, puisqu'il faut être capable de mémoriser toutes les subtilités de déplacement (reposant sur l'accélération des réflexes ou la mémoire musculaire) à reproduire de l'entraînement à l'épreuve. Le dit entraînement comprend, globalement, une centaine de tours par jour.
Étant donné le côté répétitif qui peut apparaître au bout d'un certain temps de pratique, les modalités de parcours évoluent selon le nombre de niveaux, variant d'un 16 à un 4, ce dernier nécessitant un enchaînement de mouvements à travers les airs, baptisé « le Reza » en référence à son inventeur, Reza Alipour (a.k.a "Asiatic Cheetah").
Enfin, le commentateur anglais Charlie Boscoe reconnaît, à propos de ce sport : « qu'il met en scène la puissance inouïe de ses athlètes, dont le niveau physique est absolument incroyable. »