Passé 19H, quand la journée de dur labeur s'achève, ils disparaissent. Jusqu'à ce que les corps s'épuisent et que les nerfs lâchent, ils restent devant l'écran, les yeux rivés sur l'objectif d'une vie. Remporter un titre avec le FC Lorient. Chaque année, les aficionados du ballon rond ont le même rituel quand l’hiver approche. Se procurer le nouvel opus de Football Manager, la célèbre série de gestion footballistique développée par Sports Interactive.
Pas non plus pour les nouveautés. Parce qu’au fond, on s’en tamponne des modifications apportées au module d'entraînement dans Football Manager 2019, qui sort le 2 novembre prochain. Tout comme EA, qui a écrasé Konami en quelques années, Football Manager n’innove pas. Parce que c’est courir le risque de perdre la base de fans. Même minime, ce risque est à prendre en compte. Les gens font chauffer la CB. Pourquoi se casser la tête, finalement. Chaque année, plus d’un million de copies de Football Manager se vendent dans le monde et certains estiment que ces chiffres peuvent être multipliés par dix en tenant compte des téléchargements illégaux. Mais alors pourquoi achètent-ils ce titre, bordel ?
Parce qu’on ne peut pas réutiliser sa sauvegarde
La raison la plus stupide est souvent la meilleure. Dans un entretien accordé à PC Gamer, Miles Jacobson - un responsable de Studio Interactive - explique que cette possibilité n’est pas envisagée par le studio à cause des nouvelles MAJ qui modifient le jeu, rendant la nouvelle version incompatible avec la précédente. Mais surtout pour des questions de licences : « La licence nous permettant d’exploiter des données d’un club n’est signée que pour une saison. » C’est sans doute pour cette raison que Michal Leniec, joueur polonais de 38 ans, a joué pendant 221 saisons sur Football Manager 2016. Oui, 221. Quarante-cinq Ligue des Champions au compteur, le bougre. Combien pour le Paris Saint-Germain, au fait ?
Parce qu’il a écrasé la concurrence
Même si la guerre des simulations de gestion footballistique a moins fait parler dans les médias, elle a existé. Du moins, pendant un temps. Les vieux de mon âge se rappellent des parties endiablées sur « Roger Lemerre : La Sélection des Champions » ou « Player Manager ». Tout ce beau petit monde se tirait la bourre dans les charts, jusqu’à ce que Sports Interactive remporte le combat par K.O. C’était en 2014. Cette année là, Electronic Arts décide (enfin) d’arrêter les frais avec LFP Manager. Depuis, les fans de football n’ont plus d’yeux que pour Football Manager. Et c’est déjà bien.
Parce qu’il permet de passer pour un crack du foot, sans l'être
Dans notre enfance, pour se forger une culture foot, on a lu les vieilles éditions de Onze Mondial consacrées à Dominique Rocheteau ou Marius Trésor. On a imprimé les listes de transferts de l’Equipe à la biliothèque municipale, pour connaître le prochain prodige de l’ESTAC ou de l’En Avant Guingamp. Enfin ça, j’étais sans doute le seul nerd à le faire. Aujourd’hui, jouer à Football Manager vous permet de passer pour un crack du football sur plusieurs générations. Comme l’explique Louis Myles : « Si vous aimez le sport, il y a toujours en vous une part de statisticien : c'est juste le genre de connaissances que les passionnés de football aiment avoir. Football Manager permet ça. »
En gros, vous pouvez déblatérer sur le niveau de Javier Pastore pendant des heures sans avoir vu l'un de ses matchs depuis 2013. Tout ça parce que sur Football Manager, l’Argentin a enchainé les Ballons d’Or. Oui, Football Manager peut se planter, mais on y vient.
Parce que les développeurs du jeu se plantent rarement
Sauf cas extrêmes (coucou Freddy Adu), la base de données de Football Manager est plutôt fiable. Voire même utilisée par les clubs professionnels. Les développeurs du jeu, bien aidés par les milliers d’observateurs (ou « scouts », dans le jargon) éparpillés à travers le monde parviennent à anticiper l'éclosion d’un jeune prodige. Tout le monde connait le mythe autour du cas Messi. Il y a plusieurs années, Jon McLeish, joueur assidu de Football Manager, aurait proposé à son père Alex McLeish, à l’époque entraîneur d’Hibernian - de recruter l’Argentin, âgé de 13 ans et évoluant dans les équipes de jeunes du FC Barcelone. « Mon fils m’a dit que ce joueur allait devenir le meilleur au monde. Je lui ai mis une petite claque sur la tête et je l’ai laissé partir sans vraiment l’écouter » raconte-t-il. Le fameux Scottish flair.
Parce que la vie sociale c'est surcôté, finalement
Il pleut. Il fait froid. Vous avez promis de passer un mois sobre. Trois raisons suffisantes pour passer le prochain week-end devant votre écran, afin de sortir le Real avec Louhans-Cuiseaux. Ensemble, on va le faire.