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From the streets to the top: Junior

© Little Shao
Bboy Junior, l'un des 5 juges de la finale, revient sur ses années de danse qui ont fait de lui l'un des danseurs les plus respectés de sa génération.
Écrit par Kiudee | STRITERPublié le

Tu étais comment lorsque tu étais plus jeune ?

Le même qu'aujourd'hui : je suis resté fidèle à moi-même avec cette bogossitude qui me suit, *rires*. Pour te dire vrai, j'ai toujours eu ce côté introverti tout en restant ouvert aux autres. J'étais attentif à ce qu'on pouvait penser de moi. D'ailleurs, une question qui m'a toujours suivi, c'était : comment imposer le respect ? Un moyen de m'améliorer au quotidien.

Comment était ton quartier ? Tu y vis toujours ?

Je vivais entre les bon quartiers et les quartiers populaires de Saint-Malo (35). Je squattais souvent au quartier « La Découverte » où j'ai fais mes premiers pas : on mettait nos bouts de cartons dans les caves, ou directement dehors et on s'entraînait comme ça avec Sixième Sens, mon tout premier groupe de l'époque. À côté de ça, je n'avais pas à me plaindre car en vivant à Saint-Malo, je vivais proche de la mer et mes relations étaient hétéroclite.

Il y a une scène bboying encore aujourd'hui à Saint-Malo ?

On est peu à être encore actif aujourd'hui. À une époque, on était quelques-uns mais chacun a eu ses obligations avec le temps. Je suis le seul à vivre de ma passion encore aujourd'hui. Il y reste quelques danseurs qui se réunissent avec d'autres danseurs de la région – mais à Saint-Malo, le breakdance n'a pas trop perduré. À nous de le faire revivre et c'est ce que j'essaye de faire.

Peux-tu me donner 3 dates qui ont marqué ta carrière ?

2001 : Battle Of The Year avec Wanted Posse quand on a gagné ce qu'on considérait comme le championnat du monde de hip-hop – surtout à l'époque. Cette victoire m'a boosté, ça m'a donné l'envie d'aller plus loin.
2004 : ma première participation au Red Bull BC One qui a été bouleversante, positivement parlant. On était vraiment mit en valeur. C'était l'unique battle avec un tel dispositif média et une arène qui nous donnait la sensation d'être de réel gladiateur. C'est la compétition qui a réussi à mettre le bboy solo en avant – car on était plus habitué à des battles en team.
2007 : ma victoire à l'émission télévisée « Incroyable Talent » de M6 a été un moment important dans ma carrière. J'ai pu représenter ma danse devant des millions de téléspectateurs. Ça a été très enrichissant & motivant pour la suite.

On te caractérise souvent comme quelqu’un de discret & humble, est-ce que sont des qualités nécessaires pour évoluer dans la danse ?

Si on me décris d'une telle manière, c'est cool. Vrai que je suis assez réservé mais ça dépend vraiment des personnes avec qui je suis & justement la danse me permet de m'extérioriser. Après, je ne dirais pas que c'est de l'humilité, mais plutôt de la reconnaissance car j'ai conscience que pour être là où je suis aujourd'hui, ce n'est pas uniquement grâce à moi. C'est le public qui me soutient qui me permet d'être à cette échelle. Je sais que tout ne m'est pas dû alors je suis reconnaissant pour ça - surtout que dans un domaine aussi subjectif que la danse, on ne peut pas se dire être le meilleur du monde. Il n'y a pas de quoi prendre la grosse tête. Restons humain.

Es-tu fier de toi ?

Il y a des moments, oui. J'ai parcouru un long chemin, je suis toujours actif dans la danse et en pleine forme donc oui, fier d'être encore dans le game avec ce parcours qui est le mien. Après, je connais mes faiblesses et les démons qu'il me reste à combattre alors je reste insatisfait de savoir ce que je peux et devrais faire.
Dans un domaine aussi subjectif que la danse, on ne peut pas se dire être le meilleur du monde.
Bboy Junior

Qu'est-ce qui serait l'apogée de ta carrière ?

Je ne sais pas si ce moment arrivera un jour. J'ai une perpétuelle soif d'aller plus loin : c'est ce qui me motive au quotidien. Il y a pas mal de choses qui me comblerait quand même : développer mon événement Battle Corsaire mais aussi ma marque Bboy With Attitude de manière plus innovante. À côté de cela, je me lance aussi dans la création chorégraphique – c'est une branche que j'aimerais toucher. Et pourquoi pas le cinéma ?

Est-ce que tes proches t’ont toujours soutenu dans cette voie ?

Oui, toujours. Que ce soit pour ma famille comme mes amis, c'était limite une évidence car ils ont vu que ça me rendait heureux, que j'étais fort – du coup, ils me boostaient. Beaucoup de gens m'ont donné de la force, en me disant que je pouvais aller loin, que j'avais un don et ce, avant même que je ne songe à en faire ma vie.

Quels ont été tes plus grand obstacles dans ta carrière et comment tu les surmonté ?

En tant que sportif et artiste – car c'est une danse qui réunit les deux, je dirais qu'on « sacrifie » surtout du temps, et l'implication & rigueur que ça demande. Après, vu que c'est ce qu'on aime, on le sent pas comme des sacrifices.

Pour toi, quelles sont les qualités essentielles pour “rise from the street to the top” ?

Quelque-une des clés – même si je ne suis pas sur de les connaître – c'est la persévérance, la confiance en soi et savoir viser plus loin que ce que l'on croit pouvoir atteindre. La régularité, qui n'est pas mon fort, c'est essentiel. D'où ma sensation de ne pas en faire assez.