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“There is no second, Majesty”
Alors que les voiliers parcouraient les océans depuis des siècles, les premières régates sportives ont vu le jour au 19é siècle, principalement sous la forme de défis entre riches armateurs. C’est dans ce contexte que deux yacht-clubs allaient bientôt s’affronter sur l’eau, le Royal Yacht Squadron créé en 1815 sur l’Ile de Wight, et le New York Yacht Club, lancé en 1844. Ses fondateurs américains avaient en effet l’ambition de construire le meilleur des voiliers possibles et de l’envoyer en Angleterre pour démontrer leur savoir-faire dans le cadre de la « Great Exhibition of the Works of Industry of all Nations » de 1851. Cette première des Exposition universelle, organisées alors pour montrer le sommet de la puissance britannique, allait devenir le catalyseur de la création de l’ « America’s Cup ».
La goélette « America » fut construite et traversa l’Atlantique pour rejoindre l’Ile de Wight en 1851. Elle mesurait 30 mètres et pesait 170 tonnes. Le 22 août, le Royal Yacht Squadron donna le départ d’une régate autour de l’île avec la mise en jeu d’une coupe de 100 « Guinées » (une guinée est une ancienne unité monétaire anglaise). Preuve de l’importance de l’épreuve, la reine Victoria était sur place. Et alors qu’on lui annonçait que le voilier « America » était en vue de la ligne d’arrivée, elle demanda « Qui est deuxième ? », et cette réponse est restée à jamais gravée dans l’histoire de l’épreuve : « Ah, Majesté, il n’y a pas de second », tellement les voiliers britanniques avaient été distancés. « America » remporta la Coupe des 100 Guinées.
Le trophée rejoignit les États-Unis. Puis en 1857, l’équipage vainqueur offrit la coupe au New York Yacht Club, avec un acte de donation ou « Deed of Gift » qui régit encore aujourd’hui les règles de l’épreuve. La coupe fut alors rebaptisée « America’s Cup » en hommage à la goélette vainqueur. Cette même année, une invitation fut envoyée à tous les Yacht-Clubs étrangers pour challenger le New York Yacht Club désormais détenteurs du trophée et « Defender », dans le respect des règles fondatrices du « Deed of Gift ».
La Coupe de l’America était née et la légende pouvait commencer.
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L’hégémonie américaine jusqu’en 1983
Durant 132 ans, 24 défis furent organisés avec la participation des meilleures nations mondiales et des régatiers les plus talentueux. À chaque fois, le New York Yacht Club, Defender, sortit vainqueur de l’assaut des Challengers.
Le Royaume-Uni n’aura eu de cesse de renouveler les défis et de retourner à l’assaut de la Coupe. Citons notamment l’épopée de Sir Thomas Lipton qui lança 5 défis de 1899 à 1930, avec ses 5 audacieux voiliers « Shamrock ». Il sera battu 5 fois. L’histoire retiendra ses voiliers magnifiques à la pointe de la technologie de l’époque, son fair-play qui forcera l’admiration des deux côtés de l’Atlantique, la publicité qu’il offrit à la Coupe de l’America, et certainement, indirectement, à ses thés et épices.
L’Australie deviendra Challenger pour la première fois en 1962, et une page d’histoire de la Coupe allait commencer à se tourner, notamment avec l’acceptation de multiples défis simultanés et l’entrée en lice de nouveaux pays comme la Grèce, la Suède, l’Italie et la France, avec notamment la saga du Baron Bich. Puis la Nouvelle-Zélande. Des éliminatoires entre Challengers furent dès lors organisés pour sélectionner celui qui irait affronter le Defender dans un duel de « match racing », les voiliers jouant d’adresse et d’audace pour s’emparer et conserver la place la plus favorable vis-à-vis du vent... jusqu’à la ligne d’arrivée. Sur les 8 événements qui se succédèrent de 1962 à 1983, les Australiens devinrent ainsi Challenger à 7 reprises, et les Britanniques, une fois seulement. Le vent était incontestablement en train de tourner.
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1983, 25é édition – « Born to win »
Ce matin du lundi 26 septembre 1983, le Defender américain « Liberty » de Dennis Conner et le Challenger « Australia II » de John Bertrand sont à égalité : 3 victoires chacun. Cette coupe se jouant au meilleur des 7 manches, la course du jour sera décisive. « Liberty » mène la régate, mais dans le dernier bord de spi, les Américains relâchent leur contrôle et les deux voiliers partent sur des bords opposés. Au croisement suivant, « Australia II » croise devant « Liberty » avec une longueur d’avance (soit une vingtaine de mètres). Le dernier bord de près est épique. « Liberty » enchaîne pas moins de 47 virements de bords. Les Australiens répondent du tac au tac, protègent leur avantage. Exténués, ils coupent la ligne en grand vainqueur. Leur pari d’un voilier à la quille révolutionnaire est gagné. Ils mettent ainsi à fin à 132 ans de domination américaine !
Le président Ronald Reagan en personne remettra le trophée aux Australiens. Dennis Corner a un genou à terre, mais n’est pas mort. Il sauvera sa tête. Quant à John Bertrand, il publiera son livre « Born to win ».
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1987, 26è édition - la première hors des États-Unis
La « Cup » change de braquet, avec pas moins de 13 Challengers qui vont devoir s’éliminer. C’est donc la première fois qu’elle se déroule hors des USA, et la première fois que le New York Yacht Club est absent. Si une équipe américaine est bien présente, elle représente le San Diego Yacht Club. Son skipper, n’est autre que … Dennis Corner, le premier Américain à l’avoir perdue. La pression et les enjeux sont à la hauteur de la légende de la Coupe.
Pour la première fois également, les régates ne se courent plus sur le sage plan d’eau américain de Newport, mais au large de Freemantle et sa fameuse brise thermique, le «Fremantle Doctor ». Chacune des équipes ne doit plus seulement repousser ses limites, vaincre son adversaire, mais également affronter des éléments naturels parfois déchaînés. Les images époustouflantes de ces combats titanesques marqueront à jamais les esprits.
Un Challenger surpasse tous ses rivaux et élimine les 12 autres équipes… le voilier « Stars & Stripes » de Dennis Corner. Il va donc retrouver l’équipe australienne, celle de 1982. Et la terrasser 4 à 0. L’affront est lavé. La Coupe de l’America revient aux États-Unis, mais cette fois à San Diego sur la côte pacifique.
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1988, 27è édition – le premier multicoque pointe ses étraves
Prenant tout le monde de vitesse, les Néo-Zélandais défient les Américains dans l’esprit des règles originelles du « Deed of Gift ». Le Challenger annonce un monocoque géant de 123 pieds hors-tout (environ 40m), équipé de 30 à 40 hommes. Le Defender américain doit répondre dans l’urgence à ce défi. Mais comment faire face à un tel voilier et préparer une défense gagnante ?
La réponse à cette équation sera originale et tout aussi inattendue : un catamaran de 60 pieds (environ 18m), ultraléger, équipé d’une voile rigide. Dans cette course contre la montre et pour accélérer son apprentissage du multicoque, Dennis Corner ira chercher les compétences françaises, et ce sera Pierre le Maout qui lui transmettra toute la science de ces voiliers.
Le talent du skipper américain et de son équipage domptera la fougue du catamaran Stars & Stripes qui battra d’un 2 à 0 sans appel le monstre néo-zélandais.
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1995 - 2000, les 29è et 30è éditions
Bis repetita pour la 29è… Un air de déjà vu lors de cette 29è édition, toujours à San Diego. Ce sera cette fois le Challenger néo-zélandais qui gagnera le droit d’affronter le Defender américain. Le Class America « Black Magic » skippé par Russell Coutts, étonnant de vitesse, gagnera finalement 5 à 0 face au Defender mené par Dennis Conner, à nouveau défait. La Coupe ira s’installer en Nouvelle-Zélande. Le début d’une nouvelle ère.
Cette 30è édition se jouera entre le Defender néo-zélandais dirigé par Sir Peter Blake et skippé par Russell Coutts, à bord de leur « Team New Zealand », et l’équipe italienne « Luna Rossa », créée par Patrizio Bertelli, propriétaire de la marque Prada… Pour la première fois, en un siècle et demi, aucune équipe américaine n’était présente, soit comme Defender, soit comme Challenger. Les Italiens avaient en effet pris le meilleur sur « America One » lors de la finale des Challengers.
Le Defender gagnera cette édition 5 à 0, et la Coupe restera à Aukland une édition de plus.
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2003 – 2007, 31è et 32è éditions – Alinghi, qualité suisse
Alinghi, équipe créée par Ernesto Bertarelli, rentre dans la danse en 2003, en défendant les couleurs de la Société Nautique de Genève. C’est la toute première équipe suisse à disputer l’événement. Elle recrute une partie de l’équipage néo-zélandais vainqueur de l’édition 2000, construit ses deux Class America sur les bords du Lac Léman et les envoie aux antipodes.
Lors de cette 31è édition, pas moins de 9 Challengers, dont trois équipes américaines, se disputent le droit d’affronter le Defender. Alinghi remporte les sélections et se retrouve face à Team New Zealand. Les matchs se déroulent du 15 février au 2 mars 2003, et Alinghi survole les débats : victoire sans appel 5 à 0.
L’équipe suisse rentre dans l’histoire en étant à la fois la première équipe européenne à avoir gagné la « Cup », et à gagner dès sa toute première participation.
Vient l’année de la défense en 2007, avec l’organisation de la 32è édition. Historique, le trophée est de retour en Europe après 152 ans d’absence. La Suisse ne disposant pas d’un accès à la mer comme le demande le « Deed of Gift », ce sera finalement à Valence, en Espagne, que l’événement est organisé.
Onze Challengers de 9 pays différents entrent en lice et s’éliminent, et la finale des Challengers voit s’affronter le voilier « Emirates Team New Zealand » contre celui Italiens de « Luna Rossa ». La Coupe se déroule dans la foulée, et entre le 23 juin et le 3 juillet 2007, l’équipe suisse Alinghi défend victorieusement son trophée par 5 victoires contre 2 à « Emirates Team New Zealand ».
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2010, 33è édition – L’arrivée des multicoques
À l’issue de différends juridiques sur l’organisation de la 33è édition et d’une longue bataille devant les tribunaux, c’est finalement le Challenger BMW Oracle qui gagne sur le tapis vert le droit d’être le Challenger et d’affronter Alinghi, au meilleur des trois matchs.
L’affrontement aura lieu du 8 au 14 février 2010, au meilleur des trois manches, dans la tradition du « Deed of Gift », comme lors de la 27è.
Les Américains prennent le départ sur un trimaran géant de 90 pieds (27m) à aile rigide, auxquels les Suisses répondent par un catamaran de même longueur, mais à voiles classiques. Le trimaran sera plus rapide à toutes les allures et gagnera 2 à 0.
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2013 – 2017, 34è et 35è éditions – Les multicoques volants prennent le pouvoir.
De retour aux États-Unis, ces deux éditions se dérouleront à San Diego sur des catamarans volants à aile rigide, un bond technologique colossal dans une épreuve fière de ses traditions, où les régatiers doivent cette fois se réinventer et voler en multicoque.
Les AC72 seront les voiliers de la 34è édition. Ces pur-sang sont difficiles à maîtriser. Le 17 octobre 2012, Oracle Team USA chavire et brise son aile. Le bateau est lourdement endommagé. Le 9 mai 2013, c’est le catamaran suédois « Artemis » qui chavire, entraînant le décès d’Andrew « Bart » Simpson. Double médaillé olympique, or en 2008 et argent en 1012 avec le Ian Percy, ces deux amis inséparables étaient encore ensemble à bord d’« Artemis ».
Le Royal New Zealand Yacht Yacht Club élimera les Challengers italiens et suédois pour finalement affronter le Defender américain. Alors que le Defender américain est mené 1 à 8, et que tout le monde le voyait perdre, la plus belle « remontada » de l’histoire du sport s’écrit régate après régate et voit finalement « Oracle Team USA » l’emporter par un impensable 9 à 8 !
En 2017, la 35è édition sera organisée cette fois sur des AC50, catamarans plus petits et surtout moins onéreux que leur grand frère, l’AC72. L’épreuve sera cette fois organisée aux Bermudes.
Lors des éliminatoires des Challengers, « Emirates Team New Zealand » gagnera 5 à 2 face à « Artemis », et gagnera donc le droit d’affronter le Defender. L’équipe battra « Oracle Team USA » 7 à 1, et la Coupe sera de retour au Royal New Zealand Yacht Squadron, le cauchemar de la remontada de 2013 envoyé aux oubliettes.
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2020, 36é édition – le retour du monocoque, mais cette fois… volant !
Fidèle à sa réputation de haute technologie, le bateau retenu pour cette édition sera l’AC75. Après l’arrivée des catamarans volants à aile rigide, cette nouvelle révolution va bouleverser une nouvelle fois le monde de la voile : une seule coque, donc un monocoque. Mais la traditionnelle quille et ses tonnes de plomb disparaissent au profit de deux énormes foils lestés de part et d’autre de la coque pour assurer stabilité et très hautes vitesses ! Il ne reste plus qu’à apprendre à dompter cette nouvelle bête de course, et à régater au contact !
Trois Challengers vont faire découvrir ces engins volants au grand public, et ce sera finalement « Luna Rossa » qui s’adjugera la victoire dans ces éliminatoires. Après des régates aussi serrées que spectaculaires, « Emirates Team New Zealand » l’emportera 7 à 3.
Notons ici la combativité, la ténacité et la passion de Patrizio Bertelli pour l’ « America’s Cup », avec 6 participations aux éliminatoires, et 2 à la « Cup » elle-même. Son équipe sera bien sûr de la partie en 2024, à Barcelone, pour sa 7è participation.
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2024, 37è édition, Barcelone
Pour accueillir la 37è Coupe de l’America, « Emirates Team New Zealand » préfère cette fois Barcelone en Espagne à Aukland, sa ville natale. Les compétitions se dérouleront toujours à bord de ces fougueux AC75. Côté Challengers, 5 équipes sont enregistrées. La cérémonie d’ouverture se déroulera le 22 août 2024, et la Coupe elle-même du 12 au 20 octobre. Soit deux mois de régates à couteaux tirés et pas moins de quatre épreuves, avec notamment pour la première fois un double événement dédié aux jeunes et aux femmes… L’histoire est en marche !