Exploration urbaine

Drin: "Au Buro, il y a tout. Voilà, et c’est ça qui est cool au Buro."

© David Hubacher
Valdrin Azemi aka « Drin » est le gérant du bar Le Buro à Bulle. On s'est posé avec lui pour parler musique, rencontres, passion et gingembre.
Écrit par Marc SandrozPublié le

Enchanté de faire ta connaissance. Pourrais-tu me dire en quelques phrases qui tu es et ce que tu fais ici au Buro?

Je m’appelle Valdrin Azemi, tout le monde me connais sous le nom « Drin ». Je suis le gérant du Buro. Je suis aussi le programmateur de la salle les Archives qui est au sous-sol du Buro. Je travaille ici maintenant depuis huit ans. J’ai commencé, j’étais ramasseur de verres et aujourd’hui, je suis là où je suis, quoi.
Valdrin Azemi
Valdrin Azemi

C’est cool.

Oui, c’est cool.

Toujours à Bulle?

J’habite à Bulle et j’ai toujours habité à Bulle. J’ai eu une petite période, quand j’ai fini le cycle où j’ai habité à Baden en Suisse allemande pour apprendre un peu l’allemand.

Et c'était comment?

Chasch guet Dütsch. Ja nöd guet.
Ah et j’ai vécu un petit moment à New York parce que je voulais voir un peu ailleurs… mais la Suisse c’est mieux.

C’est bien la Suisse, en effet! Quel est ton talent spécial?

Je suis un passionné. Ça veut dire, que je n’ai pas vraiment de talent, mais je suis passionné par la musique, je suis passionné par certaines cultures, comme la culture Hip-Hop. Je suis un Geek, j’aime beaucoup regarder des films, des séries. Et j’aime aussi beaucoup me renseigner là-dessus, les films, la musique. Je suis quelqu’un qui aime découvrir des artistes et essayer de deviner comment les artistes vont évoluer. Je vais m’intéresser à la façon dont ils présentent leur musique, la façon qu’ils ont de concevoir leur musique. Et je suis quelqu’un qui va regarder énormément d’interviews d'artistes, qui va beaucoup dans des forums, qui va essayer…
Je parle beaucoup avec des gens qui sont plus jeunes que moi parce que je me rends compte que quand on prend de l’âge, on se déconnecte de certaines choses. On a beau aller sur des sites, voir des trucs, mais quand t’es jeune tu vas chercher des informations. Là, à mon âge tu ne vas plus les chercher. Et voilà, je parle beaucoup avec des jeunes.... je demande, c’est quoi ce que vous écoutez en ce moment, donnez-moi des noms. Ils vont me donner des noms, je vais chercher sur internet, je vais regarder leurs clips et je me dis ah, ça c’est cool, etc.

Donc on pourrait dire qu’une de tes passions c’est la musique ou la recherche de musique?

On peut dire ça! Je suis passionné de musique et cette passion-là va me pousser à aller chercher des artistes.

Tu combines aussi ton boulot avec ça?

J’aime bien faire rencontrer des gens. Des fois, j’ai présenté des artistes à des producteurs et ils ont fait ensuite de la musique ensemble. J’ai été chercher des artistes que pas grand monde écoutait, je les ai amenés à Bulle, je leur ai donné la possibilité de faire des concerts, ils ont eu la possibilité de rencontrer des gens. Aussi avec les photographes. J’ai un ami qui s’est lancé dans la photo, il était bon alors je lui ai présenté d’autres personnes, et aujourd’hui, il a shooté des humoristes, qui ont ensuite posté ça sur leur Instagram, bref voilà j’aime bien être un entremetteur.
Valdrin Azemi
Valdrin Azemi

Comment as-tu découvert ta passion pour la musique?

Alors pour la musique j’avais 5 ans et j’étais allé voir mon cousin à Genève qui vivaient dans des grandes cités HLM. J’avais jamais vu ça de ma vie, à part dans les films. Donc j’arrive et l'endroit s’appelait Etoile-Palettes, un immeuble en forme d'étoile, c’était immense. J’étais là, wow, ça existe ça en Suisse? J’arrive dans sa chambre et il y avait un grand poster de Tupac. J'ai regardé et me suis demandé qui était ce mec. Ça m’a intrigué.

Quelle est la chose la plus folle que tu as faite derrière le bar ou derrière le desk DJ?

Alors, c’est ni derrière le desk DJ, ni derrière le bar. J’ai grandi avec un groupe qui s’appelle Sniper, un groupe de rap français qui à l’époque était des stars. Aujourd’hui encore, il a une soirée All-Style et il y a toujours le hit « Gravé dans la roche » qui passe. Et en fait, l’un des membres vivait à Lausanne. Une fois on a fait une soirée ici. Je lui ai dit, je te donne 200 francs si tu viens hoster une soirée où moi je mixe. Il est venu et on s’est bien entendu et six mois plus tard, le groupe s'est reformé. Ils ont arrêté de s’embrouiller et se sont remis ensemble pour faire une tournée nostalgique. Donc là le mec m’appelle moi en premier et me dit qu’ils veulent organiser un concert en Suisse. On organise donc un concert au Globull avec Sniper et on fait deux dates sold out. Eux qui ne faisaient plus de musique pendant dix ans. Moi j’ai grandi en écoutant ça, je me souviens encore, j’avais mon ordinateur, je l’éteignais pour que je puisse me voir dans le reflet de l'écran et je faisais comme si j'étais dans le groupe. 15 ans plus tard, on les invite et on fait un succès phénoménal, puis on fait des soirées avec eux et des afters. Ça c’est le truc le plus fou que j’ai jamais fait.

C’était donc aussi un petit rêve qui se réalise pour toi alors?

Ben si quelqu'un avait dit à mon moi de 14 ans qui est en train de rapper dans sa chambre Sniper que « dans 15 ans, tu vas les inviter et organiser un concert avec eux... » j’aurais jamais imaginé ça!

Qu’est-ce que signifie passion pour toi?

Pour moi la passion c’est quand quelque chose te rend un peu con.
Tu sais, moi quand j’ai commencé à organiser des concerts, j’avais des amis qui me disaient : « mec, tout ce que tu fais, ça ne sert à rien. Tu ne vas jamais amener personne à Bulle. Les rappeurs n’en ont rien à faire de Bulle. » Mais moi, j’étais tellement passionné, je n’écoutais pas tout ça. Je pense que la passion te donne des moyens d’atteindre des objectifs qu’autrement tu n'aurais pas réussi à atteindre. Parce que la passion ça déjoue la logique, ça déjoue les pronostics, ça déjoue tout. Voilà.

Et pourquoi tu dirais que la passion est importante pour ton boulot?

Parce que si je ne pensais qu’à l’argent, je ferais autre chose.

Ça remplace aussi un peu l’argent parfois?

Des fois je me dis, peut-être je gagne moins, mais au moins quand je me lève je suis heureux. Voilà.
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Et c’est ça qui compte.

C’est ça qui compte. Pour moi en tout cas aujourd’hui. Peut-être que quand j’étais plus jeune, j’avais d’autres objectifs, d’autres rêves. Mais aujourd’hui, je me dis c’est ça mon objectif, c’est ça mon rêve, ça me convient et je suis content comme ça.
Valdrin Azemi
Valdrin Azemi

Si tu devais choisir ta boisson préférée des Organics, ce serait laquelle?

Le Ginger Ale parce que ça t'excite… non, je rigole! Le gingembre ça a un goût particulier. Et je ne sais pas… J’aime bien le gingembre, je l’aime bien dans la nourriture et j’aime bien le thé au gingembre.

C’est le goût en général.

C’est le goût en général et il se marie bien avec les alcools. Tu vois, tu bois un Gin Tonic, tu sens encore trop le gin, c’est bon, hein, mais quand tu bois une Vodka Ginger Ale, ça se marie bien. Quand tu bois un Whiskey Ginger Ale, ça se marie bien. Quand tu bois n’importe quoi, même un Rhum Ginger Ale, c’est bon quoi.

Si tu devrais faire une pub pour le Buro. Tu peux dire en une phrase pourquoi le Buro est le bar et le club le plus cool?

C’est le meilleur bar de Suisse, déjà …non, mais. En un mot je n’arrive pas, mais « Au Buro, tout le monde s’y retrouve ». Le Buro, dans la semaine, dans la journée, il évolue, c’est jamais la même clientèle. La semaine, le matin on a les mamans sur la place de jeux, dehors, sur la scène, elles viennent, elles s’y retrouvent. A l’apéro, les gens viennent boire de la bonne bière, du vin, il y a le choix. Le week-end, il y a des soirées techno, des soirées Hip-Hop, des soirées underground. On a les mecs du village qui viennent en chemise Edelweiss qui boivent des bières, et ces gens-là se croisent, ils sont dans le même lieu, ils s’acceptent. Et tout va bien. C’est ça qui est beau au Buro. C’est pas un endroit pour Hipster, ce n’est pas un endroit pour les rappeurs, c’est un endroit pour tout le monde, où tout le monde se sent bien. Ici on fait du stand-up aussi des fois, il y a de l’humour. Au Buro, il y a tout. Voilà, et c’est ça qui est cool au Buro.