Bike
Issue d’une famille de cyclistes, la Rémoise a très vite su qu’elle consacrerait sa vie au vélo. « Pourtant, ma mère, qui faisait aussi de la compétition, ne voulait pas forcément que je fasse du vélo, parce qu’elle disait que ce n’était pas assez féminin. » La petite Pauline est donc inscrite au patinage artistique. Si elle est une enfant modèle et qu’elle « n’a jamais voulu créer de souci à [ses] parents », PFP sait déjà que son destin est ailleurs. À l’âge de 5 ans, elle parvient à les convaincre de l’inscrire dans un club de vélo et dit adieu aux patins.
L’âme d’une guerrière
Très vite, la jeune cycliste devient une compétitrice acharnée qui veut montrer qu’elle est capable de battre tout le monde, et surtout les garçons. Sa rigueur est si extrême qu’elle inquiète même son entourage. « Très jeune, j’ai été autonome et indépendante au niveau de l’entraînement. Tout le monde pensait que mes parents me forçaient à aller m’entraîner, alors que c’est juste que j’aimais ça. Même si je ne m’entraînais pas encore tous les jours à cette époque, au lieu d’aller jouer avec mes amis, je partais courir ou faire du VTT seule en forêt. »
Pauline Ferrand-Prévot se définit comme « quelqu’un qui a peur de s’ennuyer et qui aime le changement. » Alors, quand à l’âge de 8 ans, le comité de régional de Champagne Ardenne lui propose une sélection en VTT, la jeune coureuse fonce tête baissée. « J’aimais avoir toutes les possibilités, et me dire que je pouvais à la fois faire du VTT et du vélo de route. Je ne voulais pas avoir la sensation de faire tout le temps la même chose. »
Pauline grandit, son talent aussi. Chez les cadettes, elle domine régulièrement les courses et s'adjuge quatre titres et deux deuxièmes places en six championnats de France sur route et en VTT. « J’étais assez précoce. À 12 ans, je battais déjà des filles qui avaient 3 ou 4 ans de plus que moi, donc je pense qu’on m’a remarquée. » L’adolescence est une période charnière pour la cycliste. Mais aussi compliquée. « Quand tes copines font autre chose que d’aller faire des courses de vélo le week-end, si tu n’as pas cette passion et cette envie, tu peux vite décrocher et préférer faire la fête plutôt que t’entraîner. »
Ne pas choisir
Les efforts paient et l’horizon d’une carrière professionnelle se profile. À l’époque, quand on lui rabâche de se concentrer sur une seule et même discipline pour être plus performante, Pauline Ferrand-Prévot fait la sourde oreille, et ce malgré les contraintes : « Ça a parfois été compliqué à gérer. Il y a des calendriers qui se chevauchent, il y a des courses où il faut faire des choix, mais j’aime faire ce que j’ai décidé de faire parce que j’ai l’impression de savoir ce qui est bon pour moi. »
Et l’histoire lui donne raison. En catégorie Juniors, elle devient notamment championne du monde de cross-country et vice-championne du monde sur route. En 2012, Pauline Ferrand-Prévot rejoint enfin l’élite avec l’équipe hollandaise Rabobank-Liv. « J’étais une grande fan de Marianne Vos, et elle voulait que je fasse partie de l’équipe. Elle m’a donc prise sous son aile et j’ai beaucoup appris. C’était une belle école de la vie parce qu’il a fallu que je me débrouille pour rejoindre l’équipe en Hollande. C’est sur le terrain qu’on apprend le mieux et ça m’a beaucoup servi. »
Le principal objectif de PFP cette année-là : les Jeux olympiques de Londres. « Il y avait deux places et je disputais la deuxième puisque la première était pour Julie Bresset, qui était alors championne du monde en titre de cross-country. Le jour où j’ai su que j’étais qualifiée, ça a été un rêve de petite fille qui se concrétisait, et si ma performance n’a pas été remarquable, j’ai au moins réalisé l’un de mes objectifs de carrière. »
L’envolée
Puis, c’est la montée en puissance. En 2014, elle devient la première Française à cumuler quatre titres nationaux lors d'une même saison. Mais elle décroche surtout des titres mondiaux en cyclisme sur route, en cyclo-cross et en cross-country. À seulement 23 ans, elle porte alors le maillot arc-en-ciel dans les trois disciplines. Une première dans l'histoire du cyclisme, hommes et femmes confondus.
Pauline l’assure pourtant : elle ne court pas pour les records. « Je n’y pensais même pas. La veille des championnats du monde de VTT, un journaliste m’a dit que si je gagnais le lendemain, j’aurais accompli ce que personne n’avait encore jamais accompli. Je n’avais jamais réalisé que c’était le cas. À cette époque, mon objectif était simplement de gagner des courses. » Si ce record du monde la comble, il permet surtout de faire taire ses détracteurs qui lui assénaient que la spécialisation était la clé de la réussite.
Tomber, se relever
Mais la joie est de courte durée. « Juste après mon titre de championne du monde j’ai ressenti des douleurs à la jambe. J’ai passé une année 2016 très compliquée parce que je ne savais pas du tout ce que c’était ni d’où ça venait. Il y a des jours où ça allait, d’autres où ça n’allait pas du tout, je ne comprenais pas. Je me suis demandée si je n’avais pas trop forcé, et au bout de quatre ans on a trouvé la cause de cette douleur. »
La championne se fait opérer une première fois puis revient à son plus haut niveau en 2019, en remportant son quatrième titre de championne du monde de VTT. Mais en hiver de cette même année, elle doit subir une nouvelle opération. « Ça a été encore plus compliqué puisque je pensais que ce calvaire était enfin terminé. » Pourtant, portée par une passion folle, Pauline se rétablit de nouveau. « Je sens pour la première fois de ma vie que je suis sereine et que je monte en puissance. » Est-ce encore possible après un telle carrière ? Seul l’avenir nous le dira.
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