Rap belge : Découvrez notre guide des punchlines du rap de Belgique expliquées aux Français.
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Musique

Les punchlines du rap belge expliquées aux autres francophones

De Damso à Roméo Elvis en passant par Hamza, Shay ou encore L'Or du commun, toutes les références que les non-ressortissants du plat pays ne peuvent pas comprendre.
Écrit par Yérim Sar
Temps de lecture estimé : 8 minutesPublished on
« En général quand un Français imite un Belge, il sort un accent pas possible qui n’a rien à voir avec Bruxelles, et des tournures de phrase que plus personne n’emploie. En vrai, nos expressions actuelles, vous ne les connaissez pas je pense. » C’est ainsi que Isha, Senamo et Lord Gasmique résumaient, amusés, la vision souvent faussée que l’on se fait côté français de l’argot et la façon de parler de la Belgique en général, et Bruxelles en particulier. Alors que le rap belge ne s'est jamais autant exporté en dehors de ses frontières, petit cours de rattrapage sur ces références que les non-ressortissants du plat pays ne peuvent pas comprendre.
Le rappeur belge Damso parle de "Douzedou Gordon" dans son titre Bruxelles Vie.

Damso

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« Bruxelles-Bruxelles vie, Bruxelles-Bruxelles vie, tous les jours j'roule un pli, Douzedou Gordon vie. »

Damso - Bruxelles Vie

On touche ici à un pilier du patrimoine culturel de la Belgique, qui peut toutefois paraître obscur pour tous les néophytes. Qu’est-ce donc que cet étrange name-dropping « Douzedou Gordon » qui semble autant aller de pair avec cette fameuse vie Bruxelloise que tout le reste ? Normal qu’un franchouillard ait du mal à s’y retrouver puisque c’est une abréviation : la Gordon est une bière incontournable outre-quiévrain, et Douzedou fait référence au degré d’alcool, 12/12 qui donne son nom à la bière, comme la 8.6 chez nous. Les Belges ne sont décidément pas des petits joueurs.

« Non peut-être, je vais débarquer en force. »

Scylla - BX Vibes

Oui ? Non ? Peut-être ? Qu'est-ce que Scylla essaye donc de nous dire ? Si vous n’êtes pas familiers de cette formulation typiquement belge, il est en effet très difficile de comprendre le lien de cause à effet entre les deux parties de la phrase. Sauf que voilà, « non peut-être » veut dire « oui bien-sûr ». Et là, ça change tout. On relèvera aussi un sympa « alors, fieu » au début du second couplet. Moins utilisé par les plus jeunes, « fieu » est l’équivalent de « mec », pour interpeller son prochain, dans la joie et la bonne humeur.
Guide des punchlines du rap belge : Hamza, rappeur et chanteur belge.

Hamza

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« Bitch on s'en fout d'ta life, fais moi un sandwich. Cette pétasse enchaîne les chpipes, qu'est-ce qu'elle est gentille. »

Hamza - COB

Contrairement à ce que l’enchaînement logique de la phrase pourrait laisser penser, les « chpipes » ne définissent absolument pas un certain type de sandwich typiquement bruxellois que la donzelle galamment désignée aurait la gentillesse de préparer à Hamza après une dure journée de labeur. Non, « chpipe », c’est juste l’équivalent de « pipe » en argot made in BX. Une attention toute aussi délicate, reconnaissons-le.

« Et leurs lois on s'en bat, t'imagines même pas l'point. La politique on en parle, t'imagines même pas l'foin. Qu'ces bâtards s'foutent en poche. »

ZA - Rosa Centiffolia #4

Double spécificité dans cette phrase de ZA. D’abord la formulation « t’imagines même pas le point » pour « t'imagines même pas à quel point », et ensuite, l’élément sans doute le plus obscur pour un jeune auditeur de l’autre côté de la frontière : le foin. Ici, c’est tout bonnement l’argent qui est désigné. Une expression tombée en désuétude en France, ce qui est fort dommage.
Dans la chanson PMW, la rappeuse belge Shay crie « Chicha K-Nal » au tout début du morceau.

Shay

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« On est fonce-dé dans la ville à 2-3 heures, compte même plus les bitches qu'on a catch up. »

Shay - PMW

Si « bitches » est un mot qui transcende désormais les frontières, c'est moins le cas pour « catch up », emprunté directement à la langue anglaise par la jeune Belge. Toutefois ici, pas question de rattraper le temps perdu avec ses copines mais plutôt d'attraper quelqu’un et de le corriger, qu'il s'agisse d'un passage à tabac ou des formes de sanction beaucoup plus sévères qu'on préfèrera taire ici. Outre ce passage, les plus attentifs entendront la rappeuse crier « Chicha K-Nal » au tout début du morceau. Il s’agit d’une référence au nom d’une boîte de nuit qui fait également office de salon lounge et de bar à chicha dans la région de Bruxelles. Une publicité déguisée pour l'établissement ? En réalité, Shay lâche avant tout cela au micro pour s'ambiancer mentalement et se rappeler ces ambiances enfumées et parfumées qu'elle affectionne tant. Un cri qui n’était d'ailleurs pas censé être gardé dans la version finale du morceau... Comme quoi la vie est pleine de surprises.

« On est toujours dans les Skwa Shit. »

Senamo - DMT

Skwa Shit est un terme que Senamo de La Smala emploie très, très souvent, tellement qu'en interview il s'étonnait qu'on "ne dise pas cela en France". À la manière du « Shit Squad » popularisé par IAM dans les années 1990 et qui désignait une petite équipe de gros fumeurs, le « Skwa Shit » ne caractérise pas tant les personnes que les lieux et les ambiances aux atmosphères chargées en THC. Ainsi, ne dites pas « on est le skwa shit » mais « on est dans les skwa shit », sous peine de révéler votre francitude au reste du monde.
Rap Belge - La punchline "Sabena, Sabena, on part vers le ciel" du rappeur belge Roméo Elvis.

Roméo Elvis

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« Sabena, Sabena, on part vers le ciel. »

Roméo Elvis - Sabena

Roméo Elvis ne s’adresse pas ici à une muse ni à une groupie fantasmée, désolé. Il fait directement allusion à Sabena, une compagnie aérienne belge qui a fermé définitivement ses portes au tout début des années 2000. Le name-dropping frénétique de Sabena lui sert tour à tour de métaphore pour s’envoyer en l’air, planer grâce à l’herbe et bien sûr, aller toujours plus haut avec le succès. Trois en un.

« Chut, Motus ! Le style de l'Or Du Commun n'est qu'une drogue en provenance du Lotus Bleu. »

Premier d’Classe/L’Or du Commun - Lotus Bleu

Parce qu’il fallait au moins une référence à Tintin dans cette liste, Premier d’Classe du groupe L’Or du Commun se dévoue humblement. Même si la BD d’Hergé a largement dépassé les frontières, explication pour les plus jeunes : le Lotus Bleu est le titre d’un album de Tintin où le reporter-aventurier démantèle tout un réseau de trafic de drogue, en l’occurrence d'opium. L’écoute de ce morceau de L’Or du Commun, et plus particulièrement du couplet de Félé Flingue, vous apprendra également que les jeunes parlent rarement de sachets d’herbe mais plutôt de « paxs ».
Caballero, rappeur de Belgique, dit « le mob » dans une punchline du morceau de rap Repeat.

Caballero

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« Bang bang ! Headshot, les taches c'est pas du ketchup. J'arrive avec le mob, on enfume vos locaux. »

Caballero & JeanJass - Repeat

Alors là, attention, piège. Vu que certains Belges disent « bon chance », on pourrait être tenté de croire que Caballero dit « le mob » à la place de « la mob » et ça expliquerait pourquoi il enfume les locaux, parce qu’une vieille mobylette en intérieur, ce n’est pas l’idéal. Sauf que ça n’a strictement rien à voir : le mob est une déformation d’un anglicisme désignant la foule, ou dans certains cas la mafia, la pègre. Ici, le rappeur reprend ce terme pour désigner son crew, sa propre bande de potes. Et il faut avouer que c’est quand même moins ridicule que de beugler « j’arrive avec mon gang » quand on est à peine cinq.

« Ça sent le vice, le sexe comme dans la rue d'Aerschot. »

Gandhi - BX Vibes remix

Pour les non-Bruxellois, cette simple comparaison signée Gandhi restera floue, mais pour les fins connaisseurs, elle fera appel à de glorieux souvenirs puisque la fameuse rue d’Aerschot compte bon nombre de prostituées en vitrine ; un rappeur français aurait sans doute cité la rue Saint-Denis.
Comme il s’agit d’un remix à la gloire de la capitale belge, on compte d’autres grands moments estampillés terroir local, comme cette phrase d’Isha : « Quand la weed est purple, des sandwiches hamburgers ». Des « sandwiches hamburgers », ce n’est pas une redondance, mais une préparation de fast-food bien de chez eux : une demi-baguette bourrée de viande, le tout recouvert de frites. On les appelle aussi « mitraillettes », allez savoir pourquoi, mais effectivement, on imagine que ça cale après une trop grande consommation de weed purple.

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Red Bull Glacier Edition - Image
The Glacier Edition Background

« Bruksel'R, lâche que des pépites, Bibi bonbons pour des pépètes. Y'a pas de pépins, je le répète. Visite l'espace à bord du Bruksel'R Lines. »

Lord Gasmique - Bruksel'R-Lines

Contrairement aux apparences, le jeune rappeur Lord Gasmique ne se contente pas de faire une simple référence à la compagnie aérienne Brussels Airlines. En réalité, Bruksel’R désigne aussi son crew mais surtout, un Bruksel’R, ou Bruxell’r (ou encore bien d’autres orthographes) qui signifie avant tout « un mec de Bruxelles », comme on dirait un parigot, mais sans aspect péjoratif ici. Comme l'expliquait le rappeur lui-même « un vrai Bruxellois, c’est un Bruxell’R ».
Le rappeur belge JeanJass parle de la « drache » ou averse dans le titre Saint Jass de Compostelle.

JeanJass

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« Je descends rue de l’Été sous la drache. Y'a plus de saisons, merde, est-ce que la fin est proche ? »

JeanJass - Saint Jass de Compostelle

Il en fallait bien un pour illustrer une des expressions belges les plus quotidiennes et en même temps totalement inconnue de l’hexagone : la fameuse « drache ». C’est comme ça qu’on parle d’une grosse pluie, d’une averse, tout simplement. Et franchement, quoi de plus belge que de descendre une allée qui s’appelle la rue de l’Eté sous une pluie battante ?