Giuliano Cameroni touché par la lumière dans son jardin suisse
© Stefan Kuerzi/Red Bull Content Pool
Climbing Boulder

Giuliano Cameroni, le grimpeur pour qui les rochers sont des œuvres d’art

Avant, le grimpeur suisse allait en salle de gym pour s’améliorer ; il compte à présent sur son rapport à la nature.
Écrit par Matt Majendie
Temps de lecture estimé : 5 minutesPublié le
Les rochers, pour Giuliano Cameroni, sont différents que pour la plupart des gens. À ses yeux, un bloc de granit est un terrain de jeu, un puzzle. C’est une œuvre d’art.
Le grimpeur suisse avait l’habitude de faire comme la majorité des autres grimpeurs, à savoir s’entraîner à fond en salle de gym pour se muscler avant de s’attaquer aux blocs les plus difficiles du pays et au-delà. Mais il y a quelques années, une rencontre avec un autre grimpeur, Charles Albert, a changé sa manière d’aborder chaque escalade.

Va grimper, pas en salle de gym

« Je savais que le rapport avec le rocher était très important, mais tout le monde va à la salle de gym et s’entraîne, alors je me disais que c’était ce que je devais faire aussi, se souvient-il. J’ai commencé à le faire tout jeune et les résultats n’ont jamais été concluants. Je n’ai jamais fait ce grand pas en avant.
« Il m’a dit ‘Hé mon pote, l’entraînement c’est de la m***. Va donc sur les rochers et essaie de toutes tes forces.’ J’ai vécu avec lui pendant deux mois et j’ai essayé, par curiosité. Je me suis dit ‘Cette manière de grimper, ça marche’. J’avais juste besoin de me pousser et d’avoir la motivation et la confiance que j’étais capable de révéler le meilleur de moi-même en faisant surtout de l’escalade. »
Cameroni n’est pas allé aussi loin qu’Albert, qui grimpe pieds nus, mais sa nouvelle philosophie lui a valu de rapides progrès dans sa carrière. Il aime méditer pour préparer son corps et son esprit, et même quand il ne fait pas d’escalade, il apprécie l’immersion dans la nature quand il est en quête de sa prochaine conquête potentielle.
« J’adore vraiment l’énergie de la forêt, dit-il. Être dehors, ça me donne une énergie incroyable. Le monde est tellement parfait, la nature est parfaite. J’en vois vraiment la beauté et la chance de pouvoir être là. J’y passe autant de temps que possible. »
Être dehors, ça me donne une énergie incroyable
Giuliano Cameroni
Un esprit calme et des doigts secs : Cameroni fait une pause avant une escalade en Suisse
Un esprit calme et des doigts secs

L’escalade, art ou sport ?

Grimpeur qui mise bien plus sur la technique que la puissance, il se peut que certaines escalades demandent du travail en salle de gym à l’occasion, mais la philosophie de Cameroni consiste surtout à comprendre le rocher qu’il a devant lui et à se fier à la puissance de ses doigts.
« Dans la nature, j’essaie de cerner le rocher et ce qu’il offre – le rapport étroit avec le rocher, dit-il. D’autres se contentent d’aller en salle de sport et s’entraîner, et ils ont beaucoup plus de puissance que moi, et pourtant ils ne peuvent toujours pas se faire les rochers parce qu’ils ne ressentent pas ce rapport.
« La puissance qui émane de ce rapport au rocher et du seul fait d’être un avec la nature est la puissance dont j’ai besoin pour grimper. J’ai la puissance dont j’ai besoin, pas de gros biceps parce qu’ils ne servent à rien. Le rocher, c’est comme le patinage, c’est un art. Je vois les rochers différemment des autres. »
Cameroni fait corps avec les blocs qu’il escalade
Cameroni fait corps avec les blocs qu’il escalade
La puissance qui émane de ce rapport au rocher est la puissance dont j’ai besoin pour grimperthat I need to climb
Giuliano Cameroni
« Pour chaque rocher, tu trouves la ligne pour grimper, mais le challenge, c’est de faire le plus dur, la partie la plus nue du rocher, celle qui a le moins de prises. Tout dans le rocher tient aux mains et aux pieds, ton point de contact avec le rocher. Quand tu te fies à tes doigts et que tu sais exactement comment te positionner et évoluer sur le rocher, tu peux comprendre le rocher.
« Dès que je vois le rocher, je sais par quelle voie je vais le grimper et comment je vais le faire. C’est comme un basketteur qui met la balle dans le panier à tous les coups tellement il a l’habitude de ce mouvement. Pour moi, c’est pareil avec le rocher. »
Giuliano Cameroni mobilise ses forces sur les rochers de Galtr, en Autriche
Giuliano Cameroni mobilise ses forces sur les rochers de Galtr, en Autriche
Les rochers que Cameroni a autour de lui dans le Tessin, en Suisse, sont d’après lui les meilleurs au monde, bien qu’il se trouve en ce moment dans l’Himalaya pour un autre projet.

Né pour grimper

La manière dont il les aborde paye, c’est clair, comme le montre le dernier épisode de Reel Rock – Born Among Boulders, qui raconte son histoire depuis le moment où, bébé, ses parents s’attaquaient à une ascension et le laissaient emmitouflé au pied de la paroi.
Il dit volontiers qu’on le mettait sur des rochers avant même de savoir marcher à quatre pattes et puis qu’il a attaqué son premier 8a à l’âge de 10 ans.
Mais il y a un rocher – connu sous le nom de Off the Wagon – qui lui a tenu tête pendant six ans. Il avait beau essayer – et il estime l’avoir fait bien plus de 100 fois – il n’arrivait tout bonnement pas en haut.
Même si des idoles comme Dave Graham et Chris Sharma avaient elles aussi échoué, Cameroni avait résolu de ne jamais abandonner. Et – attention, spoiler – il y est finalement arrivé alors que les caméras tournaient.
« Je n’avais pas l’intention de le faire pour le film, admet-il. Je pensais faire peut-être d’autres choses avec le film parce que cette escalade, ça faisait six ans que j’essayais de la faire. C’était donc comme la cerise sur le gâteau. C’est vraiment cool.
« Pour moi, c’est le meilleur bloc du monde. C’est le plus parfait. On dirait vraiment que quelqu’un est venu le fabriquer. C’est la nature à l’œuvre dans toute son excellence, parce que la paroi est à 45 degrés et immaculée dans un champ. On dirait un tableau de Picasso. »