Red Bull The Edge in the Swiss Museum of Transport in Lucerne.
© Romina Amato/Red Bull Content Pool
Alpinisme

Red Bull The Edge le making of, ou comment le Cervin est arrivé à Lucerne

Pour la séance d’escalade virtuelle au Musée des Transports, des drones ont scanné le Cervin sous toutes ses coutures. Cette réalité virtuelle est une première qui a demandé 3 ans de travail.
Écrit par Tom Gilgamann
Temps de lecture estimé : 7 minutesPublié le
Cet été, au Musée Suisse des Transports de Lucerne, il nous est donné de faire une expérience de réalité virtuelle tout à fait inédite à ce jour. Les visiteurs de Red Bull The Edge chaussent des lunettes VR et enfilent un harnais d’escalade. Ils poussent la porte du refuge de Solvay, le dernier bivouac à 4 003 m d’altitude. Puis ils grimpent jusqu’au sommet. À 5 mètres de hauteur, le visage balayé par le vent, mains et pieds sur le mur d’escalade, jusqu’à ce que la vue à 4 478 m d’altitude vienne leur couper le souffle.
Une expérience de réalité virtuelle qui allie 3 dimensions, conditions météo et sens du toucher chez les humains est une première. Qui exige beaucoup de technologie, l’esprit d’ingénierie – et l’idée de deux cinéastes qui ouvrent cette année le Festival international du film de Cannes.
Tu peux aller jeter ici un coup d’œil dans les coulisses de Red Bull The Edge:

6 min

Making Of: Red Bull The Edge

Blicke hinter die Kulissen dieses einmaligen Virtual Reality Projekts im Verkehrshaus der Schweiz in Luzern.

L’idée pour Red Bull The Edge a germé dans l’esprit de 2 cinéastes

Le métier deConsuelo Frauenfelder et Stefan Lauper c’est de raconter des histoires. En juillet, les réalisateurs et producteurs de «Garidi Films» ouvrent le Festival international de Cannes avec «Annette». Le public est plongé dans l’histoire d’une chanteuse d’opéra qui meurt et dont le compagnon élève la fille qu’ils ont eue ensemble.
Consuelo Frauenfelder et Stefan Lauper
Consuelo Frauenfelder et Stefan Lauper
« Annette », c’est une fiction. Toutefois, ce qui anime Consuelo et Stefan, ce sont aussi des histoires qui se déroulent dans le monde réel. Tous deux aiment la montagne. Consuelo affirme même : « On aimerait bien vivre en montagne. » Ils regardent des documentaires sur des alpinistes et des guides de montagne. Et à un moment leur vient l’idée de raconter une histoire que nous, les spectateurs, non seulement verrions mais aussi vivrions dans une réalité virtuelle.
Il s’agit pour nous de faire l’expérience de ce que ça fait d’escalader le Cervin. Stefan dit : « Nous voulons transmettre l’émotion vécue par les grands alpinistes quand ils atteignent le sommet. » Et Consuelo d’ajouter : « Ce sentiment de fierté après un défi physique. Là ou l’homme et la nature se rencontrent. »
Trois années de travail ont donné naissance à Red Bull The Edge. Cette réalité virtuelle est une première, alors Consuelo et Stefan sont passés par des moments d’interrogation : allaient-ils vraiment y arriver ?
Consuelo Frauenfelder et Stefan Lauper ont déjà collaboré ensemble aux films suivants (sélection) :
  • "Le premier monde venu" (court métrage) - 2012
  • "Une ville sous la ville" - 2016
  • "Rhône ou l‘amour bleu" (court métrage)- 2017
  • "À la piscine" - 2019
  • "Annette" - 2021

Des drones pour scanner tout le Cervin

DLa plupart des expériences de réalité virtuelle se déroulent dans un monde créé de toutes pièces. Dans les jeux vidéo par exemple. Red Bull The Edge est l’image d’un monde réel : le Cervin et ses environs.
Le Cervin
Le Cervin
Il nous fallait des photos du Cervin sous différents angles. C’est pour ça qu’on a dû voler au plus près de la paroi.
Benjamin Pinguet (senseFly)
Pour faire apparaître la montagne en 3D dans les lunettes VR, il fallait en scanner la topographie. Et comme personne ne peut escalader chaque fissure et surface de glace, chaque crête et arête avec une caméra, la tâche a été confiée à des drones.
La société senseFly, spin-off de l’EPFL, l’École polytechnique fédérale de Lausanne, a mis au point à cet effet des drones légers qui répondent aux exigences du milieu montagnard. Ils pèsent moins d’un kilo, ressemblent à des avions furtifs et peuvent voler à 5 000 m d’altitude. Ils s’accommodent des turbulences et des conditions météo susceptibles de changer très rapidement en montagne.

Le modèle en 3D du Cervin est une première

Les pilotes des drones ont passé une nuit à 3 260 m dans la Hörnlihütte, avant de monter au petit matin sur le site de lancement. Ils ont ainsi bénéficié de la meilleure lumière possible. Pendant 6 heures de vol, les drones ont pris près de 3 000 photos du Cervin.
Même la croix au sommet a été fidèlement reproduite.
Même la croix au sommet a été fidèlement reproduite.
Benjamin Pinguet de senseFly indique : « Il nous fallait des photos du Cervin sous différents angles. C’est pour ça qu’on a dû voler au plus près de la paroi. » Tout cela en coordination avec les hélicoptères et les parapentes pour garantir la sécurité dans les airs.
Le résultat est un modèle 3D du Cervin d’une précision de 10 centimètres. Cela ne s’était encore jamais fait. Mais ce n’était que le début. Le modèle devait être adapté au mur d’escalade réel du Musée des Transports.

« X Studios » reproduit le refuge de Solvay et la croix du sommet

David Morales a créé «X Studios» il y a 15 ans. La société, basée en Floride, se spécialise en réalité virtuelle utilisée avant tout dans les parcs d’attraction. Disney est l’un de ses clients.
Varappe et VR en même temps ? Cela ne s’était encore jamais fait.
Varappe et VR en même temps ? Cela ne s’était encore jamais fait.
La société de David a construit la réalité virtuelle pour Red Bull The Edge. David explique : « Nous voulions faire quelque chose encore inédit en matière de technologie et de storytelling. Ça a été notre principale source d’inspiration. »
« X Studio » a construit la réplique du refuge de Solvay. C’est là que commence l’expérience VR sur le Cervin. Les visiteurs grimpent ensuite un mur d’escalade de 5 mètres. Ce faisant, dans les lunettes VR, ils voient la paroi du Cervin.
Dernière inspection de l’équipement avant l’ascension.
Dernière inspection de l’équipement avant l’ascension.

Le système de capture de mouvement provient de la série Star Wars « The Mandalorian »

Vingt prises sont montées sur le mur, correspondant au millimètre près aux images des lunettes VR. Sur le mur d’escalade, les visiteurs peuvent s’agripper à ces mêmes prises qu’ils voient dans le monde virtuel. Et ceux qui arrivent au sommet peuvent toucher la réplique de la croix.
Une réalité virtuelle que l’on peut escalader, c’est une nouveauté. Il n’y avait aucun projet semblable pour nous guider.
David Morales (X Studios)
Le visiteur voit des mains et des pieds virtuels qui suivent tous les mouvements de ses propres mains et pieds. Un système de capture de mouvement détermine la position des parties du corps et les transpose dans le monde virtuel. C’est le même système que celui utilisé, par exemple, pour la série Star Wars«The Mandalorian».

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Teaser: Red Bull The Edge

Les visiteurs portent l’ordinateur dans un sac à dos. Le modèle haut de gamme produit 90 images à la seconde. Tandis qu’un film s’en sort avec 24 images par seconde, la réalité virtuelle en demande nettement plus. Faute de quoi les visiteurs sont sujets au « mal de VR » dont les symptômes ressemblent à ceux du mal de mer.

Red Bull The Edge cartographie tout un paysage

« X Studio » a créé le panorama à partir des données de cartes topographiques. Toutes les montagnes entourant le Cervin que voient les visiteurs quand ils arrivent au sommet. Selon David, « Red Bull The Edge, ce n’est pas un simple jeu vidéo. Nous avons reproduit un paysage réel, et célèbre par dessus le marché. On voulait qu’il soit aussi authentique que possible et donc permettre aux gens de vivre les exigences physiques des alpinistes. Cela rend le Cervin accessible, ce qui, dans la réalité, n’est possible que moyennant risques et danger. »
Jérémie Heitz et Sam Anthamatten en route vers le Cervin
Jérémie Heitz et Sam Anthamatten en route vers le Cervin
Pour David, voir les gens au sommet, c’est une satisfaction. « Ils arrivent là-haut, regardent auteur d’eux – et se disent : Je suis vraiment sur le Cervin. » Lui-même est allé environ 100 fois jusqu’au sommet pour faire des tests.
Et Consuelo, celle qui a qui l’on doit l’idée de Red Bull The Edge ? Elle a gravi virtuellement le Cervin 10 fois. Elle dit : « C’est génial – cette expérience fait appel à tous nos sens. »
« Red Bull The Edge » est au programme du Musée Suisse des Transports de Lucerne depuis le 23 juin. Tu peux lire plus là-dessus et te procurer un billet.