Sous-estime-t-on la musique de jeux vidéo ? N’estce pas qu’une agréable musique d’ambiance ?
Ce ne serait pas lui rendre justice, parce qu’elle couvre littéralement tous les genres musicaux. Les compositeurs s’inspirent des morceaux que tout le monde aime, il y a vraiment de très bons trucs.
Te souviens tu de ton tout premier jeu vidéo ?
Je suis presque sûr que c’était sur la NES, la Nintendo originale d’avant l’époque des cartes mémoires, quand on essayait de finir le jeu avant d’aller à la messe. « Karate Champ », « Excitebike », « Super Mario Bros. », « Contra »… tous les classiques y passaient. Puis est arrivé la Sega et avec elle, le passage du huit bits au son polyphonique, avec des super rythmes et une carte son plus performante permettant de développer des thèmes musicaux autrement plus complexes. C’est avec l’apparition des consoles Super Nintendo et Sega que j’ai réalisé, à un niveau plus ou moins conscient, que ces sons étaient des boucles musicales parfaites !
Quel genre de jeux vidéo préfères-tu ?
Je suis un « otaku » (terme japonais quidésigne une personne qui consacre toutson temps à un loisir précis, ndlr) des jeux de combat. Je pouvais passer desjournées entières sur « Street Fighter » ou « Mortal Kombat ». J’étais obsédé au point de reconnaître les mélodies associées à chaque personnage et niveau.
Je ne compte plus les jeux qui ont façonné mon univers musical et ont éduqué mon oreille à ce qu’elle est aujourd’hui.
Gaming et musique, même combat. À quel moment est-ce devenu une évidence pour toi ?
Je dirais au moment de la Dreamcast, la dernière console de Sega. Quand je l’ai achetée en 1999, il y avait une quantité de titres hallucinante, au point que j’en découvre encore aujourd’hui. Ils constituent une musique intemporelle.
On parle souvent de la Dreamcast comme d’un tournant pour la musique de jeux vidéo. Tu confirmes ?
Oui. Même aujourd’hui, il m’arrive de créer des beats directement à partir du jeu. Ces deux dernières années, je me suis procuré tous les jeux Dreamcast sortis au Japon, et je m’amuse à les trier au fur et à mesure.
Quand as-tu commencé à travaillerde manière systématique sur la musique de jeux vidéo ?
La série VGM remonte à l’époque du Covid, mais avec le recul, je crois que j’ai commencé bien plus tôt : je tombe parfois sur de vieux beats et je m’aperçois qu’ils viennent directement d’un jeu vidéo. C’est quelque chose qui s’est fait inconsciemment depuis mes débuts.
Justement, le jeu « Street Fighter » revient constamment. Pourquoi ?
J’y ai joué des centaines, voire même probablement des milliers d’heures. Ma tante avait cinq garçons, c’est eux qui m’ont fait découvrir la Super Nintendo. On faisait des duels sur « Street Fighter II » sans rien connaître à la mécanique du jeu mais en s’éclatant avec les jump, heavy kick, sweep. J’adorais ça.
Qu’est-ce qui te fascine aujourd’hui encore dans « Street Fighter » ?
C’est difficile de réduire cela à un seul élément. C’est un tout : l’esthétique du jeu, la musique, les personnages et même leurs tenues.
Quels enseignements en as-tu tirés pour ton propre travail ?
L’idée de la boucle parfaite. La plupart de ces jeux avaient des contraintes de temps, d’instruments, etc. C’est génial qu’ils aient pu créer quelque chose d’aussi beau à partir de si peu.