Julien Martel, co-fondateur d'Akewatu était un surfeur frustré de ne pas trouver la planche parfaitement adaptée. Il a fondé, avec deux associés, une plateforme qui permet aux passionnés de trouver la board qui sied parfaitement à la demande du client. Le site étend désormais son activité aux sports d'hiver. Il raconte la naissance d'une start-up qui veut faciliter la prochaine session de ride de ces adhérents.
Peux-tu nous raconter comment est né le projet Akewatu ?
Ce projet est parti d’une frustration de passionné. J’ai commencé le kite-surf une dizaine d’années, en même temps que le ski et le surf. J’avais envie de pratiquer ces sports plus régulièrement. Mais le problème principal, c’est que je n’avais pas accès aux produits. Quand tu progresses dans ce genre de sport, ton matériel doit suivre. Surtout dans le kite-surf, où tu as besoin d’avoir un matériel assez large. En fonction des conditions, tu n’as pas besoin du même matos. La problématique, c’est que si tu veux partir en week-end, c’est compliqué d’accéder au bon matériel et d’être bien conseillé. J’avais seulement les conseils d’experts et un matériel adéquat quand j’étais en vacances. Et ça me frustrait. Ensuite j’ai rencontré Nicolas, mon associé, qui possède un surf shop depuis une dizaine d’années au Cap-Ferret. Et quand je lui ai parlé de ma frustration, il m’a expliqué la sienne. En tant que professionnel, il voyait ses clients seulement lors de l’été. Il y avait énormément de passage pendant cette saison, et après plus rien. Du coup, il n’avait pas de relation à long terme avec le client. Et il avait essayé de monter un site web pour rester en contact avec ces clients mais il n’est pas allé au bout.
Donc vous avez réussi à trouver le compromis parfait ?
Tous les deux, on a vite compris qu’il y avait quelque chose à faire. Pour aider le passionné et le professionnel. On a exploré ce qui existait déjà dans le domaine des plateformes en ligne, et on a rencontré Franck, notre associé. Il nous a aidé à mettre en place quelque chose qui pourrait réduire la distance entre l’acheteur et le vendeur. Trois compétences bien distinctes et trois passions ont fait naitre Akewatu.
Si tu dois résumer le concept en quelques mots, tu dirais quoi ?
Akewatu, ça veut dire « prochaine session » en maori. Notre objectif, c’est d’aider les passionnés à bien préparer leur prochaine session en ayant l’équipement technique parfaitement adapté pour eux.
Comment Akewatu veut pérenniser cette clientèle ?
Déjà, on parle à des communautés précises de sportifs. Quand tu résous un problème dans une communauté, le bouche à oreille va très vite. Par exemple, je parlais avec un client corse qui me disait qu’il n’avait pas forcément accès à des bonnes planches de surf. La Corse, c’est comme pour Paris, il y a 600 kilomètres d’écart en moyenne entre l’acheteur et le vendeur. Ces acheteurs-là n’ont pas forcément accès aux bons conseils. Sur Akewatu, tu peux acheter une planche et avoir un conseil comme tu l’aurais en magasin. En plus de ça, tu as 1600 produits disponibles. On a le même niveau d’expertise qu’un magasin avec une gamme de produits énorme.
Comment personnaliser le service pour chaque client quand l’activité augmente autant ? Ça ne devient pas trop compliqué à gérer ?
Il y a deux niveaux de conseils. On a créé un algorithme qui permet de définir ton profil, qui va te sortir des planches adaptées à ton niveau, ta taille, ton poids. On pose les questions qu’un expert te poserait dans un surf shop. Il doit définir la planche parfaite pour toi. Et sur Akewatu, si tu hésites entre plusieurs planches, on t’appelle. Et comme aucune planche ne nous appartient, on fait du conseil totalement neutre. Il n’y a pas le vendeur du magasin qui va vouloir absolument te vendre tel produit. On veut juste conseiller le client au mieux.
C’est une manière de livrer quelque chose d’authentique au client ?
Authentique et neutre. On a aucun intérêt à l’orienter vers telle ou telle marque. On veut juste trouver la planche parfaite.
Si on regarde un peu toute votre équipe, on voit que vous venez tous de domaines différents. Comment l’harmonie s’est formée ?
On a la même passion. Ça peut paraître bateau, mais on a un réel objectif commun. On a tout monté ensemble. Quand on s’est tous réunis, on a cherché à définir des vraies valeurs.
Quel rôle précis ont les « ambassadeurs » d’Akewatu ?
On connaît énormément de personnes qui adoreraient travailler dans ce domaine. Mais ce n’est pas un marché où il y a énormément d’emplois. On voulait créer un rôle d’ambassadeur qui aide les communautés locales. C’est un job que tu peux faire à côté d’un autre travail. L’ambassadeur Akewatu est aussi là pour aider le professionnel de notre plateforme à maintenir à jour les stocks, réunir des informations et améliorer la plateforme.
J’imagine que vous avez tous dû faire des sacrifices pour lancer Akewatu.
En tant qu’entrepreneur, il faut être prêt à en faire. Ça prend du temps et de l’énergie. On (les trois associés, ndlr) a tous des enfants, il faut que ta famille soit prête à entendre parler d’Akewatu toute la journée (rires). Puis on a lancé ça alors qu’on avait une trentaine d’années. Donc il faut avoir un socle solide pour se permettre de voir venir au niveau économique. On est arrivé avec une compréhension du réel besoin du client et une façon claire d’exécuter notre idée. Donc ça nous a facilité les choses pour lancer la plateforme.
Quels ont été les obstacles les plus compliqués à franchir ?
L’évolution du site et le financement. Il faut aller convaincre des investisseurs. Là, on est en train de faire notre seconde levée de fonds. On passe forcément par des hauts et des bas. Un de nos surf shop a vu son usine déplacée, et on a perdu d’un coup plusieurs centaines de planches sur la plateforme. Il faut faire avec ces aléas. Si tu n’as pas une équipe forte, ça ne peut pas marcher. On a la chance d’avoir cette équipe à fond dans le projet.
Étendre votre activité aux sports d’hiver, c’est une suite logique ?
Oui, parce que ce qu’on a remarqué dans le surf, on l’a vu aussi pour les skieurs et snowboardeurs. 60% de nos surfeurs font du ski et du snow. Donc on a aussi une possibilité de parler à une communauté acquise.
Vous souhaitez vraiment développer un sentiment d’appartenance à la communauté Akewatu. Concrètement, comment vous allez faire ça ?
On veut que les gens puissent partager pour évoluer dans leur sport. On veut que le client puisse voir sur Akewatu la météo qu’il va faire sur leur spot, on veut aller plus loin pour cette communauté. On veut qu’il y’ait une interaction entre les clients. Il y’a beaucoup de canaux de communication et d’informations aujourd’hui et on veut qu’Akewatu en devienne un.
Vous travaillez dans un domaine où le matériel évolue, comme tu disais au début de l’interview. Vos produits ont une longue durée de vie ?
C’est très variable. Un surfeur a 5 ou 6 planches dans son quiver, en général. Dès que tu progresses, tu vas chercher une planche différente. Un surfeur change de planche quasiment tous les ans en moyenne. Ça ne veut pas dire que le produit est mort. Ça veut dire qu’il faut le revendre pour pouvoir se rééquiper derrière. Et c’est ce qu’on leur propose. Grâce à Akewatu, tu peux vendre à n’importe qui en France et bientôt en Europe. Sur notre plateforme, tu trouves des produits neufs, des produits déstockés et des produits d’occasions. Ce qu’on veut montrer à l’acheteur, c’est qu’il a le choix, en fonction de son budget. Tout le monde n’a pas 900 euros à mettre dans une planche de surf. Par contre, on s’assure que le produit d’occasion est de qualité. Si tu achètes, depuis Paris, une planche qui vient d’un vendeur basque, elle va passer entre nos mains pour être validée, certifiée. Et ça c’est une force. Parce que ça rassure le client.
L’Équipe vous a appelé « Le Bon Coin » du surf. C’est plus que ça, non ?
Oui, on veut aller plus loin. On est parti du principe qu’on allait ajouter un service en plus, qui est la certification des planches. On a aussi découvert que les professionnels ne vendaient pas sur le Bon Coin parce que c’était trop compliqué et payant. On facilite la relation entre l’acheteur et le vendeur, et ça c’est assez unique dans ce domaine.
Vous voulez devenir adhérent, trouver la planche parfaite, vendre vos skis, avoir des conseils pour votre prochaine session ? Rendez-vous sur Akewatu.