Gaming
L’Arlésienne, c’est quoi ?
Dans le petit monde du jeu vidéo, les Arlésiennes ont une place de premier choix, si prêt de nos coeurs de gamers. Ce sont tous ces jeux que l’on espère et qui se font désirer, longtemps, vraiment longtemps. Au point d’en perdre espoir et patience.
Faillites de studios, soucis juridiques, différents créatifs, problèmes techniques, manques de bol, ambitions démesurées qui viennent se heurter brutalement à la réalité... les raisons d’un développement si long sont nombreuses. Chaque histoire est différente et passionnante, racontée le soir au coin du feu. Parfois, la fin est tragique avec une annulation pure et simple du projet en guise de point final (qui a dit Starcraft Ghost ?).
Le développement durable, vraiment durable
Le concept d’Arlésienne a été popularisé par un romantique intellectuel blondinet aux muscles saillants et au calme légendaire : Duke Nukem. Après avoir trucidé des tonnes de monstres dans ses précédents jeux à succès, ce bon vieux Duke s’apprêtait à revenir en force avec son épisode ultime sobrement appelé Duke Nukem Forever. Nous sommes en 1997. Zidane n’est pas encore le guide de tout un peuple mais nous attendons déjà Duke de pied ferme. Le jeu sortira 14 ans plus tard, en 2011. Existe t-il assez de caractères sur internet pour vous compter l’histoire de son abracadabrantesque développement ? Probablement pas, mais sachez que les avocats se sont régalés, que les moteurs graphiques ont défilé et que les développeurs se sont arrachés les cheveux avant de passer le bébé au voisin.
D’autres cas bien célèbres sont étudiés dans les plus grandes universités du cosmos, comme Final Fantasy Versus XIII dont le développement a été si compliqué qu’il a muté en Final Fantasy XV après 10 ans de gestation. The Last Guardian est un sacré cas aussi, sans oublier Beyond Good and Evil 2 ou Prey (celui de 2006). Et Star Citizen ? Oui, et Star Citizen également...
“Il arrive quand ce jeu qui n’a jamais été annoncé ?”
Dans certains cas, trop nombreux diront les fans, le développement n’est pas un problème puisqu’il est inexistant. Le jeu attendu n’a jamais été annoncé par son éditeur. On murmure que des développeurs à l’identité secrète travaillent dessus et qu’une annonce à l’E3 est imminente, mais au final, nous n’en savons rien et rien n’est annoncé à Los Angeles.
La catégorie des “jeux hyper attendus qui ne sortiront peut-être jamais” a un Saint Patron incontournable : Half-Life 3. Voilà un jeu qui n’existe pas et qui a déjà bien plus fait parler qu’une immense partie des jeux finalisés, commercialisés et déjà oubliés. Il faut dire que Half-Life a sacrément marqué son époque. Le nouvel épisode est donc fantasmé et à chaque fois évoqué. Toujours chez Valve, Portal 3 est en train de prendre le même chemin, d’autant que des déclarations récentes font largement penser que le projet est plus utopique qu’envisageable.
Du côté de Blizzard, les arlésiennes ont été nombreuses, avec notamment le projet Starcraft Ghost, dont l’issue a été évoquée plus tôt. Pendant plusieurs années, nous avons également été hanté par ce projet mystérieux de MMO futuriste, celui qui devait nous faire tourner la page World of Warcraft… et qui est en partie devenu Overwatch. Mais l’arlésienne ultime de Blizzard est toujours là. Ainsi, nous l’avons croisé de nombreuses fois lors de la dernière Blizzcon, prête à bondir à la moindre occasion pour endiabler un peu plus nos discussions. Cette Arlésienne a un nom : Warcraft 4. Il faut dire que de nombreux joueurs PC se battent pour que le précédent volet du RTS soit officiellement reconnu comme la huitième merveille du monde. Il faut dire aussi que la page Starcraft 2 se tourne tout doucement. Alors Warcraft 4 revient, toujours plus fort.
Entre nostalgie et doux rêves
“Mais pourquoi certains jeux deviennent-ils de légendaires arlésiennes ?” La bonne question !
Dans le cas de gros hits au développement chaotique, comme Final Fantasy XV, la réponse est très simple : on a adoré le ou les précédents épisodes et on attend le nouveau sans faillir mais en se plaignant tout de même.
Mais souvent, la réponse est ailleurs. Les arlésiennes de ces dernières années sont toutes issues des années 90, des jeux Playstation, PC et Dreamcast essentiellement : Crash Bandicoot, Final Fantasy VII, Shenmue, Crash Team Racing, Half-Life.... Des jeux qui ont marqué les jeunes adultes et les gamins de l’époque, ceux qui aujourd’hui sont les plus susceptibles de se faire entendre et de transmettre leurs attentes.
Paradoxalement, ces arlésiennes sont souvent des suites fantasmées de premiers volets qui ont été des jeux de niche, marquants profondément leurs joueurs sans être de grands succès. Les monstres de l’époque ont tous eu leur suite finalement, à quelques exceptions près (Half-Life, toujours lui). On parle là de Grim Fandango, Abe, Medievil, Heart of Darkness, Virtua Fighter, Beyond Good and Evil et même Shenmue.
D’autres sont des suites, qui paraissent évidentes, de jeux très populaires qui tardent à arriver. Rockstar commence doucement à connaître ça avec GTA 6. Blizzard a Warcraft 4, Valve a Half-Life 3, Nintendo a Metroid Prime 4. Command and Conquer ou Age of Empires ne trainent jamais très loin non plus. Imaginez la pression sur les épaules de Naughty Dog si The Last of Us 2 n’avait rien de concret…
Parfois, un concept, un projet évoqué rapidement ou une première vidéo emballent tellement que l’attente en devient démesurée, à l’image, trop souvent, des ambitions de leurs créateurs. Ce fut le cas avec The Last Guardian ou le Silent Hill d’Hideo Kojima. C’est aujourd’hui le cas avec Beyond Good and Evil 2, Wild ou Star Citizen.
“Je vous ai compris !”
Ces jeux tant attendus, ces running gags ne laissent pas insensibles les éditeurs. Lancer un nouveau projet est toujours un risque, alors savoir que de nombreux joueurs sont en demande de titres précis, voilà de quoi rassurer.
Ces dernières années, de nombreuses arlésiennes sont tombées. The Last Guardian a fini par sortir. Final Fantasy XV aussi. Les deux derniers E3 ont été l’occasion de satisfaire bien des demandes, avec les annonces coup sur coup du remake de Final Fantasy VII, de l’arrivée imminente de Beyond Good and Evil 2, du retour de Crash Bandicoot et d’un troisième volet pour la saga Shenmue. Leurs annonces ont fait trembler la toile. De quoi donner des idées.
Le remaster, la réponse tendance
Les joueurs ont été écoutés, mais d’une certaine manière. Là où l’on espérait une suite, il a fallu se contenter bien souvent d’un remaster : la même chose mais en plus beau. Faire du neuf avec du vieux, et ça marche fort. Les succès de The Last of Us Remastered puis de Crash Bandicoot N-Sane Trilogy a ouvert les vannes. Spyro, Medievil, Grandia, Day of Tentacle, Grim Fandango, Fable… Ils ont tous eu, ou vont avoir, leur édition remaster. Les deux derniers en date, et pas des moindres, ne sont autres que Crash Team Racing et Warcraft III.
Ce n’est pas ce que nous souhaitions, mais tout ceci n’est souvent qu’une étape vers du contenu inédit. Il n’y a que dans un cas bien précis où le joueur n’attendait rien d’autre qu’un remaster, Final Fantasy VII. L’idée d’une suite ? Quelle horreur ! Non, nous voulions retrouver Cloud et Tifa, nous perdre de nouveau dans les yeux d’Aeris, pleurer et balancer Bahamut sur ce diable de Sephiroth. Pour le coup, nous voilà servi avec l’arrivée prochaine du remake.
L'atterrissage peut s’avérer délicat
La sortie d’une arlésienne est un exercice bien périlleux. Ce jeu idéalisé, fantasmé pendant tant d’années, devient concret. La chute peut s’avérer brutale. Récemment, The Last Guardian s’en est bien sorti. Le retour a été plus délicat pour Spyro, et même pour Crash Bandicoot, dont la difficulté de sa N-Sane Trilogy est un peu venue ternir cette image de jeu fun et diablement séduisant.
Le développement de ces arlésiennes devenues réelles est aussi délicat. Même si ça n’en est pas vraiment une, Naughty Dog ne peut rien faire sur The Last of Us 2 sans passer devant le très minutieux tribunal populaire. Beyond Good and Evil 2 semble se diriger vers un produit très différent du premier, provoquant des premières grognes. Shenmue 3 fait largement débat avec son financement participatif. Enfin, Final Fantasy VII divise. Son système de combat sera complètement revu pour être plus moderne, dynamique, proche du XV, loin du VII. Toucher au sacré, une périlleuse mission.