La partition s’est jouée sans fausse note. En novembre 2019, alors que Max Verstappen occupe la tête du Grand Prix du Brésil et calque la stratégie de Lewis Hamilton, rentré au tour précédent pour tenter l’undercut, son écurie lui facilite la tâche en changeant ses pneus en 1”82. Un record du monde qui n’a plus été battu depuis, et qui pourrait ne jamais l’être puisque la réglementation de la FIA a évolué, en 2021, afin de ralentir les écuries les plus performantes dans l’exercice.
Un chantier prioritaire depuis l’interdiction du ravitaillement
Mais il n’est pas interdit de croire que les frontières de l’impossible soient de nouveau repoussées. Car depuis l’interdiction du ravitaillement en carburant, actée par la FIA en 2010, l’optimisation du passage aux stands est devenue un chantier prioritaire pour les écuries, qui ont investi en R&D et revu leur méthode pour gagner de précieux dixièmes. “N’importe quelle équipe doit être capable de réaliser de bons arrêts, confirme Pat Symonds, ancien chef du département technique de Williams, qui a longtemps co-détenu le record du passage le plus rapide avec Red Bull Racing. Il n’est pas nécessaire d’avoir un budget de 250 millions de livres pour effectuer un bon arrêt.”
Le travail a payé, parfois significativement. Comme le rappelle le site officiel de la Formule 1, un passage aux stands durait approximativement quatre secondes en 2010. En 2012, McLaren signait le meilleur chrono en 2”32. L’année suivante, Red Bull Racing passait, pour la première fois, sous la barre des deux secondes lors du Grand Prix des États-Unis.
“À l’entraînement, nous sommes capables de faire des arrêts d’1”7s-1”8s, prévenait Jonathan Wheatley, directeur sportif de l’écurie, après l’obtention du record du monde. Mais réussir ce chrono pendant une course avec le bruit, la pression et tout le reste, c'est peu probable que cela arrive (...) Notre objectif est d’être régulier”. Six ans plus tard, ses vœux ont été exaucés : avant le Grand Prix du Brésil, Red Bull Racing avait déjà pulvérisé ses standards à deux reprises : 1”88 au Grand Prix d’Allemagne et 1”91 au Grand Prix de Grande-Bretagne.
Taylorisme, répétitions et programme d’entraînement
Les temps de passages se sont allongés depuis l’application de la nouvelle réglementation, mais pas la méthode qui magnifie les fondamentaux du taylorisme et a même été étudiée par des entreprises ou organismes de santé. Car remplacer quatre pneus en moins de trois secondes, avec précision et régularité, nécessite la mise en place d’une chorégraphie rodée qui mobilise une vingtaine de personnes.
À l’avant et à l’arrière, deux mécaniciens soulèvent la monoplace à l’aide d’un “lève-vite” et sont assistés, en cas de problème, par un remplaçant disposant du même matériel. Trois mécaniciens s’affairent sur chaque roue : le premier dévisse et revisse l’écrou à l’aide d’un pistolet pneumatique, le second retire le pneu usé et le troisième fixe le neuf. Dans le même temps, deux autres personnes inspectent les dispositif d'aération et stabilisent la voiture. Le dernier, positionné à l’avant, vérifie que la voie est libre et donne le signal. Un ajustement peut également être effectué sur les ailerons, en cas de besoin. “L'équipe ne change jamais, sauf en cas de maladie ou d'empêchement, auquel cas il y a un remplaçant pour chaque poste, rappelle un journaliste de Motorsport.com. Le pilote, aussi, a un rôle à jouer : lancé à 60km/h dans la voie des stands, il doit immobiliser sa monoplace au centimètre près, en respectant le marquage au sol et les positions prédéfinies en amont. Le moindre décalage peut coûter de précieux dixièmes, voire une seconde entière.
1 minutes
Le trailer de The History of the Pit Stop
Que peut-on réaliser en l'espace d'un clin d'oeil ?
Afin de réduire les risques lors d’un exercice périlleux où le rythme cardiaque peut frôler les 160 pulsations par minute, le processus est répété des milliers de fois à l’usine sous la supervision d’un médecin du sport et d’un ostéopathe, puis analysé sous tous les angles. Les mécaniciens, qui ont d’autres rôles au sein de l’écurie, suivent un programme d’entraînement spécifique. Renforcement musculaire, équilibre physique et mental : rien n’est laissé au hasard afin de minimiser le risque de blessures pour des personnes qui ne sont pas si différentes, dans l’absolu, de vous et moi, mais dont le job est aussi stressant que crucial lors d’un Grand Prix.