Bigflo et Oli vous offrent une playlist de musique qu'ils écouteraient dans des situations précises.
© Teddy Morellec
Musique

Bigflo & Oli, frères de sens

On a passé un moment avec le duo toulousain pour parler de l’industrie de la musique, de leur album, d'Orelsan, du feat avec Busta Rhymes, et des moments de leur carrière sponsorisés par Malaise TV.
Écrit par Etienne Caillebotte
Temps de lecture estimé : 11 minutesPublished on
"T’imagines la gueule de ma mère, si l’album flop ?". Oli peut se rassurer. Balancé début mai sur Youtube, "La vraie vie", premier extrait de l’album éponyme de Bigflo et Oli, a déjà été vu plusieurs millions de fois. Un morceau à la prod sombre et aux punchlines acides qui marque une véritable rupture avec les anciens titres des rappeurs toulousains. À l’occasion du concours #DansTaVie - qui permettra à un fan de gagner un concert privé chez lui - on a discuté avec les deux frangins. Une interview certifiée 100% sans langue de bois.
Dans "La vraie vie", vous tapez sur l’industrie de la musique et les clichés autour du rap. Ça ne fait pas longtemps que vous y êtes, mais ça vous gave déjà ?
Bigflo : Ouais, c’est pas faux. C’est un morceau un peu amer. C’est marrant, parce que quand on a fait écouter ce morceau à nos potes, ils nous ont demandé si on allait bien. Ils étaient inquiets, parce que concrètement on n’a pas à se plaindre. Dans le milieu, on est plutôt bien accueilli. Mais ouais, on avait ces choses-là à dire. Ça vient du cœur, on a été plutôt déçus par le milieu. Parfois négligés, parfois pas vraiment pris au sérieux. C’est un peu des caprices, mais on avait besoin de le mettre sur papier.
Oli : Ouais c’est beaucoup de rage, on n’a pas trop réfléchi en l’écrivant. Et pour rectifier ce que tu as dit, pour moi ce ne sont pas vraiment des clichés, c’est la réalité du rap en ce moment.
Des fois, vous regrettez la "vraie vie" d’avant ?
Bigflo : On a une vie incroyable. Parce que depuis tout petit, on n’a jamais été vraiment normaux. On était des phénomènes. Tous les samedis matin, j’étais au conservatoire, je bossais comme un fou. On a toujours eu une vie de mélomanes un peu à part. "La vraie vie" c’est plus une réflexion sur le fait de "mériter tout ça", de "réaliser tout ça". C’est plus des questionnements que du regret. Mais c’est vrai que des fois j’aimerais bien pour quelques jours redevenir complètement normal. Être à la fac, avoir des potes de fac etc ...
C’était quoi d’ailleurs "la vraie vie" ? Vous avez déjà envisagé de faire autre chose ?
Bigflo : Dès le départ on voulait faire ça. On voulait faire des grosses salles. On imaginait que notre chambre, c’était le Zénith. On était un peu bizarres. D’ailleurs, je me souviens qu’Oli devait remplir des vœux pour choisir des écoles à la fin du bac (Admission Post-Bac, ndlr). Et il n’a rien mis. Tout le monde lui disait qu’il fallait en mettre un, juste pour la forme. Et il répondait : "Non je ne mets rien moi, je sais que je suis musicien". Voilà le petit con que c’était (rires).
La playlist des rappeurs Bigflo & Oli des titres qu’ils écouteraient selon des situations précises.

Les frangins Bigflo & Oli

© Teddy Morellec

Envoyer un pique à un autre rappeur, c’est nouveau pour vous. Ça vous a touché le refus d’Orelsan ?
Oli : Nouveau, non. On a toujours voulu être franc et un peu piquer. On a toujours été un poil insolent sur les freestyles… (Bigflo le coupe)
Bigflo : Cette phrase-là, pour le coup Oli, je ne l’ai pas du tout écrite dans ce sens-là.
Oli : Ouais, c’est ce que j’allais dire.
Bigflo : En fait, on a plus vraiment envie de mentir. On ne veut plus faire de langue de bois. Orelsan, c’était un feat que tout le monde attendait, que ce soit chez nos fans ou chez les siens. On était trop chaud, tout le monde l’était aussi. Sauf lui. Du coup, on a voulu expliquer que s’il n’y avait pas de feat, ça ne venait pas de nous, tout simplement.
Oli : Ce n’est pas vraiment une pique pour moi, parce qu’on dit que c’est notre rappeur préféré. C’est quelqu’un pour qui on a beaucoup de respect.
Bigflo : Ah oui, ça reste un de nos idoles dans le rap, complètement.
On était trop chaud, tout le monde l’était aussi. Sauf lui. Du coup, on a voulu expliquer que s’il n’y avait pas de feat, ça ne venait pas de nous, tout simplement.
Bigflo
Ça va se faire un jour ?
Bigflo : Faudrait lui demander. Je ne sais pas si cette petite phrase va nous aider.
Oli : Nous, on est très chaud. C’est un peu du côté de Mr Aurélien que ça coince.
Tant qu’on parle de feat, vous avez aussi un morceau avec Busta Rhymes. Comment ça s’est fait ?
Oli : C’est la première interview qu’on fait pour le deuxième album, et je sens que ça, on va le répéter (rires).
Bigflo : C’est parti d’une blague en studio en fait. On était en train de faire le morceau "Ça va trop vite", un morceau où on rappe très vite. On avait tout enregistré, on venait de l’écouter, et Olivio me regarde à la fin et il me fait : "Et là, Busta Rhymes !". De là, on commence à l’imiter, et on se dit "Viens on tente, on l’appelle". On en parle à la maison de disque, on a galéré pour trouver son contact. Le feat a été un peu débloqué quand on était à New-York. On a rencontré un proche de Busta Rhymes là-bas pour qu’il nous valide. Pour tout te dire, on a mis 5 à 6 mois pour l’avoir. On attendait sa voix, on devait rendre les pistes de l’album, sinon on n’était pas dans les temps. Il nous a rendu sa voix à 1h du mat’ alors qu’on devait rendre l’album le lendemain. Après, bien sûr c’est à l’américaine. Le mec a eu son cachet, il a mixé sa voix, il voulait tout contrôler. La vérité, c’est que ce n’est pas une rencontre. On a pas rencontré Busta au coin d’une rue et il ne nous a pas dit "Vas-y, je vous le fais gratos". Malheureusement ça ne se passe pas comme ça. Mais par contre, Il a écouté ce qu’on faisait et il l’a validé.
Oli : On est le premier feat de l’histoire du rap français avec Busta, ce qui est assez significatif du kiff qu’il a pris en nous écoutant.
Bigflo : C’est marrant parce qu’on était en studio avec Joey Starr. On lui dit "Putain Joey, normalement on devrait réussir à avoir Busta Rhymes. Mais c’est la galère". Et Joey nous répond : "Putain les gars, Busta Rhymes c’est un enfer. On avait essayé de l’avoir à l’époque, il nous avait cassé les couilles, il était incontrôlable". On était un peu découragé, mais finalement on l’a eu.
En écoutant "La vraie vie", en voyant les featurings avec Busta ou Joey Starr, on a l’impression que vous avez passé un cap. L’instru est beaucoup moins pop, les propos sont plus durs. Vous avez changé avec l’âge ?
Bigflo : Ça fait plaisir que tu dises ça, parce que c’est exactement ce qu’on recherchait. On l’a pas vraiment forcé. Il faut dire que notre premier album est sorti il y a deux ans. Et encore, quand on l’a sorti, la plupart des morceaux étaient écrits depuis longtemps. On parle de sons qui ont 4 à 5 ans, voire plus. Quand on a fait ce deuxième album, on a eu l’impression d’en faire un troisième directement. On a grandi. Faut dire qu’on a vécu deux années où on s’en est pris plein la gueule, dans tous les sens du terme. Ça nous a changé aussi. Il y a une évolution, même en termes de prod. On voulait que ça tape plus. On voulait moins se censurer dans les paroles parce qu’on avait tendance à le faire sur le premier. Là, on est beaucoup plus libre. Quand on écoute le premier, c’est vrai que ça n’a rien à voir. C’est le but en même temps.
Faut dire qu’on a vécu deux années où on s’en est pris plein la gueule, dans tous les sens du terme. Ça nous a changé aussi.
Bigflo
Les Visionnaires Bigflo et Oli.

Les Visionnaires

© Teddy Morellec

Dans le titre "La vraie vie", Bigflo dit : "Par rapport à celui-là, notre premier album c’est de la merde". Vous le pensez vraiment ?
Bigflo et Oli (en coeur) : (rires) Noooooon !
Bigflo : C’est une phrase de rap quoi, c’est un peu de l’egotrip. Mais c’est vrai qu’on a voulu monter le niveau sur cet album. Aujourd’hui, je te dirais que le deuxième est meilleur que le premier. Ce n’est pas pour autant que le premier est naze. C’est vrai que c’est un peu exagéré cette phrase. C’était aussi pour montrer qu’on ne se repose pas sur nos acquis, qu’on avance, et qu’on est dans l’étape d’après, toujours. On ne va pas se reposer sur la réussite du premier album. C’est une manière de nous motiver aussi de dire ça.
Vous allez aussi faire un feat avec votre père, qui est musicien. Il a joué quel rôle dans votre jeunesse ? C’est lui qui vous a forcé à aller faire du solfège au conservatoire quand vous étiez gamins ?
Bigflo : Notre père nous a donné le goût de la musique et l’envie d’en faire. Il nous faisait déjà monter sur scène quand on avait 3 ans. Quand il jouait dans des bars (il est chanteur de salsa, ndlr), on jouait des maracas avec lui. C’est plutôt notre mère qui nous a enseigné la rigueur, qui nous a inscrit au conservatoire, qui voulait qu’on s’élève un peu. C’est un travail d’équipe entre notre mère et notre père. Sur le premier album, comme tous les enfants, on n’avait pas envie de se rapprocher de lui, on en avait marre d’être comparé à lui. On ne voulait pas être "les fils de". Ce qui est marrant, c’est qu’avec le temps, il est devenu "le père de". Sur le deuxième album, on a grandi, on a réécouté pas mal de ses morceaux et on s’est dit que franchement, ce serait con de pas avoir un titre avec lui.
Et quand tu dis "Bientôt j’arrête, bientôt je rentre au pays", c’est ce lien avec l’Argentine qui te manque ?
Bigflo : Pour te dire la vérité, je me suis rendu compte que c’était un peu mal dit. Ma vie, c’est Toulouse. C’est une métaphore sur le fait de de sortir du business, de revenir à des choses plus simples.
Ce lien avec l’Argentine, votre père ne vous l’a pas transmis du tout ?
Ah si si ! Toute la famille est là-bas, ils nous envoient des messages tout le temps. Notre père y va tous les ans. Ça fait un bail qu’on n’y est pas allé. Mais ouais, on a un lien important avec l’Argentine, notre père nous en parle tout le temps. Il écoute beaucoup de chansons argentines, il y a que des latinos à la maison. On a été élevé à la mode latino, et c’est vrai qu’on ne le mettait pas trop en avant… Parce qu’on ne voulait pas être associé à notre père. Des trucs d’enfants quoi.
Moment sincérité, c’était quoi votre pire concert ?
Oli : Je ne sais pas si on a connu un concert horrible. Parce qu’on partage tout le temps un bon moment avec les gens. Mais il y a des concerts où il n’y avait personne quoi.
Bigflo : Faut dire la vérité frère, arrête. On a fait un concert, je crois que c’était dans le Nord, mais je ne saurais pas te dire où. Déjà, c’était dans une salle de cinéma, trop bizarre. Il y avait genre 20 personnes, dont un groupe de 10 jeunes qui en avait rien à foutre d’être là. Notre DJ monte sur scène, et un petit lui prend la cheville et lui dit "Monsieur, monsieur, est-ce qu’on aura le droit de crier ?". On a joué devant 20 personnes, je m’en souviens encore. Quand on a un mauvais concert, on appelle ça la croûte entre nous, parce qu’en fait il y a une croûte de honte qui se forme sur nos corps. Du coup on dit : "J’espère que ce ne sera pas une croûte".
Vous avez déjà eu une rencontre placée sous le signe du malaise avec un fan ?
Oli : Un jour, on était en séance de dédicaces. Tous les gens nous demandaient de signer leurs chaussures. Ça puait, c’était sale, on en avait marre (rires). Et là, un mec s'approche en montrant du doigt ses baskets et nous dit : "Vous pouvez signez ?". Flo était un peu agacé et lui répond : "Non c'est bon les mecs, on fait trop de chaussures, ça pue et tout". Et le mec répond : "C’est pas une chaussure !". Il nous tendait sa jambe de bois…
Les frangins toulousains Bigflo et Oli et leur deuxième album La Vraie Vie.

Ouais, il y'a un petit air de famille...

© Teddy Morellec

Pour finir, vous pouvez nous donner la pire punchline de votre frangin ?
Bigflo : Moi j’en ai une, c’est toujours la même depuis des milliers d’années. Dans "Fier d’être toulousain", une de nos premières chansons, il dit "Et on va aller marcher… au marché".
Oli : Moi, il y en a une que je ne trouve pas top : "Tu te moques parce que je suis petit, mais il y a rien de plus dangereux qu’une bactérie". J’ai vu que certains chambraient sur Twitter et ça m’a fait rire.
Bigflo : Attends, mais elle est bien en plus !
Oli : C’est la moins pire des meilleures.
Bigflo : Ah ça, j’aime bien quand il dit ça.
Bigflo et Oli viennent passer une journée dans ta vie et t'offrent un concert privé. Tente ta chance en publiant une vidéo de ton quotidien sur redbull.fr/bigfloetoli !