« Piloter sous la pluie, c’est avant tout une histoire de sensations, de feeling avec la piste et les conditions », avait coutume de dire Christian Sarron. Champion du monde de la catégorie 250 en 1984, l’Auvergnat s’était illustré l’année suivante en devenant le deuxième français vainqueur en classe reine. Il s’était pour cela imposé en Allemagne, sur le circuit d’Hockenheim et sous un véritable déluge.
D’autres pilotes ont depuis profité de la pluie pour briller alors que personne ne les attendait. En 2016, à Assen, Jack Miller avait écœuré ses adversaires sous la pluie hollandaise. Cette année, c’est Danilo Petrucci qui a été le plus malin sur la patinoire du Mans. A l’époque où il courait en Moto2, Johann Zarco s’était lui aussi souvent illustré dans des conditions très délicates : « Sous la pluie, il faut être plus doux, moins brutal que sur le sec, note le double champion du monde. Il faut trouver le bon équilibre pour maintenir les pneus à la bonne température sans maltraiter la moto pour ne pas se faire piéger. Généralement, plus on fait de tours plus on se sent en confiance. D’autant qu’il est les rares que les conditions soient stables. La pluie peut s’intensifier ou la piste s’assécher… C’est vraiment une question de confiance. » Surtout en MotoGP où les pneus pluie très performants permettent de rouler dans des chronos étonnants.
« Au Sachsenring, où le grip est très bon, il n’y a que quatre secondes d’écart au tour entre une piste sèche et une piste mouillée, rappelle le pilote Ducati. Les gommes dont on dispose aujourd’hui sont vraiment incroyables. » Pour la pluie, Michelin propose deux types d’enveloppe avec des gommes plus ou moins tendres. « Plus il y a d’eau, plus on s’oriente vers un pneu tendre, précise Piero Taramasso, le responsable Michelin MotoGP. L’important est ne pas le faire surchauffer car sinon il va très vite se dégrader. » Grâce à ces sculptures, un pneu pluie est capable d’évacuer, à 300 km/h, 4,5 litres d’eau à la seconde.
Des motos (et des pilotes) bien réglées
Même si les temps au tour sont moins rapides que sur le sec, courir sous la pluie nécessite confiance et préparation. « En course, lorsque tu te retrouves en paquet, tu ne vois parfois pas grand-chose, témoigne Johann Zarco. Même si depuis quelques années les motos sont équipées d’un feu arrière obligatoire, il y a des moments où tu as du mal à mettre à fond en ligne droite de peur de te faire surprendre, surtout quand il y a beaucoup d’eau et que tu sens parfois la moto partir en aquaplaning. Les distances sont plus difficiles à apprécier, et même sur les phases de freinage tout devient plus périlleux. Il est d’ailleurs souvent plus facile de doubler à l’accélération en sortie de virage quand tu gères bien le grip de ta moto. »
Sous la pluie, la préparation du matériel doit être minutieuse. Il y a d’abord le casque, qu’il faut étanchéifier. « On rajoute un joint au-dessus de la visière, explique Jean-Jacques Lacroix, technicien du service compétition Shark. Ceci afin d’éviter que de l’eau s’infiltre derrière l’écran. On condamne également les ventilations et on conseille au pilote de porter un masque pour éviter les risques de buée même si aujourd’hui les écrans sont traités. » Côté combinaison, le pilote peut enfiler une veste de pluie transparente. « S’il pleut beaucoup et qu’il fait froid, ça peut être appréciable », précise Johann Zarco. Certains pilotes portent également des double sliders pour pouvoir prendre plus facilement appui sur leurs genoux dans les virages.
Bien évidemment, les motos sont elles aussi réglées en conséquence. « L’idée directrice est de tout assouplir afin d’adapter les réglages à un pilotage qui devient plus doux sur le mouillé, explique Nicolas Goyon, le chef mécanicien d’Iker Lecuona. On harmonise également les réglages de suspensions pour faire travailler au mieux les pneus pluie qui sont moins rigides au niveau de leur construction. Cela se fait généralement avec des ressorts plus souples, ou avec des links de suspensions différents. Ces pièces de transition placées entre le bras oscillant et l’amortisseur permettent de jouer sur les courbes d’enfoncement. Certaines équipes enlèvent un maillon à la chaîne de transmission pour rapprocher la roue arrière du centre de la moto et augmenter ainsi le poids sur l’arrière. »
Côté moteur, les techniciens préparent des cartographies d’anti-patinage adaptées que le pilote pourra choisir au fil des tours en fonction de l’évolution de la piste. Pour le freinage, on a longtemps privilégié les pistes acier. Ce n’est plus aujourd’hui le cas. « Les freins carbone fonctionnent aujourd’hui très bien sous la pluie, souligne le technicien de l’équipe KTM Tech 3. Il faut simplement les protéger correctement avec des caches qui permettent de les maintenir à une température supérieure à 200 degrés. Température sous laquelle le fonctionnement se dégrade. » Après tout ça, le dernier mot revient bien évidemment au pilote.
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