Des participants du Red Bull Quicksand courent pieds nus sur la plage.
© Виктор Магдеев
Ultrafond

Faut-il courir pieds nus ?

Le peuple mexicain des Tarahumaras est réputé pour être le plus rapide du monde. Leur secret ? Ils cavalent sans chaussures. Est-ce bien raisonnable ? Et devez-vous enlever les vôtres ? Enquête.
Écrit par Red Bull France
Temps de lecture estimé : 5 minutesMise à jour le
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Il y a une dizaine d’années, Camilo se fait arrêter en pleine course à pieds par la police du Nouveau-Mexique avec un sac de 20 kilos de marijuana sur le dos. Le jeune homme, âgé de 18 ans, explique s’être fait embrigader par un cartel pour transporter divers produits illicites par-delà les frontières mexicaines pour se faire un peu d’argent.
Les participants du Red Bull Quicksand courent pieds nus sur la plage.

Red Bull Quicksand : évidemment, c'est plus facile à la plage

© Nick Muzik/Red Bull Content Pool

Une affaire comme il pourrait en exister des milliers dans le monde ? Pas vraiment : Camilo Villegas-Cruz n’est pas une mule comme les autres. Il appartient à la tribu des Tarahumaras, un peuple reculé d’Amérique du Sud, rendu célèbre par Chris McDougall dans son best-seller « Born to Run », qui les décrit comme les êtres les plus agiles et les plus rapides du monde.
Cette particularité, déjà connue par quelques spécialistes depuis les années 1990, est d'ailleurs vieille de plusieurs siècles. Et l’une des raisons avancées par les sociologues et historiens pour l’expliquer est assez simple : isolés du monde, les Tarahumaras ont toujours été opprimés et dans l’obligation de devoir fuir leurs agresseurs en courant à vive allure.
Jusque-là, rien de bien surprenant. Ce qui l’est plus, c’est que les Tarahumaras l’ont toujours fait (et encore aujourd’hui) en sandales artisanales. Et parfois même, pieds nus.
Les Tarahumaras ont toujours couru en sandales artisanales. Et parfois même, pieds nus.

Les Tarahumaras, des athlètes hors-pairs

© DeGolyer Library, Southern Methodist University

Un retour aux sources...

Dans le monde sportif occidental, on dirait des Tarahumaras qu'ils sont des « barefoot runners ». Un terme venu des États-Unis, là où s’est popularisée une tendance il y a une dizaine d’années dont le principe est simple : délaisser sa paire de running au profit d’une simple paire de chaussures minimalistes ou de ses pieds nus, pour revenir à une course « originelle », qui présenterait de nombreux avantages, à commencer par celui de minimiser le risque de blessures.
« Quand on regarde un peu l’histoire, et on le voit très bien dans des bouquins comme « Born to Run », les problèmes de blessures sont quand même arrivés dans les années 1960 avec les chaussures maximalistes », explique Benoit Quémar, adepte du barefoot running depuis plusieurs années. « Avant, aux Jeux olympiques par exemple, les coureurs avaient des chaussures en cuir très fines et ils se blessaient beaucoup moins. Grâce à ces baskets, on a certes permis d’allonger la foulée mais au détriment du corps humain qui n’est pas du tout fait pour ça. »

aux multiples avantages...

Pour comprendre ça, il faut savoir que le barefoot running encourage naturellement ses pratiquants à poser l’avant du pied au sol avant les talons. Un positionnement qui diminuerait les traumatismes sur les tendons, les muscles des mollets, le flux sanguin et même la colonne vertébrale.
Ross Edgley sans chaussures, mais avec style

Ross Edgley sans chaussures, mais avec style

© Ross Edgley

« Quand vous posez votre pied nu au sol, votre cerveau le calcule de façon tout à fait autonome », explique Gwendal Galesne, médecin généraliste, maître de stage à l’université de Rennes, et barefoot runner lui aussi.
Lui qui a d’ailleurs déterminé des protocoles de soin pour rééduquer ses patients souffrant de diverses blessures en les faisant courir pieds nus explique que « de cette façon, vous plierez votre genou en fonction du sol que vous avez sous les pieds. Vous allez donc courir différemment sur un sol plein de gravier et sur un sol plat. De cette manière, vos genoux, chevilles et hanches se positionneront de façon tout à fait naturelle pour le corps humain qui sera beaucoup moins sujet à des blessures. Il faut aussi savoir que quand vous courez pieds nus, vous étirez vos muscles en permanence. Vous évitez donc qu’ils se contractent et donc, vous évitez les déchirures. »
En définitive, quand vous courez pieds nus, vous courez plus vite.
Gwendal Galesne
Le barefoot running prévient donc un certain nombre de blessures. D'accord. Mais comment expliquer la rapidité quasi surhumaine des Tarahumaras ? Le médecin apporte un élément de réponse : « Quand vous courez pied nu, vous mettez toujours plus ou moins naturellement votre pied à plat, vous ne posez pas le talon en premier, et c’est très important. Pourquoi ? Parce que cette pose à plat vous permet d’étirer votre chaîne musculaire postérieure au maximum. Et quand un muscle est étiré, il développe une puissance qui est beaucoup plus importante quand il se contracte. En définitive, quand vous courez pied nu, vous courez plus vite. »
L'athlète Anna Mcnuff a suivi un entraînement intensif pour préparer ses pieds à courir cent marathons pieds nus.

Anna, fière de garder les pieds sur terre

© Anna McNuff

mais qui n'est pas adapté à tout le monde

Mais attention à ne pas jeter vos running à la poubelle trop vite : « Il y a une transition à faire. Ça ne se fait pas du jour au lendemain », explique Benoit Quémar. « Il y a des gens qui mettent plus de six mois ou un an à changer de foulée parce que ce sont des habitudes qui ont été prises et qu’il faut changer. Le principal problème qu’on rencontre au début, c’est que cette foulée n’est pas du tout naturelle et on sollicite beaucoup trop les mollets, ce qui n’est pas très bon. »
Pour Bruno Sesboüe, médecin à l'Institut régional de médecine de sport de Caen, courir « en appuyant sur les têtes métatarsiennes situées à l'avant des os des pieds augmente leur risque de fractures. En somme, nous ne faisons que déplacer le problème. »
Ce type de course est également déconseillé aux athlètes souffrant de blessures liées à leur posture et qui tirent de nombreux avantages de chaussures adaptées ou de semelles orthopédiques.
Le barefoot running sera également beaucoup plus adapté à la course en forêt. Il ne faut évidemment pas oublier de prendre en compte la protection basique contre les pierres, morceaux de verres et autres obstacles semés sur le chemin.
En clair, explique Benoit Quémar, « il faut se protéger des intempéries, du froid, des obstacles (autant que faire se peut) mais pas du choc, puisqu’il ne devrait pas y en avoir. » À part celui qui suivra un record perso battu sans chaussures.