Activision a rencontré un grand succès avec la licence Crash Bandicoot, ce qui l’a conduit à annoncer une suite directe : Crash Bandicoot 4 It’s About Time.
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Le Crash Bandicoot 4 qu’Activision cherche à enterrer

Après trois jeux et un spin-off, Crash Bandicoot a dû quitter le giron de Naughty Dog. Alors qu’il revient enfin en état de grâce, rappelons que sa destinée aurait pu être très différente.
Écrit par Maxime « OtaXou » Lancelin-Golbery
Temps de lecture estimé : 5 minutesPublished on
Crash Bandicoot, Crash 2, et Crash Warped. Un petit Crash Team Racing sur le dessus, et voilà comment Naughty Dog s’est placé comme l’un des développeurs les plus importants de la PlayStation. Il faut dire qu’il a non seulement réussi à créer un jeu absolument magnifique selon les attentes de l’époque, mais aussi à définir un standard dans la création de jeux de plateforme en 3D. Voilà qui était le plus grand défi de son ère, auquel ont aussi répondu Nintendo avec Super Mario 64 et SEGA avec Nights Into Dreams. Plus encore, Sony a réussi grâce à cela à trouver sa mascotte. Face aux Mario et Sonic de ce monde se dressait tout à coup Crash, aussi parfaitement idiot et edgy que les modes de l’époque le demandaient.
Un carton plein qui n’a toutefois pas réussi sa transformation à l’ère PS2, et s’est ensuite doucement retiré des feux des projecteurs. Récemment, la collection N-Sane Trilogy a réussi avec brio à remettre aux goûts du jour les trois premiers épisodes. Activision, l’actuel possesseur de la licence Crash Bandicoot, a rencontré un grand succès grâce à celle-ci, ce qui l’a conduit à annoncer une suite directe : Crash Bandicoot 4 It’s About Time. En tout et pour tout, il semble que Crash soit enfin prêt à redevenir la star qu’il était. Etait-ce cependant sa seule et unique chance ?
La sortie du jeu vidéo Crash Bandicoot 4 It’s About Time développé Toys for Bob et édité par Activision est prévue sur PlayStation 4, Xbox One et Xbox Series X en 2020.

Le retour en grâce

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La Vengeance d’Universal

Pas vraiment. Lorsque l’on parle de l’histoire de l’iconique péramélidé, difficile d’oublier le jeu qui a marqué le changement de direction : Crash Bandicoot La Vengeance de Cortex. Le premier volet qui ne fut pas développé par Naughty Dog. Le studio n’avait signé qu’un deal de trois jeux (CTR a été développé en catimini à l’origine et Crash Bash par Eurocom) avec Universal, son partenaire de l’époque dont la direction de la branche jeu vidéo était aux mains de Mark Cerny. Aussi, il a plutôt été chercher du côté de Sony pour se faire racheter, trouver une certaine sécurité, et créer d’autres œuvres tout aussi marquantes, laissant derrière eux leur mascotte créée de toutes pièces entre les mains des détenteurs de ses droits.
Après tant d’années d’excellence, et un accueil commercial réussi, le “premier” Crash Bandicoot 4 n’a pas véritablement convaincu. Sa plus grande faute : être banal. Des graphismes passables, un level design correct, et une aventure efficace mais oubliable. Or, à cette époque, la PlayStation 2 venait de sortir, et il était attendu de Crash Bandicoot de réaliser la même chose que le premier épisode : offrir de la beauté, de la nouveauté, et un moyen de prendre la claque attendue à chaque nouvelle génération. Cette trajectoire ne l’aura jamais quitté, faisant que Crash Bandicoot est petit à petit tombé dans l’oubli.
Que s’est-il passé ? Il faut savoir que pour l’époque PS1, Universal Interactive et Sony s’entendaient très bien, et que Crash était pour eux une aventure commune. Mais avec le succès que la licence a connu, Universal a voulu par la suite reprendre le contrôle de sa coqueluche pour en tirer le maximum de profits. Mark Cerny, instrumental à cette époque dans les projets Crash et Spyro chez Universal, avait déjà commencé à plancher sur un document pour développer un Crash Bandicoot de nouvelle génération sur PS2. Son idée ? Faire passer le monde en exploration libre, tout en gardant l’aspect puzzle du titre. Faire voyager Crash Bandicoot de planète en planète pour varier les contextes. Bref : faire de Crash Bandicoot un véritable titre PlayStation 2.
Le “premier” jeu Crash Bandicoot 4 sur PlayStation 2 n’a pas véritablement convaincu.

Le déclin immédiat

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La tangente de Cortex

Rétrospectivement, et en assumant que ce nouveau titre aurait eu la même qualité de fabrication que les précédents titres, Mark Cerny avait vu juste. La PlayStation 2 a après tout marqué l’ère des mondes plus ouverts, plus libres, à l’image de GTA III. De même, l’aspect cinématique des jeux vidéo s’est renforcé pendant cette période, et les mascottes ont progressivement perdu l’attrait qu’ils avaient eu pendant les ères 8/16/32 bits. Une telle transformation aurait permis à Crash Bandicoot de s’affranchir de ses aspirations “rétro” pour trouver un regain de vie correspondant aux attentes des consommateurs modernes.
Il n’en a tristement rien été. Pour s’affranchir de Sony, Universal Interactive s’est tourné vers Konami en fin 2000 pour la publication des futurs titres de la série Crash. Le développement de ce nouveau titre est passé dans les mains de Traveller’s Tales, un studio de développement réputé pour avoir créé Mickey Mania et Toy Story 2 entre autres. Mark Cerny, lui, a quitté Universal pour former sa propre entreprise de consultation en 1998, et a travaillé par la suite en lien serré avec Sony.
Sans cette tête pensante pour pousser à la prise de risque, Universal a choisi de recentrer Crash Bandicoot 4… relativement drastiquement. L’ambition du titre a été revue à la baisse pour ne plus intégrer de monde ouvert, tout d’abord. Et comme en témoigne la comparaison entre le document de game design créé par Traveler’s Tales et le jeu final, ce dernier a connu bien des changements avant d’atteindre la forme qu’on lui connaît aujourd’hui.
Ainsi, même en l’absence de Naughty Dog, Crash Bandicoot ne se dirigeait pas forcément dans la mauvaise direction. Mais hélas, et comme bien trop souvent sur le marché des jeux vidéo, les décisions pécuniaires ont eu raison des bonnes idées créatives. Fort heureusement, Crash Bandicoot 4: It’s About Time semble être entre de biens meilleures mains, et la volonté d’en faire le véritable Crash 4 prouve sans le dire que l’éditeur cherche à effacer des mémoires les titres Universal. Avec tout le respect que l’on doit aux développeurs qui ont succédé à Naughty Dog chez Universal, c’est là peut-être un mal pour un bien.