Cyril Despres : « Ce n’était pas concevable de ne pas les aider »
Avec Mike, on a repris la route et au bout de quelques kilomètres, je lui ai qu’on ne pouvait plus continuer. Notre Dakar s’arrêtait là. Ce n’était pas concevable d’être des mentors, des coaches et ne pas aider jusqu’au bout ceux avec qui on partage l’aventure. Nous n’avions plus rien à prouver, plus rien à gagner alors que « Mitch » et Ola devaient poursuivre leur apprentissage.
Despres au volant du buggy OT3 sur la septième étape du rallye Dakar 2020
© Marcelo Maragni/Red Bull Content Pool
« Paulo Gonçalves, c’était un guerrier »
Alors, le soir au bivouac, on a démonté notre moteur et on l’a monté sur leur voiture. Nous n’avions que deux moteurs de rechange au départ. Ce n’était pas possible de prévoir le pire, d’autant qu’on n’avait jamais eu d’alerte les mois précédents. Peut-être que la qualité de l’essence, ici en Arabie Saoudite, est en cause. Il n’y a pas à avoir de regrets, ni à être déçu. Notre projet est jeune, l’aventure a été rapide : l’équipe a été constituée en mars, les voitures ont vu le jour en septembre et elles ont été transportées en décembre. Mais les jeunes du team Red Bull Junior Team donnent tout. « Mitch » a été le plus rapide ce lundi. Ils peuvent gagner toutes les étapes jusqu’à l’arrivée. Ce sera leur victoire, et la nôtre.
Mike Horn : « On fait du sport pour le plaisir, pas pour souffrir »
« Ce qui est paradoxal, c’est que plus tu te rapproches de la mort, plus tu te sens vivant. C’est ce qui anime tous les gens qui sont ici, au bivouac, et qui sont fortement conscients des risques qu’ils prennent. Avant les expéditions où l’on s’apprête à grimper à 8000 mètres d’altitude, nous savons dès le camp de base qu’une personne sur trois ne redescendra pas. Quand tu acceptes ça, c’est plus facile de traiter avec la fatalité inhérente à l’existence. Malgré tout, mourir en faisant ce qu’on aime a davantage de sens malgré la peine que cela suscite. J’ai perdu beaucoup de gens dans ma vie, que ce soit dans les sports que j’ai pratiqués ou parmi mes proches. J’ai développé une sorte de carapace afin de m’aider à vivre ces moments durs.
Cyril Despres et Mike Horn mangent pendant le jour de repos du Dakar 2020
© Flavien Duhamel/Red Bull Content Pool
« Nous, on doit s’attacher à transmettre »
La carapace, ici, c’est la famille du Dakar. Il s’agit d’une famille qui partage tout : les mêmes émotions, les mêmes objectifs, le même lieu de vie et une expérience commune, que l’on ne vit nulle part ailleurs. Tout le monde est concerné par le décès de Paulo Goncalves parce qu’il faisait au quotidien ce que tout le monde rêve de faire. C’est ce qui explique la difficulté à accepter les drames. On fait du sport pour le plaisir, pas pour souffrir.
En ce qui nous concerne, d’un point de vue sportif, on a réussi à repartir après notre problème mécanique en première semaine. On avait retrouvé la piste. On roulait à un bon rythme. Dimanche, on était même 2e provisoire. Sauf que « Mitch » a eu un problème mécanique. On l’a aidé, on a tenté de trouver une solution. C’est aussi ça le Dakar. Et c’était normal de lui donner notre moteur, de lui permettre de continuer son apprentissage. C’est la première fois qu’il y participe et il démontre qu’il faudra compter sur lui dans les années à venir. Nous, on a vécu d’autres expériences et on doit surtout s’attacher à transmettre. Il est jeune et a un avenir radieux devant lui. Nous, nous sommes des vieux cons ! (rires) »
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