Le premier champion du monde britannique depuis Richard Burns ?
© Patrik Lundin/Red Bull Content Pool
WRC
WRC : le cadet Evans
Leader du général en WRC, Elfyn Evans n'avait pourtant gagné qu'une épreuve avant cette saison de rallye tronquée. Voyage dans les pas d'un modeste qui a toujours été considéré comme l'outsider.
Écrit par Etienne Caillebotte
Publié le
On l'a dépeint comme le coéquipier idéal, un gars humble ou l'éternel espoir. Comme un « pilote normal » qui, dixit son site officiel, ne « mène pas de vie de superstar à Monaco, préférant son environnement naturel du beau milieu du Pays de Galles ». Bref, quelqu'un dont on loue les qualités humaines et la régularité, mais qui restera inévitablement dans l'ombre du trio composé d'Ogier, Tänak et Neuville.
Alors, quand un journaliste d'AutoHebdo lui a demandé, en marge de son officialisation chez Toyota, s'il jugeait satisfaisant de comptabiliser un succès en WRC contre douze pour le Belge et l'Estonien en plus de participations, Elfyn Evans a rappelé que son parcours ne se résumait pas qu'aux statistiques. Et qu'il avait parfois joué de malchance, aussi. « Je n'avais pas la moindre idée de mon nombre de départs en WRC. Ce genre de chiffres ne m'intéresse pas, plaide-t-il. « Par contre, il est évident qu'au point où j'en suis dans ma carrière, j'aurais aimé avoir conquis plus d'une victoire et neuf podiums. J'en attendais plus, plus vite et plus tôt, mais tout n'a pas toujours été évident. Chacun suit sa route comme il peut, bien plus que comme il veut. (…) À plusieurs reprises, au cours des campagnes passées, j’ai eu le sentiment de ne pas recueillir le résultat de mes efforts.»
L'actuel leader du championnat du monde WRC, Elfyn Evans a surpris tout le monde au Rallye de Monte-Carlo 2020.
Elfyn Evans a surpris tout le monde au Rallye de Monte-Carlo

TGV Monte-Carlo

Les actes sont plus éloquents que la parole, et le Gallois avait à cœur de déjouer les pronostics. Comme au rallye de Monte-Carlo où, pour sa première course au volant d'une Toyota Yaris, il a survolé les débats avant de craquer le dimanche. Une épreuve référence pour lui, mais « une surprise pour tout le monde » selon son boss Tommi Mäkinen, qui devait se féliciter de lui avoir fait confiance après une saison gâchée par une blessure au dos.
J'en attendais plus, plus vite et plus tôt, mais tout n'a pas toujours été évident. Chacun suit sa route comme il peut, bien plus que comme il veut.
Puis les semaines ont passé, et il est devenu de plus en plus difficile de feindre la surprise. Surtout après la Suède, où Elfyn Evans est devenu le premier britannique à s'imposer sur une épreuve historiquement promises aux nordistes. Un exploit dont Richard Burns ou Colin McRae ont rêvé, en vain. En écrivant une page de l'histoire, le pilote de 31 ans est surtout devenu un sérieux prétendant au sacre. Un rebond inespéré, sauf pour ceux qui l'ont côtoyé. « Nous l'avons vu venir quand il a pris [le leadership] de l'équipe après le départ de Seb en 2018. Elfyn a fait de beaux coups d'éclat avec nous l'an dernier » rappelle Richard Millener, son ancien directeur technique chez M-Sport. « Il a une véritable chance pour le championnat, car il est très régulier. C'est la grande qualité d'Elfyn, il ne fait pas d'erreurs, presque jamais »
Elfyn Evans a remporté le Rallye de Suède, manche du championnat du monde des rallyes WRC 2020.
Une victoire historique en Suède
Il fallait que je comprenne que je n'étais pas là pour copier Seb, je suis là pour travailler de mon côté.

Couru d'Evans

Pourtant, Elfyn Evans le promet : le renouveau ne date pas d'hier. Enfermé dans un rôle de soutien de Sébastien Ogier chez M-Sport jusqu'au départ de ce dernier, le Gallois gagne en confiance depuis plusieurs mois. Et les statistiques le confirment : depuis la fin d'année 2018, il a toujours accroché l'une des six premières places des rallyes auxquels il a participé. C'est encore mieux cette année, puisqu'il a toujours figuré dans le top 4 et reste le seul pilote du championnat à avoir remporté deux épreuves. Cette montée en puissance, son employeur l'a clairement anticipé. En affirmant, dès le début de saison, qu'il n'accorderait aucun traitement de faveur à l'un de ses pilotes. Sur un pied d'égalité avec la légende, enfin : « Il y a trois ans, je pensais : 'Seb veut ça, il est champion du monde donc ça ne peut pas être mauvais'... Mais en réalité il fallait que je comprenne que je n'étais pas là pour copier Seb, je suis là pour travailler de mon côté. » raconte-t-il à Motorsport.com.
Elfyn Evans a rappelé que son parcours en WRC ne se résumait pas qu'aux statistiques. Et qu'il avait parfois joué de malchance, aussi.
Dernière ligne droite
S'il reste (un poil) plus jeune que ses rivaux, à 31 ans, le temps presse pour Elfyn Evans. Et avec 14 points d'avance sur Sébastien Ogier dans la dernière ligne droite, il n'a jamais été si proche du but. « Il doit forcément cogiter plus que d'habitude, rappelle le pilote français dans les colonnes de L'Equipe. La fameuse peur de gagner existe, c'est une situation nouvelle pour lui et ce n'est jamais évident à gérer. Mais je préférerais tout de même être dans sa position plutôt que dans la mienne ». L'histoire serait belle pour un homme qui a relevé la tête après avoir été rétrogradé en WRC-2 en 2015, faute de résultats. Et un tel dénouement permettrait qu'au moins une personne, sur cette planète, garde un bon souvenir de 2020.