Gaming
Devenir joueur professionnel après ses 25 ans, c’est possible, et Julian “ENEMY” Blin en est la preuve. Après plus de dix ans d’expérience sur les jeux compétitifs, ce dernier s’est lancé à plein-temps dans l’esport en 2017. Depuis, il s’entraîne avec l’espoir de devenir un jour le meilleur de sa catégorie.
Graine de champion
Il y a 11 ans, Julian s’est lancé sur la licence Rainbow Six avec son coéquipier Jean « RevaN » Prudenti, avec le premier R6 Vegas. Aujourd’hui, les deux amis jouent encore ensemble, puisqu’ils sont dans la même équipe. Une longue amitié : « Sur Vegas 1, j’ai participé à toutes les compétitions avec RevaN. Mais ensuite, on a lâché la console et on a essayé de percer sur League of Legends ensemble », nous raconte-t-il. À la sortie du MOBA, les joueurs hardcore y voient déjà le prochain grand jeu esport qu’il deviendra. Julian et Jean ne sont pas les seuls joueurs R6 à être passés par le jeu de Riot Games : le joueur le plus titré au monde sur le FPS d’Ubisoft, Niclas « Pengu » Mouritzen, s’y est également essayé à ses débuts.
En 2016, Rainbow Six Siege sort et Julian l’achète dès les premiers jours. Lui et la communauté de la licence attendaient ce jeu avec impatience, qui est décrit par Ubisoft comme un jeu très compétitif. Ce dernier passe ses soirées dessus et remporte ses premiers titres 3 mois après sa sortie chez Aera eSport, que ce soit des tournois en ligne (les GO4) ou sur scène (DreamHack Tours). Le joueur monte ensuite sur le podium à deux reprises en Pro League Europe (la ligue européenne). Pour Julian, sa rapide intégration dans la scène compétitive s’explique par son expérience d’autres jeux : « Il y a une base commune entre les jeux auxquels j’ai joué, et je pense que chacun m’a apporté un game sense qui me sert dans Rainbow Six Siege ».
À côté des compétitions, Julian est agent immobilier. Il travaille la journée et joue tous les soirs, ce qui lui impose un rythme soutenu. Mais fin 2017, il décide d’arrêter son travail provisoirement, avec l’accord de son patron, pour se lancer à corps perdu dans l’esport. Il rejoint ensuite Vitality, mais c’est début 2018 qu’il engrange des revenus suffisants en rejoignant Mock-It.
Au cours de l’année, le joueur gagne en vitesse jusqu’à rejoindre PENTA. Lui et ses coéquipiers arrivent pour remplacer la meilleure équipe au monde, qui a été rachetée par G2. Et il n’arrive pas tout seul dans l’équipe. En effet, il y est aux côtés de RevaN : ils sont les deux seuls français de l’équipe, après que Panix, le troisième francophone, l’ait quittée. Ils doivent alors mettre leur langue maternelle de côté pour celle de Shakespeare : « Comme l’anglais n’est pas notre langue natale, on ne dit que le strict minimum. Sur Rainbow Six Siege, il n’y a pas le temps de parler et je trouve qu’entre français, on discute trop entre nous. Là, ça va dix fois plus vite. » Pas un obstacle pour Julian, donc. Mais l’équipe doit construire une synergie solide malgré les différentes nationalités.
Prendre le rôle de capitaine
« On a fait le choix de ne pas vivre ensemble. Le matin, on se lève, on regarde les derniers résultats, des matchs, des tips sur YouTube… après, on s’entraîne contre des équipes, on debrief et on repart pour des entraînements ». Chaque jour, Julian passe des heures à regarder et à jouer à Rainbow Six Siege. Son équipe se compose de 4 autres joueurs, ainsi que de Jessica « Jess » Bolden, qui est à la fois coach et analyste. « Elle analyse les adversaires et nous dit ce que l’on doit améliorer. Elle nous bouge aussi quand on en a besoin ; on a aussi Felix et Denis qui font partie du staff et nous accompagnent sur des événements. Leur présence compte beaucoup », ajoute Julian.
Chaque joueur sur Rainbow Six Siege a un rôle bien précis, qui est déterminé par le tempérament et les points forts du joueur. En ce qui concerne Julian, ses forces sont sa polyvalence et sa prise de décision. Au sein de PENTA, Julian est l’équivalent du meneur de jeu en sport : il est le leader ingame. « Je décide de la stratégie à adopter avant que le round ne commence. En attaque, je passe 2 minutes à utiliser le drone et je donne les informations à mes coéquipiers, puis je les rejoins et j’ouvre des murs renforcés, avec mon opérateur principal qui est Thermite ». C’est également lui qui transporte le kit pour désamorcer la bombe, et offre la victoire à l’équipe attaquante quand l’objectif est atteint.
« Chaque personnalité correspond à un certain rôle sur Rainbow Six. Moi, c’est dans mon caractère de vouloir diriger les choses. Mais Blas, par exemple, est un opener-fragger. Il est agressif, dès qu’il sait où est un ennemi, il ne cherche pas à comprendre et va trouver un moyen de l’éliminer ». Ainsi, chaque membre a un rôle essentiel dans la stratégie globale de l’équipe. La communication en jeu est donc importante, encore plus quand ces derniers s’entraînent à distance. Mais plusieurs fois par an, ils peuvent se retrouver à l’occasion de tournois sur scène : et avant de s’y réunir, ils organisent plusieurs semaines de « bootcamp » où les joueurs s’entraînent ensemble de façon intensive. C’est notamment le cas du tournoi le plus important de l’année : le Six Invitational. Organisé dans le stade Place Bell de Montréal en mi-février, il a rassemblé les 16 meilleures équipes au monde… dont les européens de PENTA.
Viser l’excellence
Le Six Invitational a lieu dans la ville de naissance du jeu : Montréal, au Canada. « Ça peut arriver d’être mauvais, mais là, c’est le moment où on doit être à 300% ». Le tournoi est l’équivalent de la Coupe du Monde : les enjeux sont au plus haut, les compétiteurs n’ont pas le droit à l’erreur. Julian et PENTA s’y sont qualifiés, mais la compétition aura été de courte durée et l’aventure s’arrêtera sur la phase de groupes, aux portes des playoffs. « On aurait aimé gagner évidemment, mais maintenant, on va se focaliser sur la Pro League ».
La compétition a finalement été remportée par l’équipe à l’écrasante domination sur la scène depuis plus d’un an : G2 Esports. De son côté, PENTA doit se remettre de son élimination pour revenir plus forte dans la ligue européenne. Mais s’il est difficile de construire une synergie d’équipe en préparation d’un tournoi, il est encore plus dur de la maintenir après une défaite. Pour Julian, il y a des bons réflexes à adopter : « il faut prendre et jeter toutes les idées qui viennent après une défaite. Parfois, ça prend une journée ».
Il explique que l’équipe ne doit pas se focaliser sur tous les détails et erreurs qui causent une défaite, même si elle doit discuter de ce qui doit être amélioré. C’est un juste milieu qui s’avère difficile à atteindre pour beaucoup d’équipes. De son côté, Julian positive, sans oublier son objectif qui est d’être au sommet de l’excellence. « Il ne faut pas oublier que l’on est parmi les 16 meilleures équipes au monde. C’est frustrant d’être entre deux niveaux, mais on va travailler et on va finir par réussir ! »