F1

F1 : la guerre des simulations

© Red Bull Racing/Red Bull Content Pool
Écrit par Red Bull France
F1 2019 ne plait pas à tout le monde, à commencer par Max Verstappen, qui a décidé de ne pas participer au championnat de F1 virtuel. Mais pourquoi ? Et à quoi jouent donc les pilotes ? Enquête.
« Quitte le jeu et jette-le à la poubelle. » Max Verstappen n’est pas le genre d’homme qui mâche ses mots sur les circuits, et son quotient de mastication n’augmente pas lorsqu’il parle gaming. Son interlocuteur du jour ? Lando Norris, le jeune pilote McLaren venu lui demander des conseils techniques après une déconnexion surprise sur F1 2019, lors du deuxième Grand Prix virtuel de la saison début avril.
La scène, entièrement diffusée sur Twitch, a fait du bruit mais pas étonné grand monde. Deux semaines plus tôt, Norris avait déjà subi un crash – informatique – sur le premier GP, et il n’en fallait pas beaucoup plus pour que le britannique désinstalle carrément la simu de Codemasters, sur les bons conseils de la hotline Verstappen.
De retour pour le GP d’Espagne le 10 mai, il a cette fois réussi à prendre le départ… avant de disparaître de nouveau au bout de quelques tours. Parti en P13, il avait reçu une pénalité et surtout subi une nouvelle déconnexion pendant les qualifs.

Norris et Verstappen : l’alliance rebelle

Lando Norris aurait-il donc uniquement des problèmes de wi-fi ? Pas vraiment. Comme beaucoup de pilotes, le surdoué a surtout du mal avec F1 2019 : « C’est plus un jeu d’arcade [qu’une vraie simulation]. » déclarait-il récemment. « Tu ne pilotes pas comme tu le ferais avec une vraie voiture […]. Sur F1 et Gran Turismo – surtout sur Gran Turismo, qui est horrible - tu glisses tout le temps. »
Même son de cloche pour Romain Grosjean, qui « a essayé » le jeu, mais n’a « pas trop aimé », et donc refusé de participer au championnat virtuel. « Il manque la sensation de vitesse et le feeling du châssis […] Je sais que la F1 veut que je vienne, et j’aimerais le faire, mais si je suis à deux secondes du rythme, c’est un peu dur. »
Une réponse diplomatique qui rejoint celle de Max Verstappen au site Ziggo Sport avant la saison : « Je ne participerai pas au championnat. Avant tout parce que je ne joue pas à ce jeu. Il me faudrait des jours et des jours m’améliorer. » avait déclaré le pilote Aston Martin Red Bull Racing, un peu moins direct qu’avec son pote Lando. « Je cours toujours pour gagner. Si c’est pour rester derrière, je préfère ne pas concourir du tout. »

Des feats, du fun, et des camions

Si la majeure partie des pilotes a préféré tourner le dos au championnat virtuel, certains répondent à l’appel lors de chaque course, ou presque. D’Alexander Albon à Charles Leclerc en passant par Antonio Giovinazzi, ils étaient encore 6 sur la grille du GP d’Espagne, d’ailleurs remporté par l’un d’entre eux : George Russell.
Alex Albon sur la piste catalane
Alex Albon sur la piste catalane
Parce que réaliste ou pas, la compét à la sauce Codemasters serait le meilleur moyen de rester en forme. Ne serait-ce que psychologique. C’est en tout cas ce que pense Charles Leclerc : « le côté mental est beaucoup plus intense [que dans la vraie vie] » explique le monégasque.
« On ne se prend pas de G comme dans une vraie voiture mais je transpire comme jamais. » poursuit le pilote Ferrari, avant de confier que l’esport est aussi un bon moyen de rester en contact avec ses homologues : « Depuis qu’on est arrivés en F1, avec George (Russell) et Alex (Albon), on est hyper occupés et on n’a pas vraiment le temps de se parler. Là, on peut se retrouver, et pas forcément uniquement sur F1. On s'est aussi coursé sur des simulateurs de camions, c’était marrant. »

La référence Iracing

Ok, Charles le routier, mais cela signifie-t-il que les autres pilotes sont condamnés à faire leur propre pain et des squats en caleçon pour s’occuper jusqu’à la reprise du championnat ? Non. À son image, des pilotes comme Norris et Verstappen sont également capables de passer plusieurs par jour devant leur rig. Mais leur sim de choix s’appelle iRacing.
Le set up du simulateur de Max Verstappen comprend un siège de course type F1, un retour de force Bodnar SimSteering, un volant Precision Sim Engineering, des pédales Heusinkveld et quatre écrans.
Le setup de Max Verstappen, au coin
Des circuits scannés au laser pour enregistrer le moindre millimètre de piste, des dizaines de véhicules allant de l’engin de GT à la F1 en passant par la Formule Renault (tous modélisés au détail près), 6 catégories échelonnées de rookie à pro, des dizaines de milliers de membres actifs : Iracing n’est pas un jeu. C’est un monde en soi, flippant de réalisme.
D’ailleurs, cette simu en multi uniquement online - lancée en 2008 et initialement destinée aux seuls pilotes - n’est clairement pas faite pour les casu qui veulent se payer 20 tours à Monaco toutes les deux semaines. Entre abonnement obligatoire et notation impitoyable (une roue en dehors de la piste, et vous perdez un point de sûreté qui peut vous empêcher d’accéder à la catégorie supérieure), Iracing demande du temps, de l’argent, et du talent.
Bref, rien qui ne puisse effrayer Max Verstappen, membre du Team Redline (tout comme Lando Norris), vainqueur des 24 heures de Spa Iracing en juillet 2019 et détenteur d’un record du monde (battu sur le Charlotte Motor Speedway 6 mois avant Spa). Fin mars, notre ami batave s’est d’ailleurs payé une nouvelle victoire sur le GP d’Espagne dans la série Real Racers Never Quit.
Et le reste du temps ? Il le passe sur rFactor, une autre simulation d’élite (d'ailleurs utilisée par les écuries il y a quelques années) qui lui a notamment permis de courir un GP d'Australie virtuel suivi par plus de 500 000 personnes (oui) en mars dernier.

Le salaire de la peur

Mais une question se pose. Le sim racing, pratiqué à ce niveau-là, peut-il permettre aux pros de progresser IRL ? Lando Norris : « Il y a un telle variété de véhicules dans ces jeux… J’ai passé la majeure partie de ma carrière dans des monoplaces, et pouvoir essayer de nouveaux engins est vraiment utile. Bon, après, piloter une Supercar V8, ça n’a rien vraiment rien à voir avec une F3, par exemple, mais tu apprends des tas de trucs qui peuvent t’aider, oui. »
De là à pouvoir faire office de tremplin pour les amateurs ? Si le coéquipier de Verstappen et Norris chez Redline, Rudy Van Buren, est devenu pilote de simulateur chez McLaren après avoir brillé en ligne, ou qu'un gamer comme Jann Mardenborough a rejoint une écurie de GP3 après avoir gagné la Nissan GT Academy il y a quelques années, Norris est formel : « Tous les pilotes de sim ne sont pas forcément bons ailleurs. Dans la vraie vie, tu as peur. Et la peur, on ne la sent pas dans un simulateur. » Peut-être la raison pour laquelle Max Verstappen dit, malgré tout, "préférer la vraie course."
Carlos Sainz abonde, et ajoute que pour passer du virtuel au réel, il faut « avoir une certaine condition physique et des skills que tu ne pourras jamais acquérir en restant assis à la maison. » L’Espagnol, qui a récemment affronté Esteban Ocon sur GT Sport, semble jouer faute de mieux, pour « entretenir [son] esprit de compétition. »
Et ça, Lewis Hamilton l’a bien compris. Mais si le taulier de la F1 a récemment déclaré ne trouver « aucun avantage » au sim racing, il a néanmoins dû se mettre à Gran Turismo (partenariat oblige) en solo, et s’est trouvé le meilleur adversaire qui soit : lui-même. « J’ai essayé de battre mes propres tours. C’était extrêmement frustrant car ils étaient très bons, je trouve. » Et là-dessus, au moins, tous les pilotes de F1 seront d’accord.
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