F1

Vladimir Rys : éloge de la lenteur en F1

© Dave Clancy
Écrit par Vladimir Rys
La Formule est un spot de vitesse, puissant et à forte intensité dramatique. Mais pour parvenir à en capturer le meilleur, le photographe Vladimir Rys fait exactement le contraire depuis 15 ans.
Né à Prague en République Tchèque, Vladimir Rys est un photographe de renom de la Formule 1. Il a commencé à prendre des photos dès l'âge de 15 ans et s’est rapidement taillé une solide réputation parmi les photographes les plus reconnus du petit monde de la F1. Il a ainsi remporté de nombreux prix, dont celui de photographe de l’année en 2008, décerné par le Red Bulletin.
Rys explique sa carrière ci-dessous avec ses propres mots. La clé de son succès dans le sport automobile le plus rapide au monde réside paradoxalement dans l’approche particulièrement lente qu’il en fait.
Mon premier rêve d'enfant était d'être caméraman. J'ai donc commencé à lire des livres sur le sujet dans une bibliothèque publique. Quand j’ai terminé les ouvrages sur la cinématographie, j’ai opté pour ceux sur la photographie. Et c’est là que j’ai soudainement trouvé ma passion dans ces moments capturés pour l’éternité, immobiles. Tout est dit dans une photo.
Ma première photo sportive était celle de Diego Maradona lors de la Coupe du monde de 1986. J’étais dingue de ce type quand j’étais enfant. Pendant un match, il a subi une faute et mon père m’a alors donné un Kodak en me disant : « Prends ça en photo ». J'ai pris deux photos de la télévision quand on voyait son célèbre maillot siglé du numéro 10. Mais je ne les ai jamais faites tirer.
Le photographe de F1 Vladimir Rys est concentré sur sa caméra lors du Grand Prix de Formule 1 des États-Unis à Austin.
En pleine concentration à Austin
Portrait du pilote de Formule 1 thaïlandais Alexander Albon capturé par le photographe de F1 Vladimir Rys.
Alexander Albon photographié par Vladimir Rys
Mon premier bon appareil photo était celui de mon grand-père. Il était photographe professionnel, mais je ne l'ai jamais rencontré, car il est décédé quand j'avais un an. J'ai découvert son appareil photo quand j'avais 13 ou 14 ans.
Mon premier appareil photo était celui de mon grand-père. Il était photographe professionnel
Vladimir Rys
Au moment où vous publiez votre première photo quelque part, c’est forcément un instant particulier. Je me souviens clairement de la mienne. Elle avait été publiée en première page d'un journal. J'en ai tout de suite acheté 10 exemplaires. C’est à ce moment-là que j'ai réalisé que je pourrais probablement faire ce métier, même si cette photo était loin d’être parfaite.
Le photographe de Formule 1 Vladimir Rys prend des photos lors du Grand Prix de F1 des États-Unis à Austin au Texas.
Vladimir Rys le 2 novembre à Austin
Une Formule 1 Aston Martin Red Bull Racing capturée par le photographe Vladimir Rys lors des essais du Grand Prix de F1 des États-Unis.
Une monoplace Aston Martin Red Bull Racing pendant les essais
Je ne suis pas vraiment un photographe de sport qui chercher à capturer le moment clé comme le but ou le touchdown. Je vais davantage dans les coulisses pour essayer de trouver l’image qui raconte l'histoire d'une manière différente.
Mon objectif principal est que l'image soit vivante. Si je me suis bien préparé et que le sujet passe au bon endroit au bon moment, il en résulte forcément une image particulière. C'est l'objectif de chaque photographe. C'est un processus tellement excitant. J'aime vraiment ça. Vous savez que vous allez avoir quelque chose de bien au moment même où vous appuyez sur le bouton. Mais au final, je ne me satisfais jamais de mes photos. J’espère toujours que la prochaine sera la meilleure.
Je ne me satisfais jamais de mes photos. J’espère toujours que la prochaine sera la meilleure.
Vladimir Rys
Au début, la Formule 1 ne m'intéressait pas. Aujourd’hui j’adore ça, mais à l’époque, je n’en avais pas la moindre idée. La photographie sportive, en particulier en Formule 1, est un défi de taille, car vous devez toujours être à la pointe au niveau technique. Vous devez réagir rapidement.
En tant que photographe, vous essayez toujours de mettre le ressenti que vous avez à un moment clé dans une photo. Vous essayez de réfléchir à la manière de mettre cela dans une image. Que ça rende le mieux possible et surtout que ça raconte une histoire. C’est ce qui me passionne toujours, peu importe le sujet que je photographie.
Le défi est toujours le même: raconter une histoire avec une image simple, qu’il s’agisse d’un défilé de mode, d’enfants sud-africains jouant au football, d’une manifestation, d’un match de football ou d’une course de Formule 1.
Pour photographier une Formule 1, vous devez être lent, suivre la voiture et être précis au moment de déclencher. C’est principalement une question de concentration. Vous suivez le rythme d’une voiture et vous voyez quelle monoplace roule sur quelle ligne du circuit. Je me prépare donc pour une voiture spécifique au moment où elle s’approche. Je retiens mon souffle et j’essaie d’être aussi fluide que possible, tout en évitant les faux mouvements.
Pour photographier une Formule 1, vous devez être lent, suivre la voiture et être précis au moment de déclencher. C’est principalement une question de concentration
Vladimir Rys
Le photographe de renom de la Formule 1 Vladimir Rys se prépare pour la prochaine séance de photos lors du Grand Prix des États-Unis de F1.
Vladimir se prépare pour la prochaine séance
Vladimir Rys photographie le pilote de F1 Max Verstappen dans sa monoplace Aston Martin Red Bull Racing lors du Grand Prix des États-Unis de Formule 1.
Max Verstappen pendant les essais à Austin
Vous devez vous accorder mentalement avec la voiture. C'est une sorte de nirvana. Cela prend 10 minutes pour y entrer, mais ensuite vous vous déconnectez de tout le reste et vous vous sentez comme dans un tunnel. Je mets des bouchons d'oreille et n'entends que le bruit des voitures qui passent.
En piste, je passe 70% de la séance à suivre ce qui se passe sans même utiliser mon appareil photo. Je suis beaucoup mon instinct et si votre instinct est juste, il faut lui faire confiance. Ne vous lancez pas dans une photo dont vous connaissez déjà le résultat à l’avance mais osez tenter une image dont vous ne maîtrisez pas le résultat. C’est celle-là qui pourrait être géniale.
Ne vous lancez pas dans une photo dont vous connaissez déjà le résultat à l’avance mais osez tenter une image dont vous ne maitrisez pas le résultat. C’est celle-là qui pourrait être géniale.
Vladimir Rys