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F1 : Le mystère Italien

© Force India Media F1
Peu de pilotes, plus de champions du monde et encore moins de vainqueurs de Grand Prix : la F1 transalpine va mal, et depuis longtemps. Mais pourquoi, au juste ? Tentative d'explication.
Écrit par Red Bull FrancePublié le
Avec deux Grands Prix déjà courus à Monzaet au Mugello en septembre et une course à venir sur le mythique circuit d’Imola le 1er novembre 2020, l’Italie est tout simplement le pays le plus représenté du calendrier de la F1 cette année. Ce qui n’est pas illogique, puisque la botte reste l’un des plus grands temples de la vitesse internationaux.
Seulement voilà : si elle a réussi à placer une centaine de pilotes sur les grilles de F1 entre 1950 et 2020, l’Italie espère toujours un titre de champion du monde depuis le deuxième sacre d’Alberto Ascari en 1953. Pire encore : aucun Italien ne s’est imposé en course depuis Giancarlo Fisichella en 2006. Et inutile de dire qu’Antonio Giovinazzi - seul transalpin engagé parmi l’élite cette année - ne semble pas incarner une relève que l’on attend toujours dans les catégories inférieures. Ok, mais pourquoi ?

Une Scuderia à double tranchant

Quel est le problème au pays de Ferrari ? Peut-être bien la Scuderia elle-même : « Toute notre tradition, notre culture du sport auto, est centrée sur Ferrari, et pas vraiment sur les pilotes. » soupire Giorgio Terruzzi, journaliste, auteur et encyclopédie locale du motorsport. Un constat qui fait écho à celui du pilote Emanuele Pirro en 2015, dans les colonnes de Motorsport : « Ferrari est une arme à double tranchant. [l’équipe] draine beaucoup d’attention, et cela enlève de la visibilité pour les pilotes des catégories inférieures. L’amateur italien est fan de Ferrari et fan de F1, mais il ne sait pas vraiment ce qu’il y a d’autre. C’est très différent de l’amateur de sport auto britannique, qui est très connaisseur. »
Aucun pilote de F1 Italien ne s’est imposé lors d'une Grand Prix de Formule 1 depuis Giancarlo Fisichella en 2006.
Fisichella lors du Grand Prix d'Espagne 2010
Pointant également le fait que « les jeunes italiens ne sont plus fans de sport auto comme par le passé », Giorgio Terruzzi soulève cependant d’autres problèmes. Le premier d’entre eux ? L’argent. Evidemment. « Nous avons eu pas mal de très bons pilotes de kart qui ont failli gagner le championnat du monde » explique-t-il. « Mais ils n’ont pas assez de fonds pour continuer. Rouler en F2 ou en F3, c’est très cher. » Résultat : peu de jeunes accèdent aux monoplaces, et une fraction encore plus réduite de ces élus parvient à caler ses fesses dans un baquet : « Ça aussi, c’est un problème » poursuit Giorgio la Science. « Les écuries de F1 ne font pas assez de tests avec les jeunes pilotes. Certains n’ont donc pas l’opportunité de rouler ne serait-ce qu’une fois, et d’autres débarquent en F1 sans être prêts ! Quand vous n’avez pas le talent explosif d’un Verstappen, qui était prêt le début, vous devez prendre le temps d’apprendre. »

Dans le sillage de la MotoGP

Mais pour avoir le droit de progresser, encore faut-il être repéré et formé : « Nous avons trop peu d’écoles dans lesquelles les pilotes peuvent apprendre les bases » constate Giorgio. Ce qui n’est pourtant pas le cas dans d’autres disciplines, comme le MotoGP : « Valentino Rossi, par exemple, a créé sa propre académie [la VR46 Riders Academy, en 2013 ndlr.] Et nous avons donc beaucoup de jeunes talents qui débarquent en Moto2 et Moto3. » L’idée ? Singer le système ibérique : « L’Espagne a investi beaucoup d’argent et d’énergie pour créer des structures, et ils ont aujourd’hui d’excellents pilotes dans toutes les catégories. » Et en F1 ? « Ils ont surtout eu beaucoup de patience avant de voir débarquer Alonso. Et Sainz aujourd’hui. À nous, aussi, de savoir attendre. »
Une attente qui pourrait d’ailleurs être courte, si l’une des plus jeunes pépites de la botte parvenait à se faire un nom rapidement : « J’ai beaucoup entendu parler de ce gamin sicilien, Gabriele Mini [un champion de kart passé en F4 en 2020], qui a l’air bon dans toutes les catégories. » Le problème ? « Ça ne veut absolument rien dire. Nous avons déjà eu, par le passé, de jeunes pilotes fantastiques qui n’ont finalement rien donné. C’est souvent un problème de mental. Il n’y a pas que la vitesse qui compte. Pour devenir un champion, il faut être concentré sur le sport dès 12 ans, et ne pas se laisser distraire par diverses choses, comme les petites amies ou l’argent. Les garçons qui ont ce genre de mentalité sont rares. » Oui, mais ça, c’est vrai partout, cher Giorgio.
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