Max Verstappen et son père Jos Verstappen
© Sandro Zangrando/Red Bull Content Pool
F1

C’est une bonne situation ça, fils de pilote ?

Villeneuve, Rosberg, Verstappen : plus d'une dizaine de pilotes ont imité leurs aînés en atteignant la F1. Et si certains ont forgé leur propre légende, d'autres n'ont pas réussi à gérer cet héritage.
Écrit par Etienne Caillebotte
Publié le
On peut cumuler les titres mondiaux, être considéré comme le plus grand pilote de l'histoire et rester inquiet pour l'avenir de ses enfants. En 2003, Michael Schumacher espérait que son fils Mick, alors âgé de 4 ans, emprunte un chemin différent du sien. Conscient du « fardeau que peut représenter son nom », après avoir vu son frère Ralf souffrir de la comparaison.
Problème : biberonné à l'huile de moteur, Mick n'a pas tardé à vouloir imiter le père. Alors il a trouvé une parade : utiliser, dès l'âge de 12 ans, des noms d'emprunts lors des compétitions de karting. Pour « progresser et franchir les échelons en toute discrétion » raconte-t-il à l'Equipe, mais surtout ne « pas être vu comme un fils de ». Jusqu'au jour où il a été capable d'assumer, à force de travail : « Aujourd'hui, je n'ai absolument aucun problème à porter ce nom si prestigieux, explique-t-il. La pression, elle vient seulement de moi et pas de l'extérieur, je me la mets moi-même afin de réaliser une belle carrière. »
Leader du championnat de Formule 2 et annoncé chez Haas ou Alfa Romeo, deux écuries motorisés par Ferrari dont il est l'un des protégés, Mick Schumacher pourrait bientôt découvrir la catégorie reine.
Les débuts de Mick Schumacher en Formule 4
Leader du championnat de Formule 2 et annoncé chez Haas ou Alfa Romeo, deux écuries motorisées par Ferrari dont il est l'un des protégés, Mick Schumacher pourrait bientôt découvrir la catégorie reine. Et s'inscrire dans une longue lignée de « fils de pilotes » qui ont connu des fortunes diverses. Car si la filiation à une ancienne gloire du paddock ouvre des portes, elle peut devenir pesante et difficile à assumer. Étude de trois cas aux destins à part.

Jacques Villeneuve : l'émancipé

Pour Jacques, le fils de Gilles Villeneuve, qui a débuté en F1 en 1996, le poids du nom aurait pu être lourd.
Jacques Villeneuve dans son jardin de Montréal
Pilote tranchant, surdoué et adulé des tifosi : le sort l'a privé d'un titre mondial qui lui tendait les bras, mais Gilles Villeneuve a toujours été classé parmi les grands. Pour son fils Jacques, qui débute en F1 en 1996, le poids du nom aurait pu être lourd. Trop lourd. Est-ce pour cette raison qu'il a commencé à rouler sur le tard ? Qu'il s'est exilé au Japon ou en Italie pour faire ses classes dans l'anonymat ? Une chose est sûre : sa trajectoire aurait été différente si son père l'avait vu sur la piste. « S'il avait été là, j'aurais commencé plus jeune, mais je suis sûr que je n'aurais pas eu la même carrière, rappelle-t-il au New York Times. Parce qu'il y a toujours l'oppression paternelle, il n'y a pas de liberté. En mourant, il m'a donné cette liberté. Il m'a permis de devenir un homme. »
Si son patronyme attire les sponsors comme des aimants, Jacques Villeneuve devient, malgré lui, un témoin privilégié des effets pervers de la filiation. « Vous êtes immédiatement jugés comme si vous étiez un pilote expérimenté, rembobine-t-il. Un débutant restera anonyme pendant deux ou trois ans. Personne ne le connaît (…) Cela oblige [les fils de pilotes] à apprendre rapidement et gérer une immense pression dès le départ. Ça m'a permis d'être préparé à la Formule 1 mais en même temps, ça aurait pu me détruire. »
Celui qui n'a découvert l'intérêt de la course automobile qu'après le décès de son père n'a pas tardé à briller. Il marque les esprits dès son baptême du feu, en décrochant la pole position et la seconde place du Grand Prix d'Australie. Et remporte, dès l'année suivante, le titre de champion du monde qui a échappé à son géniteur au terme d'un duel épique avec le prodige Schumacher. « Les gens, ici [au Canada] étaient un peu restés sur leur faim, confiait-il à l'Equipe en 2016. Il fallait finir l'histoire. En devenant champion, on a bouclé la boucle. »

Nelson Piquet Jr. : le malheureux

La carrière de « Nelsinho » en F1 a tourné court
La carrière de « Nelsinho » en F1 a tourné court
Champion du monde en 1981, 1983 et 1987, Nelson Piquet a longtemps cru, à tort, que son fils pouvait l'imiter. Résultat : il a dilapidé sa fortune et usé de son influence pour le propulser jusqu'à la catégorie reine. Comment ? En fondant une écurie pour que « Nelsinho » participe au Championnat d'Amérique du Sud de Formule 3. Une structure qu'il délocalise par la suite en Europe pour que le rejeton se frotte, comme lui à la fin des années 1970, aux meilleurs espoirs des antichambres de la F1. Au départ, les ambitions du père ne sont pas complètement délirantes. Car après une première saison compliquée en GP2, « Nelsinho » se révèle. Jouant des coudes avec un petit crack anglais du nom de Lewis Hamilton, il laisse filer le titre lors du dernier Grand Prix de la saison. Suffisant pour attirer l’œil de Flavio Briatore, qui l'intègre à Renault F1 en qualité de pilote-essayeur, puis de titulaire aux côtés de Fernando Alonso.
Mais pour les fans de F1, Nelson Piquet Jr restera le dindon de la farce du « Crashgate » de Singapour. Une course où il envoie, sur ordre de l'état-major de Renault, sa monoplace dans le décor au 14e tour. L'objectif ? Provoquer la remontada d'Alonso, qui profite de la sortie de la safety car et d'un arrêt précoce pour décrocher une victoire inespérée. Sacrifié comme un pion par Flavio Briatore et Pat Symonds, directeur de l’ingénierie, Nelson Piquet Jr révèle l'entourloupe à la FIA après son éviction de l'écurie en 2009. Il obtient gain de cause et la mise au ban de son sulfureux patron.
S'il est pressenti dans plusieurs équipes qui lorgnent sur la fortune et les sponsors de son père, Nelson Piquet Jr ne revient jamais en F1. La suite de sa carrière se résume à des passages anecdotiques dans d'autres catégories et un titre de champion du monde en Formule E en 2015. Sans le soutien du père, cette fois. « Autant mon père était présent à mes débuts pour me trouver des sponsors et m'aider à arriver en F1, autant maintenant on ne parle presque plus de mes courses. Il est trop déconnecté du milieu à présent » racontait, en 2016, « Nelsinho » en marge des 24h du Mans. Une course où il était ironiquement associé à un autre « fils de » resté dans l'ombre de son géniteur, Nicolas Prost.

Nico Rosberg : l'exception

En terminant deuxième Grand Prix d'Abou Dabi de 2016, Nico Rosberg est le premier pilote de F1 à fêter son sacre mondial avec un père lui-même titré : Keke Rosberg.
Nico Rosberg célèbre sa victoire au Red Bull Ring en 2015
Avant lui, il y a bien eu Damon Hill. Mais en 1996, le Britannique n'a pas l'opportunité de sabrer le champagne avec son champion du monde de père, tragiquement décédé dans un accident d'avion. En terminant derrière Lewis Hamilton au Grand Prix d'Abou Dabi de 2016, Nico Rosberg devient donc une exception dans le microcosme de la F1. Il est le premier pilote à fêter son sacre mondial avec un père lui-même titré : Keke Rosberg. Un mentor qui l'a intégré à sa propre écurie afin qu'il se teste dans les catégories inférieures, et qui était également son manager jusqu'en 2008.
Mais au début de la décennie, Keke Rosberg se met volontairement en retrait. Conscient, sans doute, d'être une présence envahissante et que son fils, qui tient tête à son coéquipier Schumacher, est capable d'assurer la relève. « Je me suis retrouvé sur le devant de la scène bien plus que je ne méritais de l'être, uniquement pour faire des commentaires à son sujet, explique-t-il dans les colonnes de Motorsport.com. « J'ai dit que je ne pouvais pas continuer ainsi. J'ai catégoriquement tout arrêté et je suis devenu un ermite ». Entre 2010 et 2016, il décline toutes les demandes d'interviews, se contente d'un SMS d'encouragement et regarde les courses à la télévision, cigare et bière à la main.
Et le jour du sacre ne fait exception à la règle, puisqu'il attend que Nico passe le drapeau à damier pour le rejoindre. « Je ne crois pas que Nico savait exactement où j'étais, mais il savait que j'étais à Dubai » raconte-t-il à l'agence de presse Reuters. « Je ne l'ai vu que pendant 45 secondes au garage donc je n'ai pas eu le temps de dire grand chose. [La F1] est un sport familial et il sait ce que ce titre représente pour moi et pour lui. » Puis vient le coup de théâtre : malgré le désir de Mercedes de le conserver, Nico Rosberg annonce son retrait de la F1 cinq jours plus tard. Une décision que son père apprendra, comme un symbole, par texto. « C'est ma femme qui m'en avait informé, elle avait reçu un sms de Nico. La dernière phrase était : dis-le à Papa aussi, s'il te plaît. »
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