Gaming
Mardi, la matinée était plutôt calme pour les amoureux de Starcraft jusqu’à ce qu’une annonce n’inonde le fil Twitter des passionnés d’ eSport : « Flash prend sa retraite ». Quelques mots résonnant comme un coup de pelle derrière la nuque. « Tu en fais trop ! » me direz-vous. Oui sans doute, mais Flash n’est pas ce genre de joueur qui mérite d’être raisonnable, alors pourquoi ne pas trop en faire quand l’heure des « au revoir » est venue ? Flash, de son vrai nom Lee Young Ho, est une légende sur Starcraft – Broodwar, antique RTS, modèle de réussite et phénomène passé en Corée du Sud. Dans son pays, c’était le maître jeu et Flash y était le roi.
Drafté en 2006 à l’âge de 14 ans, il montre immédiatement de solides qualités, qui lui permettront de gagner à 15 ans seulement le plus prestigieux tournoi coréen, l’OSL. Dès lors, et jusqu’en août 2012 et la dernière OSL, Flash le Terran a enchaîné les performances remarquables, dominant le classement de la ligue nationale coréenne (la KeSPA) pendant 51 mois. Un record. D’autres chiffres imposent le respect : 7 titres majeurs, pas loin de 500 000 dollars de gain, plus de 70% de victoires, peu importe le match-up ! La recette de son succès ? Une lecture du jeu incroyable, une micro-gestion digne de Vif-Argent, un sérieux exemplaire, de la rigueur et une fidélité à KT Rolster qui lui évitera de s’éparpiller à droite et à gauche. Sa domination sur Broodwar peut être comparée à celle de Michael Jordan en NBA ou plus récemment à celle de Novak Djokovic en tennis. Flash était un monstre, reconnu dans les rues de Séoul à une époque où Broodwar n’est pas un loisir de niche.
Ce n’est donc pas étonnant qu’il fasse partie des cinq bonjwa de Broodwar : les meilleurs joueurs de l’histoire du jeu, le titre le plus prestigieux, et ceci aux côtés de l’Empereur BoxeR, de NaDa, d’iloveoov et de l’emprisonné sAviOr. Ce n’est pas non plus étonnant que le public le gratifie de sobriquets comme « Dieu », « Jesus » ou « The Final Boss ». A la fin du règne de Broodwar, Flash est sur la pente descendante, secoué par FanTaSy et surtout JangBi. Il n’en reste pas moins un véritable poison. C’est alors que Starcraft 2 arriva. Lorsque la suite du RTS sortit officiellement, la KeSPA s’équipa de solides œillères, histoire de faire fit de cette nouvelle arrivée, bien que certains de ses joueurs soient déjà passés dessus, comme NesTea, BoxeR ou NaDa.
Pas question de partager son marché avec l’éditeur Blizzard sur un jeu exclusivement en ligne, sur Battle.net, sans réseau local, mais le bras de fer ne pouvait durer. Au printemps 2012, l’annonce tant attendue tombe : les joueurs de la KeSPA arrivent tous sur Starcraft 2, délaissant Broodwar dont le dernier tournoi officiel se terminera au cours de l’été. A cette époque, la scène eSport sur le jeu se porte bien, merci pour elle. C’est l’ère de Mvp, NesTea, Stephano, Life, MarineKing, DRG, MMA, GanZi, MC, Leenock et bien d’autres. Cette arrivée est alors source d’excitation sans précédent pour les fans, et d’inquiétude pour les joueurs déjà en place. Blizzard et la KeSPA organisent alors un tournoi d’exhibition lors de la MLG à Anaheim. Huit joueurs de Broodwar vont se taper dessus, dont les icônes Bisu, Jaedong et … Flash.
Les participants sont présentés lors d’une petite cérémonie d’introduction qui se termine par le Terran. Son nom résonne. Le public se lève, applaudit. L’émotion est réelle, y compris pour Mike Morhaime, big boss de chez Blizzard, debout, les yeux plein de paillettes. Flash remporte le tournoi, balayant Stork, Soulkey et Bisu sans perdre de parties. On l’imagine déjà rouler sur le jeu sans la moindre retenue. Je me rappelle nos longues discussions avec SarenS ou Funka, vétérans français de Broodwar, qui ne manquaient pas d’éloges pour Flash. On est emballé. On l’imagine déjà devenir le premier bonjwa de Starcraft 2. Il n’en sera rien.
La carrière de Flash sur Starcraft 2 ne sera faite que d’espoirs et de déceptions malheureusement. On aurait pu le voir venir : avant son arrivée officielle, on savait qu’il se plaignait de sa race et envisageait de passer Protoss, preuve d’une efficacité et d’une confiance en soi moindres. Son premier gros test est lors de l’OSL version Starcraft 2. Il y perd en quart de finale contre le Terran STX Last. Mention « Pas mal, peu mieux faire, tu es Flash quand même, un top 8 n’est pas suffisant. ». On attend tous son arrivée dans l’épreuve-reine : la GSL. Il participe au premier tour, le Code A, où il s’impose contre Killer, puis perd contre Mini. Sa première GSL est terminée et on reste bouche bée. Il faudra alors attendre novembre et la MLG Dallas pour que Flash nous fasse rêver (un peu) : il y bat NaNiwa 4-3 après un match fou, puis bat Life 2-0 avant de retrouver le petit Zerg qui lui prend alors 4 maps de suite et l’élimine du tournoi. On y a cru. Flash termine dans le top 4 de ce gros tournoi (comme on en fait plus aujourd’hui d’ailleurs).
En 2013, les premières heures de Heart of the Swarm s’accompagnent de plein d’espoir pour Flash. Il participe à son premier Code S en avril 2013 où il perd dans la seconde phase de groupe. Parallèlement, il va jusqu’en finale de la nouvelle MLG Dallas où il est impressionnant mais trop juste pour battre Life, encore lui. Et puis plus rien. IMG 4 Flash coince toujours trop tôt dans les tournois WCS. Il brille en ProLeague sur un format Bo1 qui lui plait, mais ses coéquipiers ne suivent pas. Les mois s’enchaînent et Flash n’a toujours rien gagné sur Starcraft 2. Il faudra alors attendre juillet 2014 et les IEM Toronto pour que notre souhait devienne réalité.
Il s’impose 4-1 en finale contre Zest, un très gros client pour une grosse performance. La seule. Car oui, Flash ne gagnera rien d’autre. Il ne participera jamais à une Blizzcon, trop juste dans le classement WCS pour atteindre les seize places qualificatives en 2014 et en 2015. Il ne gagnera pas de GSL, pas de SSL, pas de DreamHack. Tout au long de son parcours sur Starcraft 2, il restera un excellent joueur incapable de se sublimer pour gagner les plus gros tournois, ou pour être régulier. Car voilà, à l’aube de l’aventure eSport de Legacy of the Void, Flash a préféré déposer les armes. Le cœur des fans pleure, avec un œil dans le rétro sur cet incroyable champion de Broodwar, un des plus grands de l’histoire du sport électronique.