Max Verstappen se concentre sur le circuit de Silverstone, en Angleterre. Mais comment les sportifs accèdent au flow, cet état mental optimal ?
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Ride with the flow : comment trouver votre zone

Il permet aux sportifs de mêler concentration maximale, contrôle des gestes et sérénité en pleine performance. Lui, c'est le flow. Mais comment accéder à cet état mental optimal ?
Écrit par Mathieu Fageot
Temps de lecture estimé : 4 minutesPublié le
« J'ai ressenti comme un étrange calme... une sorte d'euphorie. J'ai eu l'impression de pouvoir courir une journée entière sans fatigue, de pouvoir dribbler à travers toutes leurs équipes ou à travers tous, que je pouvais presque leur passer à travers physiquement. » Ces mots ont été écrits par Pelé dans une biographie sortie en 2006. S'ils peuvent laisser penser que le footballeur brésilien a vécu un énorme trip sous acide lors d’un match, il décrivent en fait un état mental que les psychologues appellent le "flow", une sorte de transe mystérieuse ressentie par certains sportifs au sommet de leur art. Mais concrètement, qu'est-ce que c'est ?

C’est quoi le flow ?

Elaboré par le psychologue Mihály Csíkszentmihályi (une récompense à celui qui le prononce correctement) au milieu des années 1970, le flow se définit comme un état mental atteint par une personne - sportive ou non - lorsqu’elle est complètement plongée dans une activité. Un simple état de concentration extrême ? Pas tout à fait. Aurélien Daudet, coach, formateur et ancien parachutiste amateur, définit le flow comme un « état de bonheur intense qui possède plusieurs caractéristiques.»

Comment savoir qu’on est dans le flow ?

Il explique que plusieurs facteurs indiquent qu’on se trouve dans un état de flow : « L’une des principales caractéristiques du flow, c’est qu’on est déconnecté de la réalité pendant un bref instant, la conscience est altérée. Et ce sont les mêmes sensations qui reviennent chez la plupart des sportifs qui ont vécu une expérience de flow » développe-t-il. « D’abord, ils parlent d’une perte de sensation corporelle, d’une déconnexion temporelle, de l’impression d’avoir été en pilote automatique, que rien d’autre n’existait à part le moment présent mais surtout, d’une sensation de bonheur extrême.»
Ce que confiait très justement le pilote Ayrton Senna durant les qualifications du grand prix de Monaco 1988 : « J'étais déjà en pole position [...] et je continuais. Tout à coup j'avais deux secondes d'avance sur tout le monde, même sur mon binôme qui avait la même voiture. Et tout à coup j'ai réalisé que je ne conduisais plus la voiture consciemment. Je la conduisais comme instinctivement, mais j'étais dans une autre dimension. J'étais comme dans un tunnel. […] Je continuais et continuais, encore et encore et encore et encore. J'avais largement dépassé la limite mais j'étais capable d'aller plus loin encore.»
Le pilote de Formule 1 Ayrton Senna de l'écurie McLaren ai Grand Prix de F1 d'Australie 1991.

Le regretté Ayrton Senna

© DPPI

Le cerveau, responsable du flow

Cet état de transe - souvent comparé à l’extase - s’explique par un certain nombre de décharges chimiques relâchées dans le cerveau. Parmi elles, la sérotonine, la dopamine et la leptine. Pour apporter une réponse au sentiment de déconnexion totale d’une personne quand elle est impliquée dans le processus de flow, Csíkszentmihályi explique que le système nerveux est incapable de traiter plus de 110 bits d’info/sec. Pour comparaison, notre cerveau traite 60 bits d’info/sec pendant une conversation, c’est pourquoi il est difficile - voire impossible - d’écouter parler deux personnes en même temps. Quand une personne se trouve en état de flow, son cerveau traite environ 100 bits d'info/sec, ce qui ne laisse plus assez de place au système nerveux pour faire attention au reste.
On veut encore le ressentir, continuer à rouler et à ressentir la même émotion à chaque fois, chaque fois qu’on fait du skate. C’est chouette. Je ne peux pas le décrire. T’as l’impression que t’es dans le rythme et que tu le suis. C’est ce qu’il y a de mieux.

Comment atteindre le flow ?

Mais est-il possible d’atteindre cet état mental et surtout, comment ? Pour Aurélien Daudet, « on ne peut pas se dire ‘aujourd’hui je vais me faire une petite séance de flow', mais on peut mettre en place toutes les conditions pour. » Pour ça, plusieurs conditions sont à respecter.
  • Avoir une activité challengeante, simple et auto-centrée : "Si je n’ai pas de défi, je vais m’ennuyer dans ce que je fais." Selon Aurélien Daudet, il essentiel d’être en compétition avec soi-même dans l’activité pratiquée pour accéder au flow. Mais attention à trouver le juste milieu. « Si le défi que je me donne est trop élevé pour mes compétences, je n’y arriverai pas et je pourrais me retrouver frustré.»
  • Avoir des objectifs à court-terme : « Il faut que l’objectif que je me donne soit perceptible dès maintenant par principe de rétro-action. Il faut que je voie tout de suite les bénéfices de ce que je fais pour en éprouver de la fierté.»
  • Prendre du plaisir : « Il faut que l’activité que je fais soit source de plaisir et c’est probablement la condition la plus importante pour accéder à l’état de flow.»