L’idée de compétitions mixtes de football commence à faire son chemin. Aulas et Hegerberg.
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Football

Le football mixte a-t-il un avenir ?

Si la frontière entre le football masculin et le football féminin se réduit un peu plus chaque année, l’idée de compétitions mixtes commence aussi à faire un peu son chemin. Et pourquoi pas?
Écrit par sofoot.com
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« Arrêtez, c’est même pas drôle. » Quoi, Zlatan? « Avec tout le respect que je dois à ce qu’ont accompli ces dames, et elles l’ont fait fantastiquement bien, on ne peut pas comparer le football masculin et le féminin. » Au beau milieu des vacances de Noël, en 2013, la Fédération suédoise de football se retrouve dans les phares et doit déminer une drôle de situation. À savoir : lors d’une soirée de gala organisée quelques jours plus tôt, ses dirigeants ont décidé de rendre hommage au milieu de terrain international Anders Svensson, tout nouveau recordman du nombre de sélections avec la première équipe du pays, record jusqu’ici détenu par le gardien Thomas Ravelli. Pour célébrer la chose, Svensson récupère le dernier modèle Volvo. Pas mal, donc. Problème, à quelques mètres du joueur de l’IF Elfsborg, Therese Sjogran, qui totalise 187 sélections (record national), est ignorée, ce qui provoque instantanément l’ire des médias suédois. Des médias qui décident alors d’interroger Zlatan Ibrahimović sur la question. Un Zlatan qui n’hésite pas à enfoncer un peu plus le clou : « Un jour, on m’a demandé qui était le meilleur entre moi et Lotta Schelin. C’est une blague? Je bats tous les records. Quand je les aurais tous battus, avec qui est-ce que je serai comparé ? Avec celui qui détenait le record avant ou avec une femme? En Europe, on me compare à Messi et à Ronaldo. Ici, on me compare à une joueuse. Avec tout le respect que je dois aux femmes, elles devraient être récompensées en proportion de ce qu’elles génèrent financièrement. » Hum, d’accord.

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Touchée par cette polémique, la capitaine de l’équipe féminine d’Yzeure (Auvergne), Sarah Chalabi, décide de répondre quelques jours plus tard via une lettre ouverte publiée sur le site de L’Obs. Extraits : « Il a plus ou moins raison sur un point : le football masculin ne peut pas être comparé au foot féminin, tout simplement parce que le niveau physique, la vitesse, la puissance, ne sont pas identiques. Les femmes ne pratiquent pas le même foot, c’est une question purement physiologique et morphologique. Mais ce n’est pas pour ça que nous devons être moins respectées que nos collègues masculins. (...) Lorsque j’ai commencé le foot, à 7 ans, le sexisme était encore plus répandu qu’aujourd’hui. À l’époque, il n’y avait pas d’école de foot féminin alors on jouait en mixité avec les garçons. La situation était assez paradoxale, puisque j’étais respectée par les garçons de mon équipe, mais pas par ceux des clubs qu’on affrontait, qui, dès qu’ils me voyaient, lâchaient souvent un "Ah mais il y a une fille, on va gagner !". Il a fallu que je me batte pour me faire respecter par ces garçons à qui le foot appartenait jusqu’alors. »
Aujourd’hui, le règlement est clair : la mixité sur un terrain est autorisée jusqu’à l’âge de treize ans. Mais demain ? En effet, plusieurs fédérations réfléchissent depuis quelques années à l’élaboration d’un championnat mixte où un but inscrit par une femme pourrait par exemple compter double - ce qui est une forme de discrimination positive - mais cette mise en place semble difficile d’un point de vue physique, le développement corporel d’une femme étant différent de celui d’un homme. Pourtant, alors que l’Etoile Rouge du Val de Marne (94) propose des entrainements et des matchs mixtes, l’idée d’une compétition commune semble faire son chemin à l’image de ce qui se fait en biathlon ou en ski alpin : pourquoi ne pas organiser des matchs où la version féminine de l’équipe de France jouerait une mi-temps contre celle de l’Angleterre avant de faire entrer les garçons en seconde période ? En 2019, cela serait une incontestable modernité mais permettrait, aussi, de faire tomber pour de bon les frontières entre les sexes dans un sport qui ne cesse de promouvoir l’unité. L’équitation y est bien arrivée. Et le tournoi Red Bull Neymar JR’s Five aussi, venez comme vous êtes.