Mais que se passe-t-il dans le corps des pilotes de Formule 1 ? Jean Alesi et un scientifique nous expliquent les effets de la F1 sur le corps des pilotes quand ils sont propulsés à près de 300 km/h.
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Mais que se passe-t-il dans le corps des pilotes de Formule 1 ?

Apnée, forces G, et chaleur extrême : la légende Jean Alesi et un scientifique nous expliquent ce qu'encaisse le métabolisme des pilotes de Formule 1 quand ils sont propulsés à 300 km/h.
Écrit par Mathieu Fageot
Temps de lecture estimé : 5 minutesMise à jour le
"En Formule 1, les gens pensent souvent qu’on se contente de conduire, assis tranquillement dans une voiture. Pourtant, rouler dans une monoplace, c'est d'une extrême violence physique. La puissance du bolide vous massacre. C’est similaire à un match de boxe." Mais que peut-il bien se passer dans le corps des pilotes de Formule 1 pour que l'immense Jean Alesi en garde un tel souvenir ?
Très peu de choses étant publiées sur le sujet (notamment à cause du secret industriel), on a tenté de le comprendre auprès de l'ancien pilote et actuel capitaine de l'équipe de France FFSA, et le docteur en physiologie des environnements extrêmes, Fabrice Joulia.

Le côté obscur de la force

Comme pour d'autres disciplines, "le métabolisme des pilotes de Formule 1 est confronté à deux types de contraintes", explique ce dernier. Une contrainte mécanique et une contrainte physiologique, toutes les deux produites par les fameuses forces G et centrifuge auxquelles sont confrontés les pilotes pendant les phases d'accélération, de freinage, et les virages. Une sensation "hallucinante" pour Jean Alesi, dont les répercussions directes sont multiples.
Pendant une course, les pilotes encaissent, en effet, des pressions pouvant frôler les 5G. Le poids de leur tête, qui pèse alors une dizaine de kilos avec le casque et le système HANS va donc être multiplié par cinq. "C'est une sensation désagréable au plus haut point", confie Jean Alesi. "Pendant un virage à droite, si votre tête part à gauche, c'est extrêmement gênant pour piloter." On imagine bien. Alors autant dire que pour éviter le moindre incident, les pilotes musclent sévèrement leurs cervicales.
“Il faut être prêt physiquement sinon au fil des tours votre tête va tomber de plus en plus avec la fatigue", confiait Max Verstappen à GQ peu de temps avant de décrocher son titre de champion du monde. "C’est vraiment difficile d’expliquer cette sensation, je ne connais rien de similaire en termes d’intensité. Même pour les pilotes, peu importe le niveau de notre préparation physique pendant l’hiver, la première fois qu’on remonte dans une voiture, on peut être sûr que le lendemain on aura le cou tendu.”
Le champion du monde de Formule 1, Max Verstappen, pendant une séance d'entraînement de boxe.
Quand Max la Menace s'entraîne à boxer
Les muscles des lombaires et des abdominaux - qui sont également très sollicités malgré les systèmes d'attache - doivent également être entretenus pour résister à la puissance des bolides. De quelle façon ? "Ça dépend des goûts de chaque pilote", répond Alesi. "Je faisais personnellement beaucoup de ski de fond et de musculation pendant les périodes hivernales."
Même son de cloche pour Max Verstappen : "En pré-saison, le plus important pour moi consiste à renforcer le haut du corps, tout particulièrement les épaules et le cou. Je mets aussi l’accent sur le dos et les abdos qui sont très sollicités quand on pilote. Selon moi, ce sont les aspects primordiaux du travail physique d’avant-saison.”
De son côté, Fabrice Joulia explique que "pratiquer l'apnée peut être intéressant dans la mesure où l'apnée relaxe, mais surtout parce que les pilotes vont être en apnée pendant une grande partie de la course." Une autre conséquence de la force centrifuge, d'ailleurs. "Chaque fois que vous freinez, vous êtes en apnée. Chaque fois que vous êtes dans un virage rapide, vous êtes en apnée", explique le pilote. "Un peu à la manière d’un boxeur qui se contracte parce qu’il va prendre un coup de poing dans le ventre, un pilote anticipe et retient sa respiration avant chaque virage rapide. La grande difficulté en F1 pour être rapide sans être fatigué, c’est de trouver la cadence entre l’apnée et la récupération d’air."
"Ce n’est pas forcément une partie de plaisir, expliquait d'ailleurs Daniel Ricciardo dans les colonnes de Sport & Style lorsqu'il était pilote chez Red Bull Racing. "En ligne droite, je peux un peu respirer. C’est aussi en ligne droite que j’atteins ma vitesse maximale et que, curieusement, j’arrive à me relaxer. En revanche, sur les autres portions du circuit, dans les virages, les chicanes, les courbes, je ne respire quasiment plus. Tout n’est que stress et tension. Avant un virage, dans la phase de freinage, mon corps est tendu comme un arc, en stress total, complètement raide. Pour m’en sortir, je fais pas mal de visualisation, un peu de méditation aussi."
Le Français Jean Alesi, roule au volant de la Sauber C14 de 1995, lors du défilé de légendes organisé au Red Bull Ring en 2015.
Jean Alesi dans la Sauber C14
Enfin, l'autre conséquence majeure de la force G sur le métabolisme des pilotes, c'est la redistribution du sang dans l’organisme. "Quand un pilote accélère, la force G qu'il subit fait que son sang va descendre vers les parties inférieures du corps", explique Fabrice Joulia. Le coeur des pilotes, qui peut déjà atteindre un rythme de 150 BPM, va donc devoir travailler pour faire remonter le sang au niveau du cerveau et des muscles sollicités."

Supporter la chaleur

Dans une Formule 1, la température de l'habitacle peut atteindre 10 à 20 degrés de plus que la température extérieure. En conditions de course normale, les pilotes perdent donc autant de transpiration qu’en course à pied. Soit 1,5L par heure, environ. Si Jean Alesi admet s'être habitué à la chaleur, "certains Grands Prix, comme Singapour ou la Malaisie, sont plus compliqués que d'autres à gérer à cause du taux d'humidité dans un air déjà très chaud. Après mon premier Grand Prix à Kuala Lumpur, il a fallu que je m’assoie après la course, je voyais des étoiles."
Heureusement, "les pilotes d'aujourd'hui sont beaucoup plus préparés que nous", poursuit-il. "À l’époque, on écoutait notre corps. Aujourd’hui, des groupes scientifiques suivent constamment les pilotes donc il y a moins de mauvaises surprises et si je montais dans la F1 d'Hamilton ou de Verstappen, je ne tiendrais pas deux virages." On n'en est pas si sûr, Jean.
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