Ricciardo dans sa F1 au Grand Prix de France de Formule 1 2018 sur le circuit du Castellet.
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F1

Pourquoi il fallait être au Grand Prix de France

Ce dimanche, on était au Castellet pour le retour du Grand Prix de France de Formule 1. On a vécu cette expérience en tant que spectateur, pour le meilleur et pour le pire...
Écrit par Vincent Girard
Temps de lecture estimé : 8 minutesPublié le
10 ans après l’ultime Grand Prix de France à Magny-Cours et 28 ans après la dernière édition sur le circuit du Castellet, ce retour de la Formule 1 en Provence est forcément historique. Le Castellet, c’est faire appel à l’histoire de la discipline, à ce tracé imaginé avec des pilotes tels que Jean-Pierre Beltoise et Henri Pescarolo au début des années 70. Un circuit au nom de son commanditaire, long de 5,8 kms et qui a vu quelques moments de gloire se dérouler sur ce plateau du Camp entre Marseille et Toulon. On pense évidemment à la première édition remportée par Jackie Stewart sur Tyrrell à une époque où le public était tombé amoureux des yeux bleus de François Cevert.
Grand Prix de France de Formule 1 : Le pilote français François Cevert et son regard légendaire.

François Cevert et son regard légendaire

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Le Castellet, c’est aussi le résultat historique des pilotes Français en 1982, trustant les quatre premières places (René Arnoux en tête devant Alain Prost, Didier Pironi et Patrick Tambay). Prost en fera d’ailleurs rapidement son jardin, remportant la course à quatre reprises dont la dernière en 1990 sur Ferrari, juste avant que le Grand Prix de France migre à Magny-Cours sous l’influence de François Mitterrand, élu de la Nièvre depuis 1945 et désireux de voir l’événement dynamiser son département. 28 ans plus tard, le Paul Ricard est de retour et on y était. Voici pourquoi il fallait être (ou pas) au Grand Prix de France ce week-end.
Le Français Pierre Gasly et un fan au Grand Prix de France de Formule 1 2018 au Castellet.

Pierre Gasly parvient même à retourner les fans Ferrari

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Pour l’ambiance dans l’enceinte générale
C’est dans l’enceinte générale que l’on suit le circuit, où le spectateur a la possibilité de choisir entre plusieurs zones (cinq au total sur différents points du tracé). On opte pour cette option et on se retrouve peu après le virage de Sainte-Baume, entouré d’un public hétéroclite. Des fans de la première heure avec tatouage au cheval cabré sur le torse accompagné de chapeau avec modèle réduit de Ferrari sur le dessus et curieux venus voir "en vrai" un Grand Prix organisé à 40 kilomètres de Marseille et à 25 de Toulon. Si certains sortent des arguments dignes d’une plaidoirie pour les pneus hyper-tendres, d’autres s’interrogent plus simplement : "Elles courent encore les Mercedes ?"
Parmi les spectateurs, les fans se partages principalement entre trois écuries : Mercedes, Red Bull et Ferrari, même si les casquettes rouges (nombre d’entre elles datant de l’époque Schumacher) restent majoritaire. L’important reste d’afficher la couleur, de supporter un pilote ou une écurie, même si on débarque à un Grand Prix de F1 avec une casquette aux couleurs de… Valentino Rossi. Le dimanche, les olas se multiplient à quelques minutes du départ, les spectateurs ovationnent le moindre commissaire de piste qui passe devant la tribune. Ces mêmes commissaires qui lancent des clappings (ils vont nous lâcher ces Islandais ?) aux tribunes. Alors que la grille de départ se met en place, on s’époumone à chanter la Marseillaise, certains méritant une place directe dans les cœurs de l’Armée française. A défaut de l’avoir totalement été sur la piste avec un solo d'Hamilton en tête, le spectacle était là en tribune.
Pour le circuit aux bandes rouges et bleues
C’est la caractéristique principale du tracé du Castellet. Des bandes rouges et bleues cisaillent le circuit du Paul Ricard. Un code couleur qui va bien au-delà d’une peinture apposée sur le tarmac. Racheté en 1999 par Bernie Ecclestone, le circuit est modernisé à l’époque par Philippe Gurdjian qui impose de remplacer les bacs à gravier par ces bandes de grip de couleurs. "Il avait vu ce système utilisé devant les écoles, pour ralentir les voitures, en Grande-Bretagne" expliquait cette semaine Alexandre Ricard au Monde. Résultat, le Paul Ricard est reconnaissable à tous les autres circuits, et peut changer également plus facilement de tracé. Les pilotes ont aussi davantage le droit à l'erreur.
Des bandes rouges et bleues cisaillent le circuit Paul Ricard du Grand Prix de France de Formule 1.

Le retour du Paul Ricard, 28 ans après

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Pour l’attaque à 340 km/h au virage du Beausset
Samedi, un groupe de spectateurs nostalgiques regrettent ces F1 qui "déchiraient les tympans". Le bruit des V6 de 1,6 l reste impressionnant mais pâti évidemment de la comparaison avec les V10 et autres V12 des années 90 et 2000. Ce vendredi après-midi, les Formule 2 et leur moteurs Mecachrome V6 rivalisent d’ailleurs presque en décibels avec les F1. En termes de vitesse, la différence est par contre phénoménale au profit des F1, notamment sur les passages en courbe. L’appui des monoplaces les plus performantes au monde est toujours aussi bluffant à l’image du célèbre double-droite du virage du Beausset (ci-dessous Charles Leclerc sous la pluie), attaqué à 340 km/h et sorti à 170 km/h (sur sec). C’est là-bas, sur cette courbe fabuleuse qu’Alain Prost pris le meilleur sur Ayrton Senna en 1988 à 20 tours de l’arrivée. Ce week-end, certains parviendront à doubler à cet endroit. Mais autant les avoir bien accrochées avant de se lancer dans une telle manœuvre.
Pour voir la roue de Perez passer devant la tribune
Dans l’enchaînement que représente le virage de Sainte-Baume, les pilotes négocient un droite rapide suivi d’un gauche et d’un double droit. La dernière courbe à gauche qui ramène vers la ligne droite est loin d’être considérée comme un des virages de l’enfer du championnat, mais c’est bien là que Sergio Perez perd une de ses roues arrières en deuxième séance d’essais, après un passage généreux sur un vibreur. Le bruit des pneus qui crissent sur la piste et déchire l’air. Les spectateurs se lèvent d’un bond. Détachée de la voiture, la roue rebondie avant de s’arrêter quelques dizaines de mètres plus loin. La Force India du pilote mexicain vient finalement mourir le long des barrières de sécurité.
La séance est interrompue et l’accident incompréhensible à première vue sera expliqué le lendemain par l’écurie. En cause, "un défaut d'assemblage avec une mauvaise fixation de trois vis" selon les commissaires de la FIA et une amende de 100 000 euros (dont 85 000 avec sursis) à Force India pour n’avoir pas su repérer ce défaut potentiellement dangereux.
Pour apprendre la patience dans les bouchons
À moins d’être propriétaire d’un jet ou d’avoir obtenu une chambre à prix d’or dans les quelques hôtels attenants au circuit, on imagine que chaque spectateur présent sur place a mis à l’épreuve sa patience dans les bouchons de ce Grand Prix de France. Plus ou moins selon la route empruntée pour arriver au circuit et l’horaire de départ choisi pour arriver sur place. C’est le point noir du week-end, et même les pilotes en ont subi les conséquences. Romain Grosjean et Sebastian Vettel, arrêtés au croisement de Signes et du Beausset alors qu’ils montaient les lacets en scooter, ont même forcé le passage pour arriver sur le circuit : "Malgré le sticker sur le scooter et le pass autour du cou, des gendarmes n’ont pas voulu nous laisser passer" raconte le pilote Haas à L’Equipe. "Je leur ai expliqué que l’on était des pilotes, mais ils m’ont répondu : « On s’en fout ! ». Alors on a accéléré pour passer."
Sans pass et en voiture, la montée est autrement plus longue de notre côté. Partis de La Ciotat, le trajet censé durer 35 minutes se transforme en… 3h30. Le sujet des bouchons prenant largement le pas sur les chronos des essais, on apprendra plus tard que certains ont mis 7h pour arriver sur place contre 1h prévue au départ. Certains n’hésitant pas à faire demi-tour. "Nous sommes partis d'une année zéro et nous faisons jeu égal avec Spa qui nous a conseillé pour l'organisation", se réjouissait pourtant ce dimanche Christian Estrosi président de la région PACA, principal promoteur du circuit. Pas sûr que l’ensemble des spectateurs du Grand Prix aient le même avis.
Pour le sourire de Ricciardo lors de la parade des pilotes
Le récent vainqueur du Grand Prix de Monaco est un des pilotes favoris du public. Difficile de résister au sourire de l’Australien qui s’arrache sur la piste avec deux victoires et une troisième place au classement général. Daniel Ricciardo est applaudi au même titre que ses collègues lors de la parade des pilotes. Debout sur un camion à ciel ouvert, les 20 acteurs du championnat saluent la foule pour un des moments les plus attendus des spectateurs. Sans leur casque évidemment, les pilotes passent à quelques dizaines de mètres des tribunes.
L'Australien Daniel Ricciardo vainqueur du Grand Prix de Monaco de Formule 1 2018.

Daniel Ricciardo à Monaco

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Pour la Patrouille de France et les Rafales à 500 km/h
Dimanche, les animations ont presque rattrapé les heures perdues dans les bouchons. Au menu, la Patrouille de France et ses traînées bleu-blanc-rouge dans le ciel, l’arrivée du drapeau français à bord d’un hélicoptère Caïman, la démonstration de Franky Zapata, homme volant posé sur son Flyboard Air (système aéronautique personnel léger) et le passage de deux Rafales à 500 km/h au-dessus du circuit.
Après la Patrouille de France, Francky Zapata et son Flyboard Air :