Depuis plus de 60 ans, l’Équipe de France de Rugby cultive sa différence grâce à son fameux French Flair. Mélange d’improvisation, de folie et de QI rugby élevé, ce style propre au XV de France est entré dans le langage populaire. Alors que la Coupe du monde approche à grands pas, focus sur ce style de jeu que l’on espère voir en œuvre lors de l’entrée en lice des Bleus contre les All Blacks le 8 septembre prochain.
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Le plus anglais des compliments
Pas besoin d’avoir fait un Erasmus à Londres pour se rendre compte que les mots caractérisant le mieux le style de jeu des joueurs de rugby français viennent de la langue de Shakespeare. La raison ? C’est un journaliste britannique qui est à l’origine de cette expression.
Nous sommes le 23 mars 1963. Le XV de France reçoit le Pays de Galles à Colombes. Au terme d’une partie serrée, les Français s’imposent sur le (très) petit score de 5 à 3. Le journaliste Pat Marshall, qui couvre la rencontre pour le Daily Star, est présent sur place. Malgré le petit score, il est impressionné par le style de jeu des Français. Dans son compte-rendu, il le définit par ces termes : French Flair. La légende est en marche.
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Le panache français
Le rugby a beau être, en premier lieu, un sport de contact et de puissance, il n’est pas contre quelques petites facéties. Finalement, durant un match, ne vient-on pas aussi pour voir de superbes crochets, raffuts, sprints et autres chisteras ? Les joueurs français, eux, l'ont bien compris.
À l’origine, le French Flair vient en opposition au jeu rugueux et conventionnel des équipes britanniques (et notamment l’Angleterre). Il se caractérise par la prise de risques, l’improvisation, l’inventivité et des mouvements insensés que peu de joueurs n’auraient osé tenter. Bien évidemment, depuis 1963, le rugby a évolué, ses joueurs aussi. Les Français ne sont donc pas les seuls à maîtriser les coups de pied en pleine course, les passes aveugles ou les feintes de corps énergiques… Mais ils ont été parmi les premiers à le mettre au service du jeu… Et des résultats.
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Dans la légende
Eh oui, si le French Flair fait désormais partie intégrante du vocabulaire de l’Ovalie, c’est aussi parce qu’il a permis au XV de France de se sortir de situations mal embarquées à de nombreuses reprises.
Si Colombes 1963 a donné naissance au terme, il faudra attendre l’année 1970 pour que l’expression prenne encore plus de sens. Deux matchs vont particulièrement marquer les esprits du rugby européen : Écosse-France en janvier, qui voit nos bleus s’imposer sur la pelouse de Murrayfield et surtout France-Angleterre en avril à Colombes. Durant le crunch, les frenchies étrillent leurs voisins sur le score de 35 à 13 à coup d’essais spectaculaires. Au cours des années suivantes, les différentes générations de joueurs français vont perpétuer cette tradition du beau jeu et l’élèveront même au rang d’art.
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Et le monde découvrit le “Flair”
Et, à l’instar de la peinture, de la gastronomie ou bien de la sculpture, ce dernier va s’exporter. Parmi ses plus célèbres représentants, comment ne pas parler de la légende absolue du rugby tricolore : Serge Blanco. Arrivé en équipe de France en 1980, celui que l’on surnomme “le petit Mozart du rugby Français” (tiens, tiens) combine vitesse, vista et explosivité… Et va activement participer à populariser le “FF” à l’international. Tout particulièrement lors de la Coupe du monde de rugby en 1987.
Durant 1 mois à cheval entre mai et juin, le monde à les yeux rivés sur l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Les deux pays accueillent ce tout premier tournoi international d’envergure. C’est donc le moment rêvé pour les Français de montrer à la planète ovale de quoi ils sont capables. Durant plus de trois semaines, les coéquipiers de Blanco font l’étalage de toute leur classe et se hissent en finale face aux Blacks. Pour en arriver là, ils parviennent notamment à battre l’Australie à la dernière seconde grâce à un essai d’anthologie tout en décalages, malice et explosivité conclu par… Serge Blanco. Ça y est, le monde est au courant : les Français sont capables de renverser la vapeur de n’importe quel match… Et avec la manière.
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L’essai du siècle
Si Serge Blanco et les héros de 1987 ont mis le “FF” sur la carte du monde, d’autres moments d’anthologie finiront par inscrire le Flair dans le livre d’or du rugby international. Citons, par exemple, les deux coups de pied fous de Philippe Sella pour éliminer la défense anglaise, conclure une action de 110 mètres et permettre à Philippe Saint-André de marquer “l’essai du siècle” sur la pelouse de Twickenham lors du Tournoi des V Nations 1991.
Autre essai mythique, celui que l’on qualifie “d’essai du bout du monde”, marqué après une action collective complètement folle sur la pelouse de l’Eden-Park d’Auckland en 1994. Comment, non plus, ne pas parler de la malice de Christophe Dominici pour punir les Blacks en 1999 ? Pour les plus jeunes d’entre nous, le rugby français nous a également gratifié de moments de pur flair, comme lors de la victoire des coéquipiers de Romain Ntamack face à la Nouvelle-Zélande (40-25) en novembre 2021 ou celle contre les Anglais en mars 2023.
Bref, vous l’aurez compris, le French Flair, depuis ses balbutiements dans les années 1960 jusqu’à son avènement lors de la Coupe du monde 1987 s’est imposé comme la marque de fabrique des Français. On a donc qu’une hâte : le voir en action dès le 8 septembre prochain.
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