Maverick, joueur pro de Hearthstone
© Dany Graells
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Hearthstone : les conseils de Maverick pour passer de débutant à pro

Hearthstone, c’est facile à prendre en main et gratuit pour tous. Mais comment peut-on espérer monter au niveau du joueur pro Maverick ? Voilà ses conseils, dans un entretien fleuve.
Écrit par Maxime « OtaXou » Lancelin-Golbery
Temps de lecture estimé : 26 minutesPublié le
Vous connaissez sûrement déjà Michaël Looze dit Maverick. Le Belge de 25 ans sévit sur Hearthstone depuis l’époque de la bêta du jeu, il y a maintenant un peu plus de 5 ans. Aujourd’hui joueur pro pour l’équipe Vitality, il vous apprend à Level Up sur la chaîne Twitch Red Bull en vous présentant plusieurs decks et possibilités. Mais que faut-il faire pour débuter efficacement sur le jeu, monter en niveau et espérer passer pro par la suite ? Il nous répond lui-même.
Cela fait plus de 5 ans que tu joues compétitivement à Hearthstone, que retiens-tu de ton parcours ?
Le premier truc que je retiens c’est que même si Hearthstone est un jeu individuel, le collectif et les rencontres qu’on va faire sur le jeu ont énormément d'importance. Quand un joueur gagne un tournoi, il y en a énormément qui le dise, mais je sais pas si les gens s’en rendent compte suffisamment. Quand un joueur gagne un tournoi, en réalité il a un track group de 5,6 personnes. C’est vraiment hyper déterminant.
Hearthstone, c’est un jeu où tout apprendre en autodidacte est extrêmement long. Il est très profond. En termes de connaissance, il y a vraiment trop de choses à tester pour une seule personne. On a que 24 heures dans une journée et malheureusement on en passe pas mal à dormir. Il faut s’aider d’autres joueurs, partager et recevoir, savoir écouter vraiment les avis de n’importe quel joueur… Et ne jamais prendre un joueur de haut même si on a accompli énormément de choses sur le jeu. Il y a des joueurs qui jouent énormément et qui parfois vont essayer des aspects que nous, en tant que joueurs pro, on a peut-être tendance à laisser de côté, comme un deck auquel on ne fait pas trop attention.
Des participants jouent à HearthStone pendant un tournoi communautaire.
Un tournoi communautaire
Le partage au sein de la communauté c’est le plus important ?
A mes débuts, j’avais un excellent groupe de joueurs majoritairement francophones et ils m’ont appris énormément à un moment où je partais de zéro. J’ai pas joué à d’autres jeux de cartes avant Hearthstone. Donc quand j’ai débuté, avoir des joueurs qui avaient certaines connaissances et qui ont pu me dire directement « ça, essaie plutôt de le jouer comme ça, fais comme ci comme ça », ça m’a fait gagner un temps énorme.
Quel est le conseil que tu donnerais, rétrospectivement, au toi débutant d’il y a quelques années ?
Ah ! Je sais pas parce que d’un côté je me dis qu’à l’époque, il y avait vraiment une certaine innocence vis-à-vis du jeu. Je me souciais peut-être pas suffisamment des stats. Parfois je ramenais des decks, même à des grosses compétitions, qui étaient un peu maison. Mais j’avais juste un bon feeling avec. J’avais pas trop en tête que j’avais un mauvais match-up contre ci ou ça. Aujourd’hui, on a énormément d’outils comme HSReplay etc. qui sont arrivés et qui permettent d’avoir beaucoup de stats qu’on peaufine évidemment après avec des stats un peu plus pro. Sur tous les matchs maintenant, on est capable de dire « bon bah celui-là, c’est 58% pour ce deck là ». À l’époque, j’avais un peu une innocence vis-à-vis de tout ça et je ramenais un deck parce qu’il me plaisait. Si ça se trouve, aujourd’hui, je regarderais mon tableau et je me dirais « ah bah en fait il a aucun bon match-up ». Mais d’un autre côté, il y a des moments où j’envie ces joueurs qui ont encore cette innocence là, parce qu’au moins, quand ils rentrent dans un match, ils ne savent pas qu’ils sont vraiment très loin derrière dans le match-up. Ils y vont vraiment en se disant « c’est bon j’ai toutes mes chances ». Je sais qu’à l’époque, n’importe quel match-up en face de moi, j’étais en mode « let’s go je vais bourrer. » Et je ne connaissais pas les stats, de toute façon.
T’avais la foi en l’âme des cartes à la base...
Exactement !
Hearthstone est un jeu très particulier, dont les subtilités peuvent faire peur aux débutants. Quels seraient tes arguments pour convaincre quelqu’un de tester le jeu ?
Il y a un argument numéro 1 : Blizzard a fait un truc assez inattendu, qui est vraiment pas mal pour les nouveaux joueurs et peut-être pas assez mis en avant par ailleurs. Avant, pour un nouveau joueur, ce qui pouvait être très frustrant, c’est qu’il jouait avec les cartes de base, et à moins de mettre directement 50 euros dans le jeu… Là y a un nouveau système tout simple : tout nouveau joueur peut se faire offrir un deck d’une classe construit et qui est pas mal. Dans quasiment chaque deck, y a 2/3 cartes légendaires directement, quelques épiques, pas mal de rares et ça permet déjà de commencer le jeu avec un deck qui vaut entre 5000 et 6000 poussières. Comparé à avant, où on commençait vraiment de zéro, ça permet au moins d’essayer des cartes et des combinaisons qui sont amusantes. Y a rien de fun à jouer une 4/5 pour 4, et elle fait rien. C’est pas ce que les joueurs ont envie de faire quand ils jouent à Hearthstone ; ils ont envie de jouer des cartes qui ont des effets sympas, qui peuvent gagner des games.
Hearthstone : Les decks gratuits offerts aux nouveaux joueurs par Blizzard.
Les decks gratuits offerts en jeu
Pour toi, ce nouveau système, ça aide déjà les débutants à s’amuser sans forcément penser à tout le reste ?
Je pense parce que déjà sur les tous premiers rangs, même s’ils maîtrisent pas très bien leurs decks, ils vont quand même réussir parce qu’en face ils vont aussi avoir un joueur qui joue pas très bien son deck. Au moins, ils vont pouvoir toucher à leur niveau. Y a vraiment moyen, grâce au système de matchmaking, qui a aussi été retravaillé. Je pense que maintenant, un nouveau joueur a beaucoup moins tendance à se taper les joueurs un peu forts qui ne sont pas encore montés [dans le classement] sur les débuts de saison. Et surtout, y a moins cette frustration de « mon adversaire il a trois légendaires, quand il les pose ça fait des effets de ouf, j’me fais défoncer ». Maintenant, n’importe quel nouveau joueur peut avoir ces légendaires là, qui vont le mettre bien. Et je pense que quelque part, ça incite à vouloir continuer le jeu et potentiellement s’investir après. Soit beaucoup jouer pour avoir la carte, soit se dire « bon allez je m'amuse, je vais mettre 20 euros et prendre quelques petits boosters en plus ».
Le jeu semble énormément influencé par la méta. Est-ce pour toi une bonne ou une mauvaise chose pour les débutants ?
C’est vrai que moi, je peux pas jouer le deck que je veux. Je prends un éventail de 4/5 decks maximum avec lesquels j’me dis que je peux me maintenir en top ladder. Mais on parle ici d’être en top 200 du serveur. Si les ambitions sont moindres, même juste passer légende, il faut savoir qu’à l’heure actuelle, on atteint presque les 100 000 joueurs légendes, donc même à ce rang y a plusieurs types de joueurs. Donc oui, là, quand ton objectif c’est d’être top Europe, tu n’as pas le choix : tu dois jouer les trucs vraiment méta. Mais je pense que plus on descend dans ces rangs-là, et plus on peut se dire qu’on joue des decks un peu plus tranquilles et qu’on va avoir des bonnes parties. Alors oui, de temps en temps, on va se prendre des decks méta et ça va être un peu frustrant, mais une fois arrivé au rang adapté pour pouvoir essayer des trucs plus sympas, on va pouvoir aussi avoir des parties un peu plus sympas je pense. Après tout rang, y a vraiment moyen de jouer ce qu’on veut et je pense qu’il est possible de passer légende avec n’importe quelle deck. Forcément pas à la même vitesse, on va pas avoir un 70% de winrate et faire rocket jusque légende avec n’importe quelle deck, mais y a moyen, en y mettant le temps et en y prenant du plaisir, avec énormément de decks, de passer légende.
Exemple de deck Hearthstone joué par Maverick en stream.
Exemple de deck joué par Maverick en stream
Est-ce qu’on est plus dans l’improvisation ou dans le fait d’aller chercher les bonnes ressources quand on débute ?
Ça va vraiment dépendre des profils. Je dirais que pour beaucoup de joueurs, je conseillerais quand même l’option d’aller chercher des decks, quitte à les adapter. C’est ce que je faisais que j’ai commencé le jeu. Ne connaissant pas les jeux de carte, quand j’ai dû créer mon deck, j’étais un peu perdu. Je devais mettre 30 cartes dans mon deck et je me demandais par quoi commencer. Je pense qu’il faut pas hésiter à aller sur certains sites, certains streams, pour au moins choper la base d’un deck qui fonctionne. Et puis, si on a envie d’essayer telle ou telle carte dedans, l’adapter un peu, changer 4/5 cartes qui correspondent un peu plus à notre goût et ce qu’on a envie de faire... C’est pas parce qu’il a trente cartes que le deck peut pas bouger.
Donc prendre une ressource et l’adapter ensuite...
À moins que ce soit des combos vraiment très spécifiques, y’a des cartes qui peuvent bouger dans beaucoup de decks. Est-ce que ce sera un peu moins opti ? Peut-être, mais ça va pas tuer le deck et parfois même, c’est des bons changements. Je conseillerais plutôt ça : aller s’inspirer des decks qui existent. C’est un exercice très dur, de créer son deck, surtout quand on commence sur le jeu. Après, ceux qui se sentent l’âme d’un deck builder peuvent tenter un truc de zéro, mais c’est un exercice qui est vraiment pas facile et faut pas être frustré si ça fonctionne pas du premier coup. Construire un deck, c’est avant tout faire les 30 cartes en ayant une idée, le tester quelques parties, le réajuster, retester, réajuster… Ça prend énormément de temps.
La poussière permet de créer des cartes sur Hearthstone.
La poussière permet de créer des cartes
C’est quelque part une extension de ce que tu disais : la communauté est super importante autour de toi. Sur les conseils de deck, c’est la même dynamique en version internet...
C’est ça. Je pense que les jeux de stratégie, les jeux de réflexion de ce type… Aujourd’hui y’ a très peu de secrets encore. C’est pas comme les jeux de carte de l’époque où les informations circulaient moins. Il fallait vraiment construire un deck, le garder secret etc. Aujourd’hui, avec les sites et un jeu aussi populaire que Hearthstone, tout se sait, tout se partage. Tout deck qui a fait quelques games sympas et peut permettre de passer légende, y’a moyen de le trouver. Vraiment sur internet, on peut trouver énormément de decks pour toutes les classes sur les bons sites, et après les adapter à sa sauce. Pour moi, aucun deck n’est à 100% parfait. Selon un tournoi, on peut se dire ça, mais un autre joueur pourra se dire la même chose. En réalité, un deck, ça dépend vraiment de ce qu’on va rencontrer et de ce qu’on veut faire avec.
Recommanderais-tu une classe particulière pour débuter ?
Honnêtement, c’est difficile. Moi si je devais donner un conseil, je donnerais juste les deux que j’aime le plus, donc ce serait pas vraiment un conseil objectif. Je pense qu’il faut vraiment essayer les classes. Forcément, en fonction des métas, y a des classes qui ont beaucoup de cartes fortes et se mettent bien etc. Du coup, la classe est dans une bonne position quelque soit le deck qu’on veut en faire. Et y a des classes qui manquent de pool de cartes intéressantes en fonction des extensions. On a beau essayer de faire tout ce qu’on veut avec, c’est très difficile d’en faire un truc plaisant. Je dirais qu’à l’heure actuelle, dans la méta, y a un peu deux classes poubelles. Mais même avec elles, tu peux monter légende. Donc un joueur un peu plus casu ne doit pas se désintéresser de ces deux classes là pour autant. Il pourra faire des choses avec.
Les différentes classes Hearthston eet leur deck de base.
Les différentes classes et leur deck de base
Mieux vaut choisir le perso qu’on préfère donc ?
C’est compliqué de jongler avec toutes les classes. Déjà, connaître une classe à fond c’est pas évident, mais alors essayer de toucher à toutes c’est encore moins évident. [Il vaut mieux] s’intéresser à une classe en profondeur, un peu comme si c’était notre perso sur WoW : c’est rare, un mec qui commence à jouer à WoW et qui se dit « allez je vais me faire dix persos et je vais tous les monter en parallèle ». Non, souvent ils se font un guerrier et il le montent jusqu’à un tel niveau, et soit à un moment ils se disent « non la classe me plaît pas bah vas-y je recrée un personnage » soit ça leur plaît, ils vont jusqu’au bout et se perfectionnent dessus. C’est un peu comme ça qu’il faut prendre le jeu je crois : prendre une classe, l’essayer, l’approfondir, et si vraiment on voit que c’est pas ce qui nous plaît, réessayer avec autre chose.
Par curiosité, quelles sont les deux meilleures classes pour toi sur cette méta 2020 ?
Pour moi, c’est Guerrier et Chasseur de démon. Peut-être Voleur en troisième position, pas loin.
Que penses-tu du Chasseur de démon, la nouvelle classe ajoutée au jeu ?
La nouvelle classe, forcément, elle est très forte. Je pense que c’était l’objectif de Blizzard de sortir une classe qui allait être beaucoup joué. Pour le coup, ça marche assez bien, elle a des mécaniques très intéressantes. C’est une classe assez aggro, donc les gens apprécient pas forcément toujours, mais elle reste intéressante et maintenant qu’elle est un peu plus équilibrée. Le nerf plus, ce serait pas utile. C’est quasiment impossible de deviner ce que va devenir une méta. Déjà, à chaque extension, y a une centaine de cartes qui s’ajoutent : c’est difficile de dire comment vont évoluer les decks et la méta, mais on peut un peu prévoir. Mais sur une rotation où y a en plus 300 cartes qui partent… Énormément de decks changent parce qu’il y en a qui ne sont plus jouables, qui n’ont plus leur carte clef, y a des classes qui partent des skills très forts. Donc le pari de lancer une nouvelle classe à un moment où le jeu change énormément, c’était osé.
Illidan le chasseur de démon est la nouvelle classe du jeu Hearthstone de Blizzard.
Illidan le chasseur de démon, nouvelle classe du jeu
Osé mais réussi ?
Je pense qu’ils ont fait le bon pari en se disant « on va le rentrer extrêmement fort » parce qu’ils pouvaient pas se permettre que ce soit un bide. Lancer un Chasseur de démon pas jouable, c’était pas une bonne opération. Je pense que s’ils ont mis l’énergie à créer une nouvelle classe, c’était pas pour qu’elle aille au placard pour la majorité des joueurs. Toutes les autres classes ont déjà eu leur heure de gloire, donc si c’est une d’elles qui est un peu mise de côté, c’est moins grave. Mais en effet, ils l’ont lancé extrêmement forte. Ils ont fait une première vague de nerf très vite parce qu’ils se sont rendus compte qu’ils avaient abusé… Mais je pense qu’il faut aussi se rappeler que le métier de game designer est très dur. Réussir à deviner exactement comment ça va le faire, si ça va être trop… Quitte à savoir que c’est impossible de viser dans le mille directement, autant se dire « bon bah on fait un peu trop fort et on corrige après ». C’est l’avantage d’avoir un jeu de cartes en ligne : s’ils veulent faire un nerf, ils corrigent la carte en quelques clics.
Un jeu de réflexion, c’est aussi un des trucs les plus difficiles à équilibrer, pour le simple fait que les joueurs peuvent trouver des tonnes et des tonnes de stratégies...
Un game designer pourra jamais trouver toutes les combinaisons et penser à ce que des millions de joueurs pourront imaginer derrière sur le jeu. C’est pour ça qu’il faut pas trop leur en vouloir si, de temps en temps, c’est un peu à côté ou autre. Avant le premier nerf, c’était une aberration. Après le deuxième nerf, c’était déjà un peu contrable mais c’était trop fort. Maintenant qu’il y a eu les deux vagues, on se dit que c’est un bon deck mais pas « ah ouais le deck c’est impossible de le contrer ». C’est plus les autres classes qui auraient peut-être besoin de certains outils pour se battre. Et il y a peut-être aussi le problème que c’est un deck aggro : si vous n’avez pas certains outils défensifs dans votre deck, la partie est finie au tour 5. Beaucoup de gens sont frustrés parce que c’est vrai que dans une méta où il y a beaucoup de decks aggro, on peut pas tester tout ce qu’on veut. Il y a des combos à mettre en place où il te faut un certain nombre de tours… Contre un deck qui nous rentre dedans en début de partie, c’est pas évident.
On va pas se mentir, les cartes défensives, c’est pas les cartes où on a l’impression de faire des trucs de ouf. Ça peut donner un peu l’impression que « ok on joue des cartes défensives, mais quand est-ce que nous on contre-attaque ? » C’est difficile de trouver un deck bien équilibré qui peut se défendre, mais qui à un moment va lui aussi mettre en place des trucs sympas.
La nouvelle classe d'Hearthstone, le Chasseur de démons joue vite et fait très mal.
Le chasseur de démon joue vite et fait très mal
Est-ce que ce serait pas une bonne opération séduction pour les nouveaux joueurs, de leur donner une nouvelle classe qui peut déjà gagner et faire des trucs explosifs ?
Ah oui clairement. Je pense que le Chasseur de démon, pour un nouveau joueur, c’est une très bonne classe. Il y a certaines subtilités sans que ce soit trop dur à jouer. C’est permissif : y a moyen de faire quelques petites erreurs et quand même gagner ses parties si en face ça joue pas parfaitement non plus. Et oui les parties sont pas trop longues, c’est pas interminable. Souvent, ceux qui commencent se dirigent vers des decks aggro parce qu’une partie qui dure, quand on a jamais joué à un jeu comme Hearthstone, c’est dur. Avoir en tête la stratégie quand on veut jouer un deck en fin de partie, penser à tous les détails, pas perdre sur un truc bête, ça peut être un peu long. Quand on joue aggro, y a plein d’aspects du jeu qu’on peut se permettre d’ignorer totalement. L’objectif, c’est : je pose mes créatures, je prends certains trades, et je mets des dégâts face. Ça permet d’ignorer beaucoup des aspects complexes auxquels il pourra s’intéresser plus tard. Avoir ces bases là, quitte à tester des decks un peu plus mid et contro après, c’est pas mal.
Penses-tu qu’on puisse atteindre un niveau compétitif sans dépenser aucun argent sur le jeu ?
Pour moi c’est tout à fait possible. Surtout que maintenant, notamment pour les Masters Tour qui sont les grandes compétitions internationales, y’a moyen de se qualifier avec un seul deck. On l’a prouvé lorsque j’ai fait en stream la Bonobos WCS, où j’ai convié à peu près 150 joueurs de tous niveaux à se lancer sur un nouveau deck en free to play et voir à quelle vitesse ils pouvaient monter sur le ladder. On a vu que parmi les bons joueurs, certains sont passés au rang Légende en moins de 24 heures alors que c’était un nouveau compte free to play, et que le nouveau deck était offert, hein, parce qu’on aurait pas pu aller aussi vite sans. Il y a même un joueur - c’est un cas exceptionnel mais ça montre que c’est possible - qui a eu un tellement bon winrate sur son nouveau compte qu’il est directement arrivé dans le top 200.
Les paquets de cartes, que l’on peut gagner ou acheter sur Hearthstone.
Les paquets de cartes, que l’on peut gagner ou acheter
Du coup tu peux toujours monter sans rien dépenser tant que tu joues bien...
Alors oui, c’était une époque différente, mais moi, quand j’ai gagné mon premier tournoi, j’avais pas dépensé un euro dans le jeu. À l’heure actuelle, avec les Masters Tour à travers le ladder, y’a moyen de se qualifier “qu’avec trois decks”. Et tu peux arriver à les trouver pas trop chers. Ok derrière le tournoi il est en BO5 etc, mais Blizzard fournit les comptes. Je connais plein de joueurs qui se qualifient et qui ont pas forcément tous les decks, mais qui en ont 2/3 avec lesquels ils sont chauds. C’est pas forcément les plus chers mais c’est ceux avec lesquels ils jouent bien. Ils se qualifient avec ces decks là, et derrière, Blizzard leur prête un compte avec toutes les cartes dedans. Donc ils sont pas du tout limités.
Après avoir fait ses preuves en ligne, comment peut-on espérer devenir joueur pro par la suite ? Y a-t-il un parcours, une méthode que tu recommanderais ?
Pour moi, il faut vraiment suivre le parcours Blizzard, parce que c’est l’officiel et celui qui récompense le plus. Donc commencer par les qualifications ouvertes à tous, qui ont lieu vendredi/samedi/dimanche. Après, il faut un bon niveau pour se qualifier, parce qu’on parle de 300 qualifiés et c’est vraiment les 300 meilleurs du monde tous continents confondus. Et si on a envie d’être joueur pro, il faut même pas être dans les 300 meilleurs du monde, il faut être encore au dessus de ça. Les qualifications online, c’est vraiment le moyen, en plus depuis chez soi, de pouvoir rentrer dans le système. En plus, avec le confinement, “l’avantage” pour un joueur qui n’aurait pas de structure ou autre c’est que les Masters Tour se déroulent online. Y’a vraiment tout à fait moyen de se dire qu’un joueur peut faire une grosse performance : il fait première place, deuxième place, ce qui peut éventuellement le qualifier pour les Grand Masters. C’est très dur à atteindre, quasiment impossible en réalité. Y’a pas beaucoup de relégations. On parle de deux joueurs par semestre, trois maintenant. Mais au moins, une fois que c’est atteint, c’est quasiment sûr qu’il y aura des offres d’équipes pro.
Hearthstone : Les tournois de qualifications des Masters se jouent en ligne.
Les qualifications se jouent en ligne
C’était plus facile avant ?
Au tout début, la scène se créait. Y’avait moyen de se faire un nom en gagnant un tournoi comme ci comme ça. Là aujourd’hui, même si un mec gagne ou fait un top 8 ou une finale d’un Masters Tour, c’est une très belle performance, mais est-ce que ça va le lancer pour une carrière pro ? Pas directement. Il faut plus, aujourd’hui, parce qu’il y a beaucoup plus de joueurs qui sont déjà installés, qui sont déjà pros. Il faut réussir à prouver que c’était pas juste un coup de réussite et que pour être constant, il faut en faire beaucoup plus. Après y a déjà pas mal de gains. Imaginons un joueur qui arrive à faire un top 8 pendant les Masters Online. Bah là, il gagne déjà quelque chose comme 10 000 dollars je crois. Ça veut dire que potentiellement, une fois que le confinement fini, ces 10 000 dollars lui permettront de s’auto-financer pour en faire un autre. Et si vraiment il a la prétention de se dire « je vais être l’un des meilleurs joueurs du monde », il a la possibilité d’enchaîner comme ça les Masters Tours et faire régulièrement des bonnes performances.
Et du coup, par rapport à ton parcours, est-ce que tu recommanderais à quelqu’un qui commence à progresser de faire également attention au streaming ? Comment s’afficher sur internet, faire connaître son nom ?
Oui, de toute façon je pense que sur Hearthstone c’est extrêmement important d’avoir des bons réseaux, une bonne image. Ne serait-ce que pour pouvoir venir caster les Grand Masters ou se mettre en avant. C’est pas forcément évident quand on stream en français de se dire « bon, je vais me lancer, je vais streamer en français et espérer avoir beaucoup de monde » parce qu’en France, il y a beaucoup de web TV qui tournent 24/24. Alors évidemment, Solary HS, c’est un projet incroyable hein, y a rien à dire à ce niveau là. Je pense que si ça fonctionne aussi bien, c’est parce qu’ils proposent un contenu 24/24 qui est intéressant pour les gens. Mais par contre, pour un créateur de contenu qui essaierait d’être indépendant à côté, c’est très difficile de réussir à grappiller quelques viewers. Il peut réussir à monter un peu, mais réussir à en vivre est quasiment impossible parce que le réflexe de tout le monde sera d’aller sur la grosse web TV. En streamant en anglais, y’a déjà un peu plus moyen parce qu’il n’y a pas une web TV qui prend.
La Web TV Hearthstone de Solary.
La Web TV Hearthstone de Solary
Est-ce qu’il serait pas du coup plus intéressant d’essayer de s’afficher sur ces web TV ?
Aujourd’hui, de toute façon, l’objectif c’est pas d’être directement streameur dessus. Il faut peut-être de temps en temps y faire des duo. Beaucoup de streameurs sont friands de ça. C’est même pas rare que les streameurs, lorsqu’ils font une vidéo YouTube sur un mec qui est passé Légende ou je ne sais quoi, aillent trouver le joueur pour lui dire « tiens est-ce que ça t’intéresserait de faire un petit vocal avec nous, faire deux/trois parties où tu nous expliques tes réflexions ? » Il sont bienveillants et qu’ils savent que c’est pas mal de mettre des joueurs en avant sur une grosse structure. Certains joueurs n’ont pas encore eu la grosse performance qui leur permet d’être connu à l’internationale, mais leur nom est quand même présent sur la scène française parce qu’on a parlé d’eux.
Tu as fait une pause en 2015 pour poursuivre tes études avant de reprendre la compétition 6 mois plus tard. Avec le recul, quelle est ta vision sur cette décision ?
Forcément, sans connaître, cette décision était un peu étonnante. En fait, quand j’ai commencé à jouer, j’avais un deal que je m’étais donné et avec lequel je m’étais accordé avec mes parents aussi, qui énormément d’importance dans ma vie. J’estime que c’est des personnes qui ont réussi dans la vie, donc quand ils me donnent des conseils, j’ai tendance à les écouter. On s’est mis d’accord pour que je prenne une année sabbatique et que j’essaie de me donner à fond sur le compétitif Hearthstone. L’idée, c’était qu’au bout de cette année, j’essaie de trouver une autre orientation derrière pour des études. Faut pas oublier que quand on revient encore 5 ans en arrière, l’esport était encore moins développé. Se dire comme ça « allez yolo j’me lance je all-in dans l’esport », c’était très greedy comme move. Encore plus qu’aujourd’hui. Je me suis vraiment donné énormément sur une année. C’est même probablement celle où j’y ai le plus joué, parce que pour moi, le temps était compté. Je voulais profiter un maximum de cette expérience.
Et tu t’es qualifié pour les championnats d’Europe...
Beaucoup de gens ont vu comme une déception le fait que je ne sois pas qualifié pour les Worlds derrière. Ils pensent que c’est à cause de ça que j’ai arrêté, alors qu’au premier janvier 2015 lorsque j’ai signé mon contrat… Cette décision était déjà prise.
Après, j’ai repris la Fac en sciences biomédicales, une branche qui me passionnait pas mal, et ça se passait bien. Pendant ce semestre où j’étais plus focalisé sur mes études, quasiment pas sur le jeu, je faisais encore une compétition tous les deux mois. Je venais à Paris. Mais c’était pas tellement pour la compétition, c’était pour revoir les gens que j’avais connu pendant cette année, et surtout, je faisais de temps en temps des live, ce qui n’était pas forcément ma partie préférée de 2015.
Hearthstone : Le Road to Blizzcon 2015.
Le Road to Blizzcon 2015
Le stream était imposé par le contrat ?
Je voulais vraiment faire des résultats. Côté stream, c’était plus un truc qu’on m’imposait qu’un truc que je voulais faire, donc j’y prenais pas vraiment de plaisir. Ça, je le dis tout le temps : si vous voulez faire un stream, le plaisir est important, parce que ça se ressent directement. Clairement, mes streams en 2015 n’ étaient pas ouf en termes de qualité. J’avais ces heures que je devais faire, je les faisais et voilà, mais j’appréciais pas particulièrement.
Mais pendant ces six mois de pause, il y avait des gens qui me demandaient si j’allais encore faire des streams. Donc de telle heure à telle heure, je faisais des petits lives de 2/3 heures, à certains moments où de toute façon je faisais pas grand-chose. Ça me motivait à me lever. Sinon, j’aurais eu tendance à slack au lit ou autre. Et j’ai commencé à y prendre du plaisir, je voyais que ça plaisait aux gens...
Comment es-tu revenu ensuite ?
L’élément déclencheur, ça a été le rachat de Millenium par Webedia. Du coup, ils ont eu envie de se relancer sur Hearthstone encore plus fort. Et cette fois, j’ai eu une proposition de contrat où j’avais la possibilité d’emménager à Paris, j’avais un salaire… Maintenant j’appréciais cette deuxième partie du travail qui était le stream, parce que je m’étais donné le temps d’essayer, et en plus, il y avait une vraie offre à côté. C’était pas une décision facile parce que j’aurais pu continuer mes études. J’aimais ça. Mais d’un autre côté, je me suis vraiment dit que c’était une occasion unique dans une vie et que j’aurais de gros regrets si je ne tentais pas de la saisir. Voilà les six mois ! C’était pas des décisions faciles, mais clairement je les regrette pas du tout aujourd’hui.
Tu as réussi à passer cette transition de l’esport un peu garage à ce côté stream+esport qui te permet d’avoir quelque chose de plus stable et des vrais contrats...
C’était tout à fait ça. Le fait qu’il y ait le stream, ça donne de la stabilité à l’esport. En joueur pro, tu peux jamais savoir : souvent c’est des contrats d’un an, deux ans maximum. Il suffit que t’aies une passe un peu à vide… Tu peux pas savoir combien de temps ça va durer. Alors qu’au moins, le côté streaming, il y a un intérêt. Et là où Hearthstone est vraiment bien, c’est qu’allier les deux est vraiment pas difficile. Je pense qu’il y a beaucoup de jeux où c’est le cas, notamment parce qu’il faut faire beaucoup de strats en équipe. Hearthstone, je l’ai fait pendant des années : tu peux stream 25/30 heures par semaine, et à côté faire des entraînements un peu plus sérieux. Alors ça fait qu’il y a des semaines parfois un peu chargées, mais même comme ça il y a moyen de gagner des majors. Je pense qu’il y a beaucoup de joueurs français qui prouvent que les deux sont compatibles sur Hearthstone.
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